Chapitre IV. L’imprégnation pacifiste et la religion de la paix
Pages 108 à 126
Citer ce chapitre
- CRÉMIEUX-BRILHAC, Jean-Louis,
- Crémieux-Brilhac, Jean-Louis.
- Crémieux-Brilhac, J.-L.
Citer ce chapitre
- Crémieux-Brilhac, J.-L.
- Crémieux-Brilhac, Jean-Louis.
- CRÉMIEUX-BRILHAC, Jean-Louis,
Notes
-
[1]
18,2 % des Français mobilisables ont été tués ; les pertes allemandes de 1 855 000 hommes ne représentaient qu’une proportion de 11,3 % et celles du Royaume-Uni s’élevaient à 744 000, soit 8,8 %.
-
[2]
La formule est de Paul Reynaud, citée par Jean-Pierre Renaudeau, « La tentation pacifiste », Le Débat, no 32, août 1984.
-
[3]
Sans oublier des écrits publiés avant même la fin de la Grande Guerre, tels que Vie des martyrs (1917) et Civilisation (1918) de Georges Duhamel.
-
[4]
Sans parler des multiples ouvrages à thèse, de L’Homme que j’ai tué (1925), de Maurice Rostand, au Bétail humain (1928) et à La Patrie humaine (1931) de Victor Margueritte.
-
[5]
Dans Les Cahiers du Contadour, 1935.
-
[6]
La cinquantaine d’objecteurs de conscience de 1939 étaient les uns anarchistes, les autres chrétiens, dont les deux pasteurs Henri Roser et Philippe Vernier. Cf. Nicolas Vernier, Pacifisme et antimilitarisme dans l’entre-deux-guerres, Paris, Éditions Spartacus.
-
[7]
L’expression est de Léon Blum, déposant le 8 août 1947 devant la commission parlementaire chargée d’enquêter sur les événements survenus en France de 1933 à 1945 : « Nous éprouvions l’horreur religieuse de la guerre. » Cf. CEP, vol. I, p. 122.
-
[8]
Propos de 1934 ou 1935, reproduit en tête du numéro d’avril 1938 de Vigilance, le bulletin du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. Cf. Nicole Racine-Furlaud, « Le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes », dans La France en mouvement, 1934-1938, sous la direction de J. Bouvier, p. 316.
-
[9]
30 % des promotions 1900-1914 des écoles de la rue d’Ulm et de Saint-Cloud ont été tués en 1914-1918, dont six des dix majors des promotions littéraires de 1910 à 1914, et 22 % des promotions d’instituteurs. Cf. J. Luc et A. Barbe, Des normaliens. Histoire de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1982.
-
[10]
« Il y a quelque chose de plus beau à voir que celui qui n’aime pas obéir, avait écrit Alain, c’est celui qui n’aime pas commander. Cette noble espèce se multiplie. » Cité dans la remarquable étude sur le pacifisme de l’entre-deux-guerres de Christian Jelen, Hitler ou Staline ? Le prix de la paix.
-
[11]
Cf. Raymond Aron, Mémoires. Cinquante ans de réflexions politiques, Paris, Julliard, 1983, p. 42. La PMS astreignait les étudiants et instituteurs qui s’y inscrivaient à cinq heures de présence par semaine pendant trente semaines, deux années de suite. Ceux qui étaient reçus à l’examen final faisaient leur service militaire pendant six mois comme élèves-officiers et, à partir du septième mois, comme sous-lieutenants ou aspirants.
-
[12]
Christian Jelen, op. cit., p. 82. L’obligation faite aux élèves de seize grandes écoles de suivre la préparation militaire supérieure résultait, depuis 1919, d’une circulaire ministérielle. Elle fut inscrite dans la loi en 1928 et élargie légalement à une vingtaine d’écoles.
-
[13]
Enquête menée sous l’égide du Centre de recherche d’histoire des mouvements sociaux et du syndicalisme, université Paris-I, et du département d’histoire de l’université Paris-I par M. Jacques Girault ; je lui suis particulièrement reconnaissant de m’en avoir communiqué les éléments.
-
[14]
Raymond Aron est plus catégorique : « Ils ont contribué à démoraliser l’armée », écrit-il dans ses Mémoires. Le jugement est trop simple.
-
[15]
Jacques Girault, « Le syndicat des instituteurs », dans R. Rémond et J. Bourdin, La France et les Français…, p. 189-208.
-
[16]
Bulletin départemental de la section Aveyron du SNI, été 1939.
-
[17]
J. Fontaine dans L’École émancipée, 23 avril 1939.
-
[18]
AN 496/AP (3 DA/3, Dr. 6).
-
[19]
L’École libératrice, 18 mars, 24 juin et 6 mai 1939.
-
[20]
Propos tenus le 2 juillet 1939 devant l’assemblée générale de la section départementale du SNI à Decazeville (Bulletin départemental de la section Aveyron du SNI, été 1939).
-
[21]
Les partisans de la fermeté en face de l’Allemagne, qui affirment « qu’il faut parfois risquer la guerre pour assurer la paix » (instituteurs patriotes des marches de l’Est, socialistes blumistes, communistes et communisants), ont réuni 13 % des votes, les pacifistes intégraux et socialistes révolutionnaires hostiles à « la défense nationale bourgeoise », 17 %. La motion des partisans de la fermeté a été souvent qualifiée de « communisante ». En réalité, suivant le témoignage de Delmas à l’instruction du procès de Riom, les instituteurs communistes auraient été au maximum 3 000, soit 2,25 % de l’effectif du SNI (AN 2 W/66). Les 13 % des votes opposés à toute concession (au lieu de 6 % l’année précédente) traduisent les progrès de la volonté de résistance, même dans un milieu hyperpacifiste.
-
[22]
Le dernier rapport moral d’une section départementale du SNI telle que celle de l’Aveyron, approuvé à l’unanimité le 2 juillet 1939, éclaire avec objectivité les différentes tendances entre lesquelles les maîtres se partagent : « Les uns, partisans de la politique de fermeté, disent : “Ah ! Si on nous avait écoutés ! Si l’on n’était pas allé de concessions en concessions, la paix ne serait pas menacée comme elle l’est aujourd’hui.” D’autres, au contraire, faisant leur la déclaration fameuse : “Plutôt la servitude que la guerre”, se refusent obstinément à envisager toute participation à quelque guerre que ce soit, déclarant à l’avance qu’ils préfèrent la vie à la liberté. Entre ces deux extrêmes, le Syndicat national semble avoir adopté une position moyenne » (Bulletin départemental de la section Aveyron du SNI, été 1939).
-
[23]
Sur les correspondances d’instituteurs, voir t. II, p. 435. Sur le comportement des instituteurs officiers et sous-officiers, voir t. II, p. 508-510.
-
[24]
Jean-François Biard, « Les socialistes et le problème de la guerre », Itinéraires (Mélanges Léo Hamon), Paris, Économica, 1982, p. 35 et ss. Pourtant, lors de la remilitarisation de la Rhénanie, il s’est prononcé contre une intervention militaire : à Jules Moch, qui en était partisan, il a répondu que « d’abord les Anglais n’accepteront pas. Et s’ils refusent, nous devons nous garder de tout acte unilatéral : on ne se fait pas justice à soi-même » (Jules Moch, Rencontres avec Léon Blum, p. 109-110).
-
[25]
Le Populaire, octobre 1935.
-
[26]
Compte rendu sténographique du congrès de Royan, p. 332-343, Office universitaire de recherche socialiste.
-
[27]
Dans Le Populaire, 20 septembre 1938.
-
[28]
Hudelle, Le Midi socialiste, 1er et 2 octobre 1938.
-
[29]
Le Populaire, 2 octobre 1938.
-
[30]
Le Populaire du Centre, 21 septembre 1938.
-
[31]
Cité par M. Luirard, La Région stéphanoise…, p. 195.
-
[32]
Le Courrier de l’Ondaine, cité par M. Luirard. ibid.
-
[33]
G. Lefranc, Le Mouvement socialiste sous la Troisième République, Paris, Payot, 1963, p. 369.
-
[34]
L. Zoretti, Les Deux Dernières Années de la SFIO, p. 84.
-
[35]
D’après Le Populaire des 25, 26, 27 et 28 décembre 1938, complété par APP. BA.
-
[36]
Dans Le Pays socialiste, 7 avril 1939.
-
[37]
J. Moch dans Le Populaire du 18 mai 1939. Marx Dormoy dans celui du 19 mai. Henri Salengro et Roucayrol au congrès de Nantes.
-
[38]
Charles Thonon, ingénieur, député de la Seine-et-Oise, membre de la commission de l’armée, qui entend manifester contre la guerre. Mais une fois la guerre déclarée, il demande à partir, car il est antihitlérien. Cf. H. Calef, Le Sabordage de la IIIe République, p. 320-321.
-
[39]
Cf. dans Redressement du 15 août 1939, l’article suivant de Deixonne, qui reproduit l’essentiel des déclarations qu’il avait faites au congrès de Nantes le 27 mai précédent, désarmante expression du rêve de fraternité socialiste :
« À qui voulez-vous faire croire que la guerre contre l’Allemagne serait la lutte contre le fascisme allemand ? Ce que nous trouverons dans les tranchées d’en face, ce n’est pas Hitler, ce sera le brave bougre d’ouvrier, de paysan ou de fonctionnaire de l’autre côté du Rhin, des malheureux qui nous ressembleront comme des frères et avec qui nous finirons effectivement par fraterniser après quelques mois de bombardements et de chiennerie.
On nous place devant ce dilemme : ou la servitude ou la guerre (…). Et d’abord, si l’Allemagne gagne la guerre ? (…) Nous aurons eu la guerre et nous aurons la servitude par-dessus le marché. L’un n’aura pas évité l’autre. L’un aura très précisément conduit à l’autre (…)
L’héroïsme se mesure moins dans la guerre que dans la lutte contre la guerre. »
1 325 000 tués, soit près d’un mobilisable sur cinq, moitié plus proportionnellement qu’en Allemagne, 600 000 invalides, le quart du territoire ravagé, cinquante et un mois de souffrances et d’efforts inhumains…
« Plus jamais ça ! », c’est ce que droite et gauche, poincaristes et briandistes n’ont cessé de répéter au long des années 1920, même s’ils étaient opposés sur les moyens. Impossible de comprendre les comportements politiques de Daladier ou de Bonnet, de Mistler ou de Flandin sans voir en eux d’anciens combattants. Impossible de comprendre Laval sans se rappeler le socialiste minoritaire de 1916 chez qui le pacifisme restera la seule conviction stable. Impossible même de comprendre Pétain et Gamelin si l’on fait abstraction du climat pacifiste auquel ils se sont adaptés sans effort et qui a inspiré leurs conceptions stratégiques, à commencer par la construction de la ligne Maginot, et toute la politique militaire qu’ils incarnent, qui ne conçoit d’opérations militaires que défensives, comme si la défensive était républicaine et comme si l’offensive, obligatoirement provocatrice, était « la doctrine du chef réactionnaire indifférent aux pertes en hommes ».Le pacifisme spontané des survivants a été exalté par l’espoir qu’a incarné Briand. Il a été entretenu pendant vingt ans non seulement par une littérature de guerre dont le succès a été immense, du Feu de Barbusse, prix Goncourt 1916, et des Croix de bois de Dorgelès (1919) au Verdun de Jules Romains (1938) en passant par les traductions d’…
Date de mise en ligne : 08/07/2021
Ce chapitre est en accès conditionnel
Acheter cet ouvrage
22,99 €