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Conclusion. La culture du renoncement

Pages 333 à 358

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  • Vial, C.-É.
(2024). Conclusion. La culture du renoncement. Le Siècle des chutes : Abdications et déchéances en France (1814-1870) (p. 333-358). Perrin. https://shs.cairn.info/le-siecle-des-chutes--9782262108410-page-333?lang=fr.

  • Vial, Charles-Éloi.
« Conclusion. La culture du renoncement ». Le Siècle des chutes Abdications et déchéances en France (1814-1870) Perrin, 2024. p.333-358. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/le-siecle-des-chutes--9782262108410-page-333?lang=fr.

  • VIAL, Charles-Éloi,
2024. Conclusion. La culture du renoncement. In : Le Siècle des chutes Abdications et déchéances en France (1814-1870) Paris : Perrin. Tempus, p.333-358. URL : https://shs.cairn.info/le-siecle-des-chutes--9782262108410-page-333?lang=fr.

Notes

  • [*1]
    À la suite de la révolution chinoise de 1911, la république avait été proclamée le 1er janvier 1912. L’impératrice douairière Longyu accepta le 12 février de promulguer un acte d’abdication au nom de son neveu, le jeune empereur Puyi (1906-1967). Le nouveau régime s’engagea à lui verser une pension et à l’autoriser à demeurer dans la Cité interdite, où il resta jusqu’en 1924. Lors d’un soulèvement, Puyi fut brièvement restauré du 1er au 13 juillet 1917, avant d’abdiquer à nouveau.
  • [*2]
    Cas exceptionnel, le roi Ferdinand Ier de Bulgarie, discrédité en raison de son attitude louvoyante au cours de la Première Guerre mondiale et qui avait abdiqué le 5 octobre 1918 après dix ans de règne, eut la douleur d’assister à la chute de sa dynastie avec la déposition de son petit-fils en 1946. Il mourut deux ans plus tard, après trente années d’un exil paisible à Cobourg. Il aurait commenté sa situation en des termes frappants : « Les rois en exil sont plus philosophes dans les revers que les individus ordinaires […]. Nous sommes disciplinés dès le jour de notre naissance et on nous apprend à éviter de montrer la moindre émotion. Le squelette est assis pour toujours avec nous à la table. Cela peut signifier meurtre, cela peut signifier abdication, mais il sert toujours à nous rappeler l’inattendu. Nous sommes donc préparés et rien n’arrive comme étant une catastrophe. L’essentiel dans la vie est de supporter toutes les conditions de l’exil physique ou spirituel avec dignité. Si l’on soupe avec du chagrin, il n’est pas besoin d’inviter tout le monde à vous voir manger » (Stephen Constant, Foxy Ferdinand, 1861-1848, tsar of Bulgaria, Londres, Sidgwick and Jackson, 1979, p. 318).
  • [*3]
    Depuis l’abdication du roi Édouard VIII, les renonciations au trône ont profondément marqué la culture populaire, que ce soit avec la bande dessinée (que l’on songe à Tintin dans Le Sceptre d’Ottokar d’Hergé et à l’album Mickey abdique, tous deux parus en 1939), le cinéma hollywoodien (Désirée, avec Marlon Brando dans le rôle de Napoléon, 1954) ou soviétique (Waterloo, de Bondartchouk, avec Orson Welles jouant Louis XVIII), la science-fiction (l’abdication de l’empereur Paul Atréides dans Le Messie de Dune de Franck Herbert, 1969), le dessin animé (par exemple avec la renonciation signée sous la contrainte du roi Triton dans La Petite Sirène, 1989) ou, plus récemment, le petit écran avec la série The Crown (2016).
  • [1]
    1. G. Jellinek, L’État moderne et son droit : théorie juridique de l’État, Paris, M. Giard et É. Brière, 1913, p. 428.
  • [2]
    2. B. Constant, Principes de politique, Paris, Eymery, 1815, p. 35-36.
  • [3]
    3. R. Rémond, La Droite en France, de la première Restauration à la Ve République, Paris, Aubier, 1963, p. 38.
  • [4]
    4. F.-R. de Chateaubriand, Opinion de M. le vicomte de Chateaubriand, pair de France, sur le projet de loi relatif à la police de la presse, Paris, Ladvocat, 1827, p. 29.
  • [5]
    5. Voir l’introduction de Jean Tulard dans J. de Maistre, Considérations sur la France, Paris, Garnier, 1980, p. 25.
  • [6]
    6. É. de Girardin, L’Impuissance de la presse : questions de l’année 1878, Paris, E. Plon et Cie, 1879, p. xi.
  • [7]
    7. Mémoires du prince de Talleyrand, op. cit., p. 767.
  • [8]
    8. P.-S. Ballanche, Le Vieillard et le jeune homme, Paris, Garnier, 1981, p. 69.
  • [9]
    9. L. de Viel-Castel, Histoire de la Restauration, op. cit., vol. 20, p. 695.
  • [10]
    10. G. Ferrero, Pouvoir : les génies invisibles de la Cité, op. cit., p. 37.
  • [11]
    11. C. de Rémusat, Politique libérale, op. cit., p. 264-265.
  • [12]
    12. C. Péguy, L’Argent, suivi de l’Argent, suite, Paris, Gallimard, 1932, p. 9.
  • [13]
    13. É.-D. Pasquier, Mémoires, op. cit., vol. 6, p. 317.
  • [14]
    14. F.-R. de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, op. cit., vol. 1, p. 969.
  • [15]
    15. J. Le Brun, Le Pouvoir d’abdiquer, op. cit., p. 256.
  • [16]
    16. P. Branda, Napoléon à Sainte-Hélène, Paris, Perrin, 2021, p. 409.
  • [17]
    17. E. Quinet, La Révolution, Paris, A. Lacroix, 1865, vol. 1, p. 427.
  • [18]
    18. C. Latour Du Moulin, La France et le septennat, Paris, E. Dentu, 1874, p. 16.
  • [19]
    19. A. de Falloux, Mémoires d’un royaliste, op. cit., vol. 2, p. 485.
  • [20]
    20. A. Nicolas, La Monarchie et la question du drapeau, Paris, E. Vaton, 1873, p. 24.
  • [21]
    21. P. Védrenne, Les Royalistes après la prorogation, Toulouse, Delboy, 1873, p. 58.
  • [22]
    22. C. de Mazade, « Les illusions et les mécomptes d’un royaliste », art. cité, p. 763.
  • [23]
    23. H. de Bourbon, Lettre de M. le comte de Chambord, Amiens, Imprimerie de Yvert, 1872, p. 1.
  • [24]
    24. La France, 23 février 1875, p. 1.
  • [25]
    25. F. Roustan, Dieu, Jeanne d’Arc et Napoléon IV : vision prophétique de l’avenir, Paris, Dentu et Lachaud, 1876, p. 149.
  • [26]
    26. L. de Witt, Le prince Victor Napoléon, Paris, Fayard, 2007, p. 144.
  • [27]
    27. A. Daudet, Les Rois en exil, Paris, Alphonse Lemerre, 1879, p. 62.
  • [28]
    28. Le Figaro, 1er novembre 1871, p. 3.
  • [29]
    29. Le Temps, 29 novembre 1872, p. 2.
  • [30]
    30. H. Maret, Le Parlement : réflexions d’un sauvage, Paris, F. Rieder, 1920, p. 22.
  • [31]
    31. Parmi les journaux dressant le parallèle entre la démission présidentielle et l’abdication d’un monarque, citons L’Homme libre, 5 juin 1924, p. 1 ; L’Œuvre, 9 juin 1924, p. 1.
  • [32]
    32. F. Rouvillois, « Les quasi-abdications d’un quasi-monarque », Revue du droit public, no 1, 2015, p. 31-35.
  • [33]
    33. D’après une lettre adressée le 18 juin 1940 à Weygand par le député du Nord Henri Becquart, Au temps du silence, de Bordeaux à Vichy, souvenirs et réflexions, Paris, Iris, 1945, p. 36.
  • [34]
    34. P. Lauvaux, « L’abdication dans l’Europe contemporaine », art. cité.
  • [35]
    35. J.-C. Buisson, « Préface », dans Nicolas II, Journal, Paris, Perrin, 2020, p. 8 ; p. 61, note du 15 mars 1917.
  • [36]
    36. G. Danilow, « L’abdication du tsar Nicolas II : souvenirs d’un témoin », Revue des Deux Mondes, 1er janvier 1929, p. 46-71.
  • [37]
    37. M. Duverger, La Monarchie républicaine : ou comment les démocraties se donnent des rois, Paris, Robert Laffont, 1974, p. 198 ; A. Teyssier, De Gaulle, 1969, Paris, Perrin, 2019, p. 189 ; J. Le Brun, Le Pouvoir d’abdiquer, op. cit., p. 139 ; J.-P. Rey, « Le maître du temps. Les deux abdications du général de Gaulle », op. cit., p. 111-146.
  • [38]
    38. A. Boureau et C. Péneau, « Retours de l’abdication », dans Le Deuil du pouvoir, op. cit., p. 19.
  • [39]
    39. L. Blanc, « La présidence et le suffrage universel », Le Nouveau Monde, no 1, 15 juillet 1849, p. 27.
  • [40]
    40. P. Raynaud, « La monarchie, figure symbolique ou figure gouvernante », Revue des Deux Mondes, octobre 2016, p. 9.
  • [41]
    41. Voir notamment les pages consacrées aux abdications contemporaines dans R. Hazell et B. Morris (dir.), The Role of Monarchy in Modern Democracy : European Monarchies compared, Londres, Hart Publishing, 2020, p. 45, 53-57, 61, 111, 49-60, 204-205, 200-201.
  • [42]
    42. É. Anceau, Les Élites françaises, Paris, Passés composés, 2020, p. 371.
  • [43]
    43. S. Mahrane, « Les Gilets jaunes », dans Révolutions françaises du Moyen Âge à nos jours, Paris, Perrin, 2020, p. 339.

Dépouillés après 1789 de leur légitimité, nombreux furent les monarques de l’Europe à devoir quitter leur trône, chassés par leurs sujets ou accusés d’avoir été de mauvais politiques, de piètres chefs de guerre ou, simplement, des chefs d’État corrompus et avides de pouvoir. En France, leur litanie s’égrène en une succession de couronnes brisées : Napoléon deux fois, Charles X, Louis-Philippe et enfin Napoléon III. Pour ces quatre monarques, l’abdication aura été à la fois le couronnement de l’inconscience et le lot de la fatalité, même si aucune déchéance ne reproduisit exactement la précédente. Toutes répondirent aux crises politiques, militaires, diplomatiques ou économique propres à leur époque, tout en faisant souvent écho aux souvenirs des rois et empereurs de jadis, et notamment aux monarchies électives du Moyen Âge, en Suède, au Danemark ou en Pologne, dont les souverains étaient régulièrement déposés car ils ne respectaient pas le « contrat » passé avec les grands seigneurs qui les avaient portés au trône.
Le temps des rois absolus de l’époque moderne était bel et bien révolu, comme l’écroulement fracassant du trône de Louis XVI l’avait déjà montré. Après l’explosion de 1789, placée sous le sceau d’une double revendication à la liberté et à l’égalité, des années d’expérimentation, de la république monocamérale à l’Empire en passant par la pentarchie du Directoire, avaient été nécessaires avant d’en revenir à la proposition de départ, à savoir une royauté tempérée par le pouvoir parlementaire, option soutenue à l’Assemblée constituante par les « monarchiens » jusqu’en 1791. Après le dramatique échec militaire de Napoléon, la promesse de la monarchie constitutionnelle que la Charte n’avait fait qu’esquisser en 1814 était de placer sur le trône un prince inoffensif, réduit à un rôle de représentation, un individu qui n’aurait plus grand-chose de sacré mais qui serait le représentant des intérêts d’une Nation, au-dessus de la mêlée de la politique, comme l’avait théorisé Benjamin Constant en 1815 : « Le pouvoir royal est au milieu, mais au-dessus des autres, autorité à la fois supérieure et intermédiaire, sans intérêt à déranger l’équilibre mais ayant au contraire tout intérêt à le mainteni…


Date de mise en ligne : 18/11/2024

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