5. La différenciation des stratégies intellectuelles
Pages 213 à 283
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- CHARLE, Christophe,
- Charle, Christophe.
- Charle, C.
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Notes
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[1]
Lettres, trad. française, Paris, Gallimard, 1966, t. 1, p. 225-226.
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[2]
Les artistes, moins dépendants du système scolaire, ont des origines et des parcours beaucoup plus ouverts et le paient d’une moindre intégration aux milieux intellectuels, sauf pour les plus en vue d’entre eux ou quand ils se rattachent à l’avant-garde à la fin du siècle.
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[3]
Cf. D.K. Müller, F. Ringer et B. Simon (éd.), The Rise of the Modern Educational System, Structural Change and Social Reproduction 1870-1920, Cambridge, Cambridge U.P., Paris, Éd. de la M.S.H., 1989, p. 67, 84 et 149 ; F.K. Ringer, Education and Society in Modern Europe, Bloomington, Indiana U.P., 1979, p. 71 et 280-284. Bien que la diversité des codes utilisés par les divers auteurs interdise de fournir des chiffres détaillés, il apparaît que l’enseignement secondaire est plus sélectif en Angleterre, qu’il l’est moins en Allemagne et que la France occupe une position intermédiaire. On verra que le recrutement social des intellectuels libres se hiérarchise de façon assez similaire entre ces pays.
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[4]
Une partie des variations est liée aux principes de constitution des divers échantillons utilisés et aux incertitudes irréductibles des codages portant sur des sociétés aux structures sociales décalées. La notion d’écrivain dans l’échantillon de R. Ponton et dans l’échantillon allemand que j’ai constitué est prise au sens le plus large, alors que, dans les échantillons anglais et italien, elle est partiellement biaisée par la sélection a posteriori de dictionnaires biographiques où intervient un critère de notoriété, ce qui rend compte du niveau supérieur de sélection sociale des individus étudiés (sur ce point, cf. les remarques judicieuses de N. Cross, The Common Writer, Life in Nineteenth-Century Grub Street, Cambridge, Cambridge U.P., 1985).
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[5]
J’additionne ici les pourcentages d’écrivains issus de la bourgeoisie moyenne, de la fonction publique moyenne et de la petite bourgeoisie.
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[6]
Pour la France, cf. C. Charle, « Le recrutement des avocats parisiens (1880-1914) », in G. Le Béguec (éd.), Avocats et Barreaux en France, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1994, p. 21-34, et « Méritocratie et profession juridique : les secrétaires de la conférence du stage des avocats de Paris, une étude des promotions 1860-70 et 1879-89 », Paedagogica historica, XXX, 1, 1994, actes du colloque de Florence Sélection scolaire et Société, p. 303-324. Données allemandes sur les professions dans P. Lundgreen, « Zur Konstituierung des “Bildungsbürgertums” : Berufs- und Bildungsauslese der Akademiker in Preussen », in W. Conze et J. Kocka (éd.), Bildungsbürgertum im 19. Jahrhundert, Stuttgart, Klett-Cotta, 1985, 1re partie, p. 79-108.
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[7]
La discrimination dont sont victimes, notamment en Europe centrale et orientale, les juifs diplômés, examinée au chapitre précédent, est une autre manifestation de cette différenciation des classes moyennes et bourgeoises.
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[8]
A. Acciani, « Dalla rendita al lavoro », in A. Asor Rosa (dir.), Letteratura italiana, vol. 2, Produzione e consumo, Turin, Einaudi, 1983, 1re partie, p. 419 et p. 422-425.
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[9]
J.-C. Amalric, Bernard Shaw. Du réformateur victorien au prophète édouardien, Paris, Didier, 1977 ; J.-P. Vernier, H.G. Wells et son temps, Rouen, Presses universitaires de Rouen, 1971.
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[10]
Cf. C. Charle, La Crise littéraire à l’époque du naturalisme, roman, théâtre, politique, Paris, PENS, 1979, 2e partie, et A.-M. Thiesse, Le Roman du quotidien, Paris, Le Chemin vert, 1984, p. 180-183.
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[11]
Les études à Cambridge et à Oxford coûtent 200 £ par an (droits et internat compris), soit plus que le revenu annuel minimal (160 £) de la comfortable middle class (R.D. Anderson, « Universities and Elites in Modern Britain », History of Universities, vol. X, 1991, p. 225-250, ici p. 236, et H. Perkin, The Rise of Professional Society, Londres, New York, Routledge, 1989, p. 78).
-
[12]
Cf. É. Zola, « Notre École normale » (Le Figaro, 4 avril 1881) repris dans Une campagne, et in É. Zola, E. Bersot, S. Reinach, Notre École normale, Paris, Les Belles Lettres, 1994 (textes réunis et présentés par Hervé Duchêne), p. 79-94.
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[13]
J. Requate, Journalismus als Beruf, op. cit., p. 143.
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[14]
F. Nietzsche, Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement, 1872, trad. française, Paris, Gallimard, 1975, dans Œuvres philosophiques complètes, t. 1/2, p. 96 ; cf. aussi C.E. Schorske, « Formation civique et culture savante à Bâle : Bachofen et Burckhardt », Histoire de l’éducation, numéro spécial sur les universités germaniques, mai 1994, p. 15-30.
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[15]
Cf., en dernier lieu, sur ce point, L. Pinto, Les Neveux de Zarathoustra, Paris, Le Seuil, 1995, chap. 1.
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[16]
Idéalement, il faudrait compléter cette étude par des indicateurs financiers. Malheureusement, ils ne sont disponibles que de manière partielle pour la France et l’Angleterre. Les intellectuels – notamment universitaires – y apparaissent comme provenant des catégories les moins riches de la bourgeoisie et des classes moyennes. L’héritage médian des vice-chanceliers d’Oxford et de Cambridge se situe à 5 300 livres (1880-1899) contre 17 400 livres pour les hauts magistrats et 14 800 pour les hauts fonctionnaires. L’héritage médian des universitaires parisiens en 1901 se situe à 74 000 F (et à 18 000 F seulement en lettres) contre 123 000 F pour les hauts fonctionnaires et 513 000 F pour les hommes d’affaires (H. Perkin, op. cit., p. 262 ; C. Charle, Les Élites de la République (1880-1900), Paris, Fayard, 1987, p. 285 et 365). Il n’existe que très peu de données d’ensemble sur les écrivains, catégorie très hétérogène où les moyennes ont peu de sens, où les extrêmes se rencontrent tant en matière d’héritage que de revenus tirés des œuvres ; sur la France, cf. mon essai : « Le champ de la production littéraire » in R. Chartier et H.-J. Martin (dir.), Histoire de l’édition française, 2e éd., Paris, Fayard, 1990, t. 3, notamment p. 159. Sauf pour une minorité d’auteurs à succès, les fortunes finales sont inférieures à celles des universitaires.
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[17]
R. Ponton, Le Champ littéraire en France de 1865 à 1905, thèse 3e cycle dactyl., Paris, EHESS, 1977, p. 42 ; autres statistiques calculées à partir de l’échantillon berlinois et de l’échantillon viennois cités ; pour l’Italie, A. Acciani, art. cité, p. 425. Le mouvement futuriste italien est fondé par exemple à Paris, son manifeste est d’abord publié dans Le Figaro (son chef, Marinetti, est venu à Paris dès l’âge de 17 ans) (F. Roche-Pezard, L’Aventure futuriste 1909-1916, Rome, École française de Rome, 1983, p. 16).
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[18]
Le choix de ces villes est également dicté par l’existence de sources permettant d’analyser cette question (ces sources manquent notamment pour l’Espagne et la Russie). L’absence de l’Italie peut se justifier par la trop grande dispersion des écrivains entre les principales villes, ce qui diminue la pertinence de l’indicateur, celle des autres pays par la trop faible différenciation de l’espace urbain de capitales de taille beaucoup plus réduite.
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[19]
J’en ai fait la démonstration chiffrée dans « Situation spatiale et position sociale. Essai de géographie sociale du champ littéraire à la fin du xixe siècle », Actes de la recherche en sciences sociales, 13, 1977, p. 45-49. Je fais ici l’hypothèse, à vérifier par des recherches ultérieures, de l’universalité du modèle, compte tenu de l’unité du système européen de stratification urbaine (cf. J.-L. Pinol, Le Monde des villes au xixe siècle, Paris, Hachette, 1991).
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[20]
Sur ce point, cf. : A. Sutcliffe (éd.), Metropolis 1890-1940, Londres, Mansell, 1984 ; W. Ribbe, Geschichte Berlins, Munich, Beck, 1987, t. 2 ; H. Gruber, Red Vienna, Oxford, Oxford U.P., 1991, p. 17, et M.L. Rozenblit, The Jews of Vienna 1867-1914, Albany, Suny Press, 1983, p. 72-73.
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[21]
D’après cette source, sur 1 823 hommes de lettres et journalistes présents à Berlin et dans les districts environnants, 977 seulement habitent dans la ville proprement dite, soit à peine la moitié. La même migration vers les banlieues se retrouve pour les artistes. L’attrait de Munich sur l’avant-garde à cette époque s’explique par la proximité des Alpes et de l’Italie et par la taille plus réduite de la capitale de la Bavière (Thomas Mann s’y établit par exemple au début du siècle alors qu’il est originaire de Lübeck).
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[22]
P. Jelavitch, Munich and Theatrical Modernism, Politics, Playwriting, and Performance, 1890-1914, Cambridge (Mass.), Harvard U.P., 1985 ; sur la rivalité symbolique Vienne/Berlin, cf. J. Mikoletzky, « Die Wiener Sicht auf Berlin, 1870-1934 », in G. Brunn et J. Reulecke (éd.), Metropolis Berlin…, 1870-1939, Bonn-Berlin, Bouvier Verlag, 1992, p. 471-528 ; sur le courant régionaliste allemand antiurbain, cf. A.-M. Thiesse, « Les petites patries et la grande nation. Le mouvement littéraire régionaliste français et la Heimatkunstbewegung à la Belle Époque », in M. Espagne et M. Werner (éd.), Philologiques III, Paris, Éd. de la M.S.H., 1994, p. 339-362.
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[23]
S.P. Scheichl, « La place des revues et journaux dans la vie littéraire à Vienne autour de 1900 », in F. Latraverse et W. Moser (dir.), Vienne au tournant du siècle, Paris, Albin Michel, 1988, p. 333-357, notamment p. 346-347.
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[24]
S. Zweig, Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen, nlle trad., Paris, Belfond, 1993, p. 62 ; M. Pollak, Vienne 1900, Paris, Gallimard, Julliard, « Archives », 1984, p. 113 et 163 : rééd. « Folio ».
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[25]
Vue d’ensemble dans C. Charle et J. Verger, Histoire des universités, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1994, chap. 6.
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[26]
Cf. E. Crawford, La Fondation des prix Nobel scientifiques, 1901-1915, Paris, Belin, 1988. La fondation du laboratoire Cavendish en Angleterre, celle de la Kaiser-Wilhelm Gesellschaft en Allemagne, de l’École pratique des hautes études et de l’Institut Pasteur en France en sont quelques exemples.
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[27]
J. Mac Clelland, Autocrats and Academics, Education Culture and Society in Tsarist Russia, Chicago, The University of Chicago Press, 1979, p. 61 sq. ; J. Détraz (présentation et analyse), Sonia Kovalevskaïa, l’aventure d’une mathématicienne, Paris, Belin, 1991.
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[28]
Cf. C.E. Schorske, art. cité ; D. Knight, The Age of Science. The Scientific World-View in the Nineteenth-Century, Oxford, Basil Blackwell, 1986, notamment p. 188-190 ; B. Knights, The Idea of the Clerisy in the Nineteenth Century, Cambridge, Cambridge U.P., 1978, chap. 6 ; F.K. Ringer, The Decline of the German Mandarins, Harvard, Harvard U.P., 1969, et Fields of Knowledge, Paris, Cambridge, Éd. de la M.S.H. et Cambridge U.P., 1992, p. 103 sq ; T.W. Heyck, The Transformation of Intellectual Life in Victorian England, Londres, Croom Helm, 1982, p. 99 sq.
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[29]
M. Arnold, « Literature and Science », in Complete Prose Works of Matthew Arnold, éd. par R.H. Super, Ann Arbor, The University of Michigan Press, 1974, t. X, p. 55, cité par T.W. Heyck, op. cit., p. 196.
-
[30]
F. Brunetière, « Après une visite au Vatican », Revue des deux mondes, 1er janvier 1895, p. 97-116, et réponse de Zola lors du banquet en l’honneur de Berthelot le 4 avril 1895 ; les obsèques nationales de Pasteur ont lieu le 5 octobre suivant.
-
[31]
Cf. H. Bornecque, « La situation matérielle et morale des professeurs ordinaires ou titulaires des universités d’État dans les différents pays d’Europe (la Grande-Bretagne exceptée) », Revue internationale de l’enseignement, t. 61, 1911, p. 296-331, notamment les tableaux p. 314-315. Voici la hiérarchie dégressive des traitements donnés par cet article (sans les droits annexes très importants pour certains pays, ce qui modifierait la pyramide) : Paris : 12 000 ; Finlande : 11 000 ; Suède : 10 500 ; Roumanie : 9 600 ; Vienne : 9 450 ; Russie : 9 410 ; Berlin : 8 980 ; Hongrie : 8 900 ; Hollande : 8 280 ; Prusse : 7 520 ; Bavière : 7 400 ; universités anglaises : 7 500 ; Bulgarie : 7 200 ; Italie : 7 000 ; Norvège : 6 300 ; Serbie : 6 000 ; France (province) : 6 000 ; Belgique : 6 000 ; Espagne : 3 500-4 500.
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[32]
V. Karady et I. Kemény, « Les Juifs dans la structure de classe en Hongrie : essai sur les antécédents historiques des crises d’antisémitisme du xxe siècle », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 22, juin 1978, p. 53.
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[33]
Cf. C. Charle, La République des universitaires (1870-1940), Paris, Le Seuil, 1994, chap. 1, et les remarques critiques de Max Weber, Le Savant et le Politique, trad. française, Paris, « 10/18 », 1971, p. 54 : « Chez nous la carrière d’un homme de science est édifiée somme toute sur des bases ploutocratiques » (éd. allemande : Wissenschaft als Beruf [1917/19], éd. par W.J. Mommsen et W. Schluchter, Tübingen, J.C.B. Mohr, 1992, p. 72).
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[34]
Annuaire de l’université de Padoue 1899/1900 et Dictionary of Scientific Biography. L’analyse d’une quarantaine de notices tirées de cet annuaire et du Dizionario biografico degli Italiani permet d’affirmer que la carrière de ce savant illustre n’est en rien une exception. Il n’existe pas malheureusement sur les universitaires italiens de prosopographies comparables à celles disponibles sur la France et l’Allemagne.
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[35]
T. Tomasi et L. Bellatalla, L’Università italiana nell’Età liberale 1861-1923, Naples, Liguori, 1988, notamment p. 136-137, et A. Santoni Rugiu, Chiarissimi e Magnifici. Il professore nell’università italiana (dal 1700 al 2 000), Florence, La Nuova Italia, 1991, p. 89-111.
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[36]
Le malaise est également intellectuel avec les critiques de l’extrême droite contre la nouvelle Sorbonne « trop germanisée » et le scandale de certaines nominations de faveur (sur tout ceci, cf. G. Weisz, The Emergence of Modern Universities in France, 1863-1914, Princeton, Princeton U.P., 1983, chap. 10, et C. Charle, La République des universitaires, op. cit., notamment p. 323-330).
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[37]
R. vom Bruch, « Universitätsreform als soziale Bewegung. Zur Nicht-Ordinarienfrage im späten deutschen Kaiserreich », Geschichte und Gesellschaft, 10, 1984, p. 72-91 ; A. Busch, Die Geschichte der Privatdozenten, Stuttgart, F. Enke Verlag, 1959.
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[38]
A. Busch, ibid., p. 160 et 121.
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[39]
On analysera quelques cas célèbres qui ont nourri des polémiques et des mobilisations politiques dans le chapitre suivant. En Prusse, l’autoritarisme d’en haut s’exprime à travers ce qu’on a appelé le « système Althoff » du nom du responsable prussien de l’enseignement supérieur dont le réseau de clients détermine « appels » et promotions, parfois sans tenir compte des vœux des universités concernées : cf. B. vom Brocke, « Hochschul- und Wissenschaftspolitik im Preussen und im Deutschen Kaiserreich 1882-1907 : das “System Althoff” », in P. Baumgart (éd.), Bildungspolitik in Preussen zur Zeit des Kaiserreiches, Stuttgart, Klett-Cotta, 1980, p. 9-118.
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[40]
Ce phénomène est décrit plus en détail dans C. Charle, La République des universitaires, op. cit., p. 117 sq.
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[41]
Étude partielle dans Th. Mayerhofer, Der Lehrkörper der Philosophischen Fakultät der Universität Wien von 1848 bis 1873, thèse dactyl., Vienne, 1982. La carrière de Ludwig Boltzmann (1844-1906) illustre ces itinéraires internationaux propres à l’Europe germanique : fils d’un fonctionnaire des impôts autrichien, il devient successivement, après des études et un poste de privatdozent à Vienne, professeur de mathématiques à Graz, Vienne, Graz, Munich, Vienne, Leipzig et de nouveau Vienne (d’après W.M. Johnston, The Austrian Mind. An Intellectual and Social History, 1848-1938, Berkeley, University of California Press, 1972, p. 186-188, et Neue Deutsche Biographie).
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[42]
W.M. Johnston, ibid., p. 69, et E. Jones, La Vie et l’Œuvre de Sigmund Freud, trad. française, Paris, PUF, 1958, t. 1, p. 373-374. La transaction est fort peu scientifique puisque la baronne promet en échange de faciliter l’achat par l’État d’un tableau de Böcklin qui appartient à l’une de ses parentes !
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[43]
Ph. Frank, Einstein, sa vie, son temps, trad. française, Paris, Flammarion, « Champs », 1991, p. 135-136.
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[44]
Si les prosopographies françaises permettent d’analyser maintenant cette face cachée de la vie académique, les travaux analogues sur l’Allemagne, la Grande-Bretagne ou l’Europe centrale, quand ils existent, se limitent à des données beaucoup plus officielles. Il n’y a pas de raison cependant de penser que les stratégies privées des universitaires français ne se retrouvent pas ailleurs. Sur un exemple de liaison science/industrie : R. Riese, Die Hochschule auf dem Wege zum wissenschaftlichen Grossbetrieb. Die Universität Heidelberg und das badische Hochschulwesen 1860-1914, Stuttgart, Klett, 1977.
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[45]
C. Charle, « Ambassadeurs ou chercheurs ? Les relations internationales des professeurs de la Sorbonne sous la Troisième République », Genèses, 14, janvier 1994, p. 42-62 (le cas berlinois y est également traité).
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[46]
Cf. P. Wagner, Sozialwissenschaften und Staat. Frankreich, Italien, Deutschland 1870-1980, Francfort, Campus, 1990, en particulier p. 79 sq., sur le Verein für Sozialpolitik (1872) ; W.J. Mommsen, Max Weber et la politique allemande 1890-1920 [1959], trad. française, Paris, PUF, 1985 ; Ph. Besnard (dir.), The Sociological Domain : The Durkheimian School and the Founding of French Sociology, Cambridge, Cambridge U.P., 1982 ; W.M. Johnston, op. cit., p. 78 sq.
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[47]
Sur toutes ces formes d’enseignement para-universitaire, cf. C. Prochasson, « Sur l’environnement intellectuel de G. Sorel : l’École des hautes études sociales », Cahiers Georges-Sorel, 3, 1985, p. 16-38 ; P. Favre, Naissances de la science politique en France 1871-1914, Paris, Fayard, 1989 ; P. Wagner, op. cit., p. 176 ; L. Radice, Beatrice and Sidney Webb, Fabian Socialists, Londres, Macmillan, 1984, p. 120 sq. ; D. Musiedlak, Université privée et Formation de la classe dirigeante : l’exemple de l’université L. Bocconi de Milan (1902-1925), Rome, École française de Rome, 1990 ; N. Koestler, « Intelligenzschicht und höhere Bildung in geteilten Polen », in W. Conze et J. Kocka (éd.), op. cit., p. 204.
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[48]
Cette pratique a existé en France sous le Second Empire et au début de la Troisième République mais a été progressivement abandonnée.
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[49]
E. Heinrich, Der Lehrkörper der Wiener Universität in den öffentlichen Vertretungskörpern Österreichs 1861-1918, Phil. Diss., Vienne, 1947.
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[50]
C. Charle, La République des universitaires, op. cit., chap. 7, et K. Schwabe (éd.), Deutsche Hochschullehrer als Elite 1815-1945, Boppard-sur-le-Rhin, Harald Boldt Verlag, 1988.
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[51]
Cf. les analyses comparatives éclairantes sur le cas franco-allemand de M. Werner, « La place relative du champ littéraire dans les cultures nationales. Quelques remarques à propos de l’exemple franco-allemand », in M. Espagne et M. Werner (éd.), Philologiques III, Paris, Éd. de la M.S.H., 1994, p. 15-30. Le contraste franco-allemand est le plus facile à mettre en évidence, il faudrait faire varier le schéma pour l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne, l’Europe centrale, la Russie, etc. On ne peut que l’esquisser dans ce paragraphe, en attendant des recherches plus approfondies, d’autant plus difficiles que chaque historiographie littéraire singulière, dont dépend l’historien pour sa documentation, cherche à accentuer son incomparabilité pour marquer l’originalité de la littérature dont elle traite.
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[52]
Catalogue L’Europe des peintres en 1893, Paris, Réunion des Musées nationaux, 1993.
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[53]
« A Paul Verlaine, 16 novembre 1885 », in S. Mallarmé, Correspondance complète 1862-1871, suivie de Lettres sur la poésie, nlle éd. par B. Marchal, Paris, Gallimard, « Folio », 1995, p. 585.
-
[54]
M. Arnold, « Mr Arnold and the Literary Class », discours à l’Authors’ Club, New York, in Complete Prose Works of Matthew Arnold, éd. par R.H. Super, Ann Arbor, The University of Michigan Press, 1974, t. X, p. 243 (traduit par moi).
-
[55]
La logique disciplinaire propre à l’histoire littéraire ou à l’histoire de l’art tend à multiplier les monographies sur ces groupes pour en chercher l’originalité irréductible alors que leurs conditions sociales d’apparition et de succès, quand on les met en parallèle, sont très similaires. Il existe de ce fait une bibliographie à la fois immense et purement descriptive et autoréférentielle, à l’image des groupes étudiés qui se définissent les uns par rapport aux autres dans une surenchère permanente de distinction.
-
[56]
On en trouvera une analyse plus détaillée dans les travaux menés parallèlement et en coopération de P. Bourdieu, Les Règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire, Paris, Le Seuil, 1992, de C. Charle, La Crise littéraire à l’époque du naturalisme, op. cit., de R. Ponton, op. cit., et d’A.-M. Thiesse, op. cit.
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[57]
Tellement concentré que, pour la première fois dans l’histoire littéraire, une réaction se fait jour contre le centralisme parisien : certains essaient, comme dans les pays décentralisés, d’inventer des espaces littéraires alternatifs par le biais du régionalisme afin de créer d’autres capitales littéraires en dehors de la capitale (cf. A.-M. Thiesse, Écrire la France, Paris, PUF, 1992).
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[58]
A.-M. Thiesse, Le Roman du quotidien, op. cit.
-
[59]
Ce reflux du naturalisme peut être mesuré publiquement à travers l’Enquête sur l’évolution littéraire (1891) de Jules Huret, journaliste au Figaro. Ce type d’enquête, où l’on met en scène, par le biais d’interviews, les luttes littéraires, est imité en Allemagne en 1892 (C. Grottewitz, Die Zukunft der Literatur, Berlin, Max Hochsprung, 1892) et en Italie en 1895 (U. Ojetti, Alla Scoperta dei letterati, Milan, Fratelli Dumolard, 1895, nlle éd., Florence, Le Monnier, 1946). J’analyse en détail la première citée dans La Crise littéraire à l’époque du naturalisme, op. cit., et dans Naissance des « intellectuels », op. cit.
-
[60]
Cf. R. Ponton, « Naissance du roman psychologique », Actes de la recherche en sciences sociales, 4, juillet 1975, p. 66-85.
-
[61]
The Academy, 6 novembre, p. 376, 13 novembre, p. 401-402, 20 novembre, p. 456, 4 décembre, p. 488.
-
[62]
N. Cross, op. cit., p. 206 ; H. Perkin, op. cit., p. 78.
-
[63]
R. Ellmann, Oscar Wilde, trad. française, Paris, Gallimard, 1994.
-
[64]
Interview dans Le Gaulois, 30 juin 1892, repris dans Oscar Wilde, Interviews and Recollections, éd. par E.H. Mikhail, Londres, Macmillan, 1979, vol. 1, p. 189-190 (traduit par moi ; italique : expressions en français dans l’original).
-
[65]
T.W. Heyck, op. cit., p. 205-211 ; J. Genet, William Butler Yeats, Lille, Publications de l’université Lille-III, 1976, p. 36 sq.
-
[66]
Cf. C. Burns, « Échanges franco-britanniques (1). Lettres inédites d’Émile Zola à Ernest Vizetelli (1891-93) », Cahiers naturalistes, n° 62, 1988, p. 61-96.
-
[67]
M. Millgate, Thomas Hardy. A Biography, Oxford, Oxford U.P., 1982, p. 372 ; M. Collie, George Gissing. A Biography, Folkestone, Dawson, 1977 ; A. Hennegan, « Personalities and Principles : Aspects of Literature and Life in Fin-de-Siècle England », in M. Teich et R. Porter (éd.), Fin de siècle and its Legacy, Cambridge, Cambridge U.P., 1990, p. 170-215.
-
[68]
H. et J. Hart, Kritische Waffengänge, 1882, n° 2, p. 4, repris dans E. Rupert, Literarische Manifeste des Naturalismus, Stuttgart, Metzler, 1962, p. 24.
-
[69]
Guillaume II a notamment dit : « Un art qui s’écarte des lois et des contraintes que J’ai fixées n’est plus un art » (cf. D. Breuer, Geschichte der literarischen Zensur in Deutschland, Heidelberg, Quelle & Meyer, 1982, cité p. 189).
-
[70]
R. Wittmann, Geschichte des deutschen Buchhandels, Munich, Beck, 1991, p. 272.
-
[71]
Sur les revues et les théâtres libres, cf. K.-U. Syndram, Kulturpublizistik und nationales Selbstverständnis, Berlin, Gebr. Mann Verlag, 1989 ; sur les cabarets : P. Jelavitch, op. cit., p. 165.
-
[72]
C. Charle, « Champ littéraire français et importations étrangères : de la vogue du roman russe à l’émergence d’un nationalisme littéraire (1886-1902) », in M. Espagne et M. Werner (éd.), op. cit., p. 249-263.
-
[73]
H. Günther, Deutsche Dichter erleben Paris, Pfullingen, Neske, 1979.
-
[74]
Cf. C. David, préface aux Œuvres en prose de Rilke, Paris, Gallimard, Pléiade, 1993, p. xvii-xviii.
-
[75]
C.E. Schorske, Vienne fin de siècle [éd. américaine 1981], trad. française, Paris, Le Seuil, 1983, notamment les chapitres 1 et 6.
-
[76]
St. Beller, Vienne et les Juifs, 1867-1938 [1989], trad. française, Paris, Nathan, 1991.
-
[77]
S. Zweig, Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen [1944], nlle trad., Paris, Belfond, 1993, p. 41.
-
[78]
M. Pollak, Vienne 1900, Paris, Gallimard, Julliard, « Archives », 1984 ; J. Le Rider, Modernité viennoise et Crises de l’identité, Paris, PUF, 1990.
-
[79]
J. Le Rider montre, à propos de Hofmannsthal, la continuité fondamentale entre historicisme et modernisme dans la littérature viennoise alors que, partout ailleurs, les modernes s’affirment par la rupture (Hugo von Hofmannsthal, historicisme et modernité, Paris, PUF, 1995, notamment p. 16-23).
-
[80]
C. Schorske et M. Pollak esquissent trop brièvement ces comparaisons, l’un, p. 285 de son livre, l’autre, dans sa présentation (p. 9-11).
-
[81]
M. Pollak, op. cit., p. 138.
-
[82]
H. von Hofmannsthal, « Gabriele D’Annunzio » [1893], cité dans J. Le Rider, Hugo von Hofmannsthal, op. cit., p. 19.
-
[83]
Alors qu’une pétition de soutien à Zola a reçu l’assentiment de 16 000 personnes en Autriche, aucun des membres de l’avant-garde viennoise ne l’a signée (K. Zieger, « Les réactions autrichiennes face à l’affaire Dreyfus », Cahiers naturalistes, n° 62, 1988, p. 22).
-
[84]
M. Pollak, « Les combats de Karl Kraus », Actes de la recherche en sciences sociales, 36-37, 1981, p. 87-103.
-
[85]
Ce dernier thème, « sexe et création », est développé par M. Pollak, notamment dans le chapitre 5 de son livre, et par J. Le Rider, Modernité viennoise…, op. cit.
-
[86]
M. Pollak, op. cit., p. 192.
-
[87]
La Société des gens de lettres date de 1838 ; en 1872 est projetée une Société internationale des poètes sur initiative française. En Angleterre, après plusieurs tentatives prématurées, la fondation de la Society of British Authors et celle de l’Institute of Journalists datent, on l’a vu, de 1884.
-
[88]
En Allemagne, l’Allgemeiner Deutscher Schriftsteller Verband est fondé en 1878, le Verband Deutscher Journalisten- und Schriftstellervereine en 1895 ; les poètes s’unissent dans le « Cartel des auteurs lyriques » en 1902 pour défendre la poésie sous-payée. En 1909, Theodor Heuss crée le Schutzverband Deutscher Schriftsteller (SDS) (R. Wittmann, op. cit., p. 294).
Le poids croissant et la visibilité nouvelle des catégories qui seront englobées sous le terme « intellectuels » vers 1900 ne suffisent pas, à eux seuls, à expliquer le changement de terminologie dans certains pays, ni son refus dans d’autres. La dénonciation du risque politique contenu dans l’expansion excessive du nombre d’intellectuels et l’inquiétude sociale face à l’envahissement de ces professions par de nouvelles catégories (minorités ethniques ou religieuses, femmes) ont certes contribué à poser la question de l’identité sociale de ces groupes dans toute l’Europe. Mais ces deux réactions n’ont finalement que réactualisé la vision négative présente dans la première moitié du siècle, lors du procès des intellectuels instruit par les défenseurs de l’ordre symbolique établi. Pour expliquer qu’une nouvelle terminologie, positivement connotée cette fois, ait été reprise par les fractions progressistes du champ intellectuel dans certains pays, il faut faire l’hypothèse qu’elle répondait à un besoin de conquête d’une identité de groupe distincte des désignations professionnelles courantes.
L’objet de ce chapitre est d’examiner les médiations sociales qui rendent compte de ce changement de représentation mais aussi les raisons des divergences entre les espaces culturels de l’Europe. On cherchera donc à déterminer quels sont les facteurs d’adhésion à celle-ci, mais aussi, à l’inverse, pourquoi les intellectuels de certains pays refusent, partiellement ou totalement, cette nouvelle identité sociale et/ou symbolique…
Date de mise en ligne : 27/09/2022
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