Le prix de la liberté
- Par Jacques Hassoun
Pages 59 à 64
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- HASSOUN, Jacques,
- Hassoun, Jacques.
- Hassoun, J.
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Mais il est évident aussi que cette liberté prise avec ce dont on a hérité, avec ce que nous avons à léguer aussi, qui semble mise à la disposition du sujet n’est pas sans lui poser quelques questions qui l’engagent dans son être même.
Que cette liberté au plan du sujet puisse apparaître dans un premier temps comme une aliénation paradoxale ne saurait nous surprendre. Dès lors, le chemin pour acquérir cette liberté intérieure sera long, complexe, et le prix à payer sera à la mesure de l’emprise que les restes d’un héritage non assumé, produits par un passé non entièrement révolu, exercent sur le sujet.
Tentons de développer cette hypothèse en évoquant deux destins singuliers qui nous semblent particulièrement remarquables.
Badiya est une jeune femme née dans un petit village situé aux confins de la Tunisie et de la Libye. Son père, un ancien caporal-chef des régiments de tirailleurs tunisiens, se replie avec sa famille dans le sud-ouest de la France à la fin des années 1950. Patriarche déchu, il tente de vivre son existence d’exilé en perpétuant des modèles désuets qu’il essaie d’imposer à sa nombreuse progéniture. Badiya se révolte, entre en conflit ouvert avec sa mère qui, elle aussi, oblige ses filles à se conformer à un mode d’existence désuet… cependant que celles-ci réussissent fort brillamment leurs études secondaires. Le fossé s’élargit. Badiya, devenue majeure, quitte sa famille, se réfugie dans une abbaye, se convertit au catholicisme, prend à l’occasion de son baptême le prénom de Geneviève – la sainte, fait-elle remarquer, qui permit aux Parisiens de résister aux barbares normands – et se replie à Paris où elle se trouve projetée dans le monde du show-biz…
Date de mise en ligne : 01/04/2012
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