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Chapitre III. Suborneurs et dupes, agents et complices, corrupteurs et corrompus

Pages 98 à 107

Citer ce chapitre


  • Crémieux-Brilhac, J.-L.
(2020). Chapitre III. Suborneurs et dupes, agents et complices, corrupteurs et corrompus. Les Français de l'an 40 (Tome 1) : I. La guerre oui ou non ? (p. 98-107). Gallimard. https://shs.cairn.info/les-francais-de-l-an-40-tome-1-la-guerre-oui-ou-non--9782072879630-page-98?lang=fr.

  • Crémieux-Brilhac, Jean-Louis.
« Chapitre III. Suborneurs et dupes, agents et complices, corrupteurs et corrompus ». Les Français de l'an 40 (Tome 1) I. La guerre oui ou non ? Gallimard, 2020. p.98-107. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/les-francais-de-l-an-40-tome-1-la-guerre-oui-ou-non--9782072879630-page-98?lang=fr.

  • CRÉMIEUX-BRILHAC, Jean-Louis,
2020. Chapitre III. Suborneurs et dupes, agents et complices, corrupteurs et corrompus. In : Les Français de l'an 40 (Tome 1) I. La guerre oui ou non ? Paris : Gallimard. Folio Histoire, p.98-107. URL : https://shs.cairn.info/les-francais-de-l-an-40-tome-1-la-guerre-oui-ou-non--9782072879630-page-98?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Sur cette action, cf. entre autres P. Ory, Les Collaborateurs, p. 11 et s. et F. Kupferman, Diplomatie parallèle et guerre psychologique. Les enquêtes de police menées en 1939, tant avant qu’après la déclaration de guerre, font apparaître des personnages plus obscurs, mais finalement peu nombreux, tous issus de l’extrême droite et que l’on retrouvera dans les partis et mouvements de la collaboration, tel ce Grégoire, avocat parisien sans éclat chez qui une perquisition a été opérée à l’automne 1939 : elle révèle qu’il était en relation avec Abetz, Fleischauer, directeur du service mondial antijuif d’Erfurt, et le Fichtebund de Hambourg. Il avait été invité à participer au Congrès international juridique en Allemagne à la demande du Dr Franck, ministre de la Justice du Reich. Dans une lettre adressée par lui aux dirigeants du IIIe Reich, il leur avait demandé des fonds pour monter une Association juridique internationale contre le bolchevisme. Il avait été précédemment en relation en France avec le CRAS (Comité de rassemblement antisoviétique) qui était lui-même à l’origine du CSAR, le mouvement cagoulard. AN BB/29/639, no 2 BL/228.
  • [2]
    C’est la thèse — trop souvent fondée sur des on-dit — que soutient l’ancien directeur de Paris-Soir, Pierre Lazareff, dans ses deux livres publiés pendant la guerre à New York : Dernière Édition et De Munich à Vichy, Brentanos, 1942 et 1943.
  • [3]
    Poirier mourut trois semaines après son arrestation des suites d’une grave opération. Aubin fut condamné en 1940 à dix ans de prison. Les pièces du procès, conservées par les archives de la Justice militaire, ne sont pas accessibles.
  • [4]
    Les autorités allemandes avaient tenté d’acheter en sous-main des journaux et de soudoyer des journalistes français pendant la Grande Guerre, puis de façon plus systématique au temps de la République de Weimar. Comme l’a révélé Jacques Bariéty, elles avaient subventionné en 1927 l’appareil de presse de Caillaux et financé pendant toutes les années 1920 la publication en France d’ouvrages pacifistes. Le correspondant du Journal à Berlin recevait, de 1926 à 1929, une mensualité de 1 200 à 1 300 marks par mois, le directeur des services étrangers du Matin une indemnité vraisemblablement plus élevée. Cf. Ch.-R. Ageron, « La vénalité de la presse française dans la première moitié du xxe siècle », Cahiers de l’Institut d’histoire de la presse, no 3, Tours, et J. Bariéty, « Le Matin et L’Allemagne », colloque Presse et personnel politique (Nanterre, 1973), Cahiers du CEREP/1. « L’appareil de presse de Joseph Caillaux et l’argent allemand », Revue historique, no 502, avril 1972.
  • [5]
    À en croire des journalistes parisiens qui auraient été approchés par des agents allemands, le Dr Schmoll, attaché de presse allemand à Paris, n’intervenait pas personnellement mais laissait agir les agents de publicité de quelques grandes firmes pharmaceutiques ou chimiques. Ceux-ci à leur tour faisaient accorder par des sociétés françaises filiales de groupes allemands « des annonces payées au prix fort du tarif mais avec des suppléments hors tarif pour priorité de passage et emplacement de choix : tout cela afin de pouvoir justifier les sommes versées ». Cf. Ch.-R. Ageron, op. cit., et J. Bariéty, op. cit.
  • [6]
    Cf. Les Procès de la radio : Ferdonnet et J. H. Paquis, Paris, Albin Michel, 1947.
  • [7]
    APP/Dossier Kerillis, avril 1940. Goebbels avait, dès 1933, adressé aux agents diplomatiques allemands des instructions leur prescrivant d’essayer de faire passer dans la presse française des « correspondances spéciales » fournies par les agences allemandes, mais qui devaient être signées par des personnalités non allemandes. Le Petit Parisien avait publié ces instructions en novembre 1933. Cf. à ce sujet l’excellent exposé de Pierre Albert dont rien, depuis sa parution, n’autorise à mettre en doute les conclusions prudentes dans l’Histoire générale de la presse française de C. Bellanger, J. Godechot, P. Guiral et F. Terrou, t. III, p. 506 et ss.
  • [8]
    L’Illustration, qui avait connu une fortune exceptionnelle de 1914 à 1918 en se faisant le chantre et l’illustrateur par l’image de l’héroïsme français, tirait en 1939 à 200 000 exemplaires et égayait les salons d’attente de nombreux avocats, médecins et dentistes. Son rédacteur en chef, Robert de Beauplan, personnalité mondaine très connue, fut condamné à mort et exécuté après la Libération pour intelligence avec l’ennemi sous l’Occupation.
  • [9]
    Otto Abetz, Histoire d’une politique franco-allemande, Paris, Stock, 1963.
  • [10]
    Cf. Antoine Prost, Les Anciens Combattants et la société française, 1914-1939, 3 vol., Paris, FNSP, 1977, t. I, p. 180.
  • [11]
    Cf. Cahiers franco-allemands, février à mai 1938.
  • [12]
    APP, série BA.
  • [13]
    Je relève par exemple les rencontres ou voyages organisés pour des jeunes commerçants français, des betteraviers français, 40 bouchers reçus par la Corporation des bouchers allemands, 30 représentants d’équipes sociales, 50 élèves des écoles professionnelles de Valenciennes et Tourcoing, 400 ouvriers, employés et artisans (ces derniers en pleine crise des Sudètes), une équipe d’éditeurs, 200 représentants de travailleurs artisanaux professionnels de l’alimentation, du textile, du vêtement et de la chimie (la semaine du 23 septembre, juste avant la conférence de Munich), une délégation de la Chambre de commerce de Paris en octobre 1938, une délégation française au congrès national des paysans allemands — outre les rencontres savamment orchestrées auxquelles a donné lieu le congrès franco-allemand de Baden-Baden en juin 1938, que Goebbels a honoré de sa présence, et sans compter la représentation française aux congrès internationaux du tourisme, de l’enseignement professionnel, de l’horticulture, de l’entomologie et de la comptabilité.
  • [14]
    Cf. Olier Mordrel, Breiz Atao. Histoire et actualité du nationalisme breton, Paris, Alain Moreau, 1973, p. 225-259 ; Bertrand Frelaud, Les Nationalistes bretons de 1939 à 1945, s.l., Éditions Beltan, 1985, p. 11-16 ; et le témoignage oral de l’ambassadeur Georg Diehl.
  • [15]
    Cf. P. Ory, Les Collaborateurs, p. 177-183, et colonel Paul Paillole, Services spéciaux 1939-1945, Paris, Laffont, 1975, p. 143 et ss.

Une cinquième colonne en France ? Il n’est pas toujours facile de faire le départ entre les sympathisants spontanés et ceux qu’une propagande ingénieuse a attirés ou soudoyés, moins encore d’évaluer l’influence réelle de l’entreprise allemande de subversion. Le service de presse de l’ambassade, l’organisation du parti hitlérien parmi les Allemands de France, les antennes du ministère de la Propagande de Goebbels et le réseau de relations tramé à partir de 1934 par Otto Abetz, secondés par de nombreuses associations culturelles ou professionnelles d’Allemagne, ont concouru à une action concertée de pénétration et de séduction : elle a été méthodique, imaginative et pourvue de moyens financiers puissants ; aussi a-t-on été parfois tenté de lui attribuer la création en France d’une cinquième colonne de corruption et d’espionnage qui aurait été en grande partie responsable de l’affaissement psychologique français. Si efficace qu’ait été cette action, on se gardera de céder rétrospectivement au mythe du complot.
La manœuvre allemande, amorcée dès 1933, visait trois principaux objectifs : acquérir une audience dans les milieux parisiens influents, parmi les organes de presse et les relais de l’opinion ; susciter la compréhension, voire la sympathie au sein d’organisations de masse telles que les anciens combattants ; éveiller des amitiés utiles à la faveur de contacts professionnels franco-allemands.
Otto Abetz en a été le plus visible artisan. Ses premiers contacts en faveur du rapprochement franco-allemand remontaient à 1929, alors qu’enseignant démocrate il organisait des rencontres de jeunes dans la Forêt-Noire…


Date de mise en ligne : 08/07/2021

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