Serment et acculturation dans l’orient romain au travers de quelques témoignages épigraphiques
- Par Nicole Belayche
Pages 159 à 168
Citer ce chapitre
- BELAYCHE, Nicole,
- Edité par VERDIER, Raymond,
- Belayche, Nicole.
- Belayche, N.
- Edité par R. Verdier
https://doi.org/10.3917/cnrs.verdi.1992.02.0159
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Notes
-
[1]
« L’expression du serment dans la Grèce ancienne », R.H.R. CXXXIV, 1947-1948, p. 82. Sur l’évolution des conceptions grecques sur le droit, cf. L. GERNET, Droit et institutions en Grèce antique, Paris, 1982, pp. 59-119.
-
[2]
P.W.R.E. V, art. « Eid » (Ziebarth), coll. 2076-2083, et M.P. NILSSON, Geschichte der Griechischen Religion, Munich, I, 1967, pp. 139-142.
-
[3]
P.W.R.E. VII, art. « Gorgippia » (Kiessling), coll. 1620-1629, E.H. MINNS, Scythians and Greeks, Cambridge, 1913, pp. 566-606 et V.F. GAJDUKEVIC, Das Bosporanische Reich, Berlin, 1971, pp. 228-233.
-
[4]
M.P. NILSSON, o.c., II, 1974, cite les deux inscriptions p. 664 parmi les « andere kleinasiatische Götter ». L’attribution juive est soutenue, entre autres, par J. DERENBOURG, « Les inscriptions grecques juives au Nord de la Mer Noire », Journal Asiatique, 1868, pp. 525-537. E.R. GOODENOUGH, « The Bosporous inscriptions to the Most High God », J.Q.R., XLVII, 1957, pp. 221-233 et B. LIFSHITZ, « Le culte du Très Haut à Gorgippia », Rivista di Filologia e di Istruzione classica, XCII, 1964, pp. 157-161, s’opposant à la plus récente identification païenne que je n’ai pu consulter, T.W. BLAWATSKAYA, « Gorgippijskaia manumissija », Sovietskaïa Archeologia, 1958, pp. 91-96 (en russe).
-
[5]
I.O.S.P.E., II n° 400 pp. 208-209 == C.I.R.B. p. 656 n° 1123 == C.I.J, I n° 690 pp. 500-501. Le choix du roi 1. 4 est délicat (I.O.S.P.E. choisit Polémon et C.I.R.B., Mithradate). 41 est précisément l’année où Mithradate est installé par Claude roi du Pont à la place de Polémon II, soutenu en son temps par Caligula (cf. Tacite, Annales XII 15 ss et Dion Cassius, Hist. rom. LX 8), donc la première où il bat monnaie (cf. V.F. GAJDUKEVIC, o.c., p. 340).
-
[6]
L. ROBERT, R.E.G. (BE), 1960, n° 291 == S.E.G., XIX, 1963, n° 504 == C.I.R.B. pp. 659-660 n° 1126.
-
[7]
Pour la chronologie, cf. P.W.R.E. I, art. « Aera » (Kubitschek) coll. 606-666, W. WROTH, A catalogue of the greek coins of the British Museum, Londres, 1889 et H. MATTINGLY, British Museum Coinage, Londres, I, 1965 ss.
-
[8]
cf. A. CALDERINI, La manomissione e la condizione dei liberti in Grecia, Milan, 1908, pp. 418-420.
-
[9]
Cela explique les différences de la traduction de J.B. FREY citée supra. En effet, l’auteur du C.I.J. considère la première inscription comme juive, et la seconde comme judéo-païenne.
-
[10]
L’enquête onomastique n’est d’aucun secours, les Juifs portant fréquemment des noms hellénisés ; cf. la prudence de V. TCHERICOVER, The Jews in Egypt, Jerusalem, 1963, pp. XXIII-XXIV.
-
[11]
cf. Strabon, XI 2 10 : « La « métropole » des habitants du Bosphore européen est Panticapée, celle des Asiatiques Phanagoreia ».
-
[12]
cf. P.W.R.E. III, art. « Bosporos » (Brandis), coll. 757-789 et IX, art. « Pontos Euxeinos » (Danoff), coll. 1062-1174 ; E.H. MINNS, o.c., pp. 615-625 ; C.A.H. VIII, 1930, « The Bosporan Kingdom » (M. ROSTOVTZEFF), pp. 561-589 et V.F. GAJDUKEVIC, o.c., pp. 170-459.
-
[13]
cf. M. ROSTOVTZEFF, Iranians and Greeks in South Russia, Oxford, 1922.
-
[14]
cf. id., « Le culte de la grande déesse dans la Russie méridionale », R.E.G. XXXII, 1919, pp. 462-482 et V.F. GAJDUKEVIC, o.c., pp. 404 ss.
-
[15]
Sur la faveur des cultes orientaux, cf. W. BLAWATSKY et G. KOCHELENKO, Le culte de Mithra sur la côte septentrionale de la Mer Noire, Leiden, 1966 (EPRO 8) et M.M. KOBYLINA, Divinités orientales sur le littoral Nord de la Mer Noire, Leiden, 1976, (EPRO 52).
-
[16]
cf. K.E. SCHURER, Geschichte des Jüdischen Volkes, Leipzig, III, 1909, pp. 23-24, M. ROSTOVTZEFF, o.c., pp. 147-180 et J.B. FREY, C.I.J., New York, I, 1975, p. 577.
-
[17]
cf. V.F. GAJDUKEVIC, o.c., pp. 336-337 et 459 ss.
-
[18]
cf. W. BLAWATSKY, « Le culte des Empereurs romains au Bosphore », Mélanges A. Piganiol, Paris, 1966, III, pp. 1541-1545.
-
[19]
cf. V.F. GAJDUKEVIC, o.c., pp. 452-455, et plus généralement P. FOUCART, Des associations religieuses chez les Grecs, Paris, 1873, E. ZIEBARTH, Das Griechische Vereinswesen, Leipzig, 1896 et F. POLAND, Geschichte des Griechischen Vereinswesen, Leipzig, 1909.
-
[20]
cf. K.E. SCHÜRER, o.c., II, 1907, pp. 504-517 (trad. angl., Edimbourg, II, 1979, pp. 425 ss.).
-
[21]
cf. N. BELAYCHE, Contribution à l’étude du sentiment religieux dans les provinces orientales de l’Empire romain. Les divinités « YΨ/ΣTOΣ », Thèse dactylographiée, Paris IV - Sorbonne, 1984.
-
[22]
« Die Juden in Bosporanischen Reich und die Genossenschaften der σερóμενoι θεὸν ὕψιστoν ebendaselbst ». Sitzungb. der k. Akad. zu Berlin, XI, 1897, pp. 200-225, en particulier p. 206 et à sa suite Fr. CUMONT, P.W.R.E. IX, art. « ῾᾽γψιστoς », col. 448 et « Hypsistos », Revue de l’Instruction Publique en Belgique, XL, Suppl., 1897, pp. 1-11.
-
[23]
Lettre d’Aristée à Philocrate 185 (éd. A. PELLETIER), III Macc. 2. 21. 5. 7, 7. 9, et l’interrogatoire de Jésus par le Grand Prêtre, Mc. 14. 61-62. Cf. A. Deissmann. « Die Rachegebete von Rheneia », Philologus, LXI, 1902, p. 258, C. CAPIZZI, ΠANTOKRATΩP, Rome, 1964, (Orientalia Christiana Analecta 170), pp. 5-7 et 13-28, R. MARCUS, « Divine names and attributes in Hellenistic Jewish Literature », Proceeding for the Amer. Acad. for Jewish Research, 1932, pp. 100-101 et B. LIFSHITZ, « Donateurs et fondateurs de synagogues juives », Cahiers de la Revue Biblique, VII, 1967, p. 28 n° 20.
-
[24]
cf. R. LACK, « Les origines de Elyon, le Très Haut dans la tradition culturelle d’Israël », C.B.Q., XXIV, 1962, pp. 44-64. M. HENGEL, Judentum und Hellenismus, Tübingen, 1969 (trad. angl. Philadelphie, 1976), pp. 544-547 et G. BERTRAM, T.W.N.T. VIII, 1969, art. « Hypsistos », pp. 614-617.
-
[25]
cf. J. BONSIRVEN, Le Judaïsme palestinien au temps de Jésus Christ, Paris, 1934, pp. 124-136, G.F. MOORE, Judaism in the first centuries of the Christian Era, Cambridge, 1954, I, pp. 424-451, M. SIMON, « Theos Hypsistos », Studia G. Widengren, Leiden, I, 1972, pp. 372-385. Pour un tableau récapitulatif des emplois d’ ῝γψιστος dans la Septante, cf. N. BELAYCHE, O.C., p. 293.
-
[26]
cf. « lao », « laoue », « labe » si fréquemment rencontrés dans les papyrus magiques, K. PREIDENDANZ, Papyri Magicae Graecae, Leipzig, 1928-1931, passim et K. BURESCH, AΠOΛΛΩN KΛAPIOΣ, Leipzig, 1889, pp. 48-53.
-
[27]
Philon. Leg. ad G. 23 (157) et 40 (317), Julien, Lettres et Fragments (éd. J. BIDEZ, 1972), I 2 n° 134. Cf. H.A. WOLFSON, Philo, Cambridge, II, 1948, pp. 110-115, P. BOYANCE, « Le Dieu Très Haut chez Philon », Mélanges H. Ch. Puech, Paris, 1974, pp. 139-149 et J. BIDEZ, La vie de l’Empereur Julien, Paris, 1965, pp. 305-307.
-
[28]
Dt. 4. 39 ; Philon, Legum Allegoriae III 82-83.
-
[29]
Fl. JOSEPHE l’emploie une seule fois en A.J., XVI 163. D.U. SCHLATTER, « Wie sprach Josephus von Gott ?, Beiträge zur Förderung christlicher Theologie, 1910, pp. 18-19, tire argument de cette seule occurence pour avancer que Josèphe préférait δ µένιστος θεóς à ὁ ὓψιστσς, précisément à cause de l’acception païenne du terme. S’il est vrai que dans le Contre Apion, I 180, citant Esdras 7. 12 ss, Josèphe omet ὁ ὓψιστσος et n’écrit que ὁ θεóς, on comprend mal pourquoi l’auteur juif aurait intentionnellement écarté le terme, lui qui s’efforça sans cesse - et d’abord personnellement - de rapprocher Juifs et Romains.
-
[30]
cf. C. ROBERTS, Th. C. SKEAT et A.D. NOCK, « The guild of Zeus Hypsistos », H.Th.R., XXIX, 1936, p. 66 : « a term... vague enough to suit any god treated as the supreme being ».
-
[31]
cf. les inscriptions imprécatoires de Rhénée, qui en appellent à τòν θεòν τòν ὓψιστσν, comme Nbres 16. 22 : l.D. n° 2532 pp. 342-343 == C.U. I n° 725 a b p. 524.
-
[32]
cf. l’épisode instructif du Temple du Garizim, FI. JOSEPHE, AJ., XII 259-261 et Damascius, V. Isid. 141 ap. Photius, Biblioth. 242. M. SIMON, art. c., p. 374, a mis en lumière un emploi grammatical différent pour Juifs et Païens dans les textes littéraires. Mais il est inopérant pour le matériel épigraphique.
-
[33]
Ep. et leges I 2 n° 89.
-
[34]
Il. III 103 ss. XIX 258 ss ; Eschyle, Prom. 90, Agam. 508 ; Euripide, Méd. 746, 1240. Cf. E. ZIEBARTH, De iureiurando in iure graeco quaestiones, Göttingen, 1892 et A. CALDERINI, o.c. pp. 105-110.
-
[35]
par ex. I.G. IX 2 n° 1109 11/54-56 et C.I.G. II n° 411 et 2555.
-
[36]
cf. M.P. NILSSON, o.c., I, pp. 385 ss, en particulier 421.
-
[37]
Pausanias, V. 24 9-11 ; cf. A.B. COOK, Zeus, Londres, 1914, II 1, pp. 722-730.
-
[38]
Le rôle mythologique que les poètes tragiques (cf. l’Orestie d’Eschyle) font jouer à Apollon, assimilé avec le temps à Hélios, dans l’instauration d’une justice humaine (dikè) n’a pu que renforcer la présence du dieu parmi les divinités invoquées.
-
[39]
cf. par ex. l’oracle de Claros cité par Macrobe, Saturnales I 18 20.
-
[40]
cf. Homère. Il., III 276 ss.
-
[41]
S.I.G. 360 et Th. REINACH, « Le serment de Chersonèse », R.E.G. V, pp. 403-408.
-
[42]
A. WILHELM, Jahresh. d. oest. arch. Instit., I, 1898, p. 149.
-
[43]
O.G.I.S. 229.
-
[44]
ibid. 266.
-
[45]
ibid. 532 et R. ETIENNE, Le siècle d’Auguste, Paris, 1970, p. 225.
-
[46]
en 356/5 avec trois délégués thrace, péonien et illyrien, S.I.G. III 196 et en 266/5 avec Sparte, ibid. 434-435.
-
[47]
cf. A.B. COOK, o.c., II, pp. 729-730. A Cnide, Apollon remplace pareillement Hélios dans la formule de serment des juges, O.G.I.S. 82.
-
[48]
I.G. IX 1 n° 82 et 92.
-
[49]
I.O.S.P.E. II p. 53 n° 54 et C.I.R.B. p. 82 n° 74.
-
[50]
Ox. Pap. n° 48 (cité supra) 49 et 722.
-
[51]
cf. M. FOUCART, « Mémoire sur l’affranchissement des esclaves par forme de vente à une divinité », Archives des Missions Scientifiques, III, 1866, A. CALDERINI, o.c., pp. 94 ss, L. ROBERT, « Etudes d’Epigraphie grecque », Revue de Philologie, de Littérature et d’Histoire anciennes, LXII, 1936, pp. 137-148 et P. DEBORD, Aspects sociaux et économiques de la vie religieuse dans l’Antiquité gréco-romaine, Leiden, 1982 (Epro 88), pp. 81-83. En milieu sémitique, Ch. CLERMONT-GANNEAU, Recueil d’archéologie orientale, V, 1902.
-
[52]
C.I.J. I n° 711 p. 514.
-
[53]
cf. R. DARESTE, B. HAUSSOULLIER et Th. REINACH, Recueil des Inscriptions juridiques grecques, Paris, II, 1904, pp. 234-288.
-
[54]
C.I.J. I n° 709 et 710 pp. 512-513.
-
[55]
cf. A. CAMERON, « Inscriptions related to sacral manumission and confession », H.Th.R., XXXII, 1939, p. 153.
-
[56]
Gittin 38 b et 52 a.
-
[57]
21. 1-6 : cf. Dt. 14. 16-17.
-
[58]
cf. A. CALDERINI, o.c., p. 105 : « una parola necessaria in un’ iscrizione di manomissione » et p. 419. Du coup. la supposition de l’auteur, imaginant que l’esclave, païen, aurait souhaité la protection de divinités de son propre système de référence religieux, apparaît bien gratuite.
-
[59]
J.B. FREY, C.I.J. I, p. 501, traite ce recours de « formalités ». Sur la communauté juive d’Eléphantine, cf. P. GRELOT, Documents araméens d’Eléphantine, Paris, 1972.
-
[60]
cf. C.I.J., p. 620, index.
-
[61]
cf. C.I.R.B. n° 1124 pp. 657-658, un affranchissement par un couple juif.
-
[62]
I.O.S.P.E., II n° 401 p. 2 ==C.I.R.B., n° 1125 pp. 658-659. J.B. FREY, C.I.J. I n° 78 pp. 576-577 la classe comme judéo-païenne.
-
[63]
C.I.J. I, n° 683 et 684, pp. 495-497 et probablement (mais la restitution est incertaine) I.O.S.P.E., I n° 98 pp. 129-130.
-
[64]
cf. Gn. 17. 27. Nous n’avons pas à traiter ici de la situation religieuse des nouveaux affranchis. La question de leur appartenance ou non au peuple juif est passablement controversée, du fait d’interprétations diverses de la Torah, cf. J. DERENBOURG, art. c., pp. 529 et 531-537. Sur les parallèles chrétiens, cf. A. CALDERINI, o.c., p. 420 et A. DEISSMANN, Licht von Osten, Tübingen, 1909, pp. 243-248.
-
[65]
Il est à noter que “γψιϭτος y a pratiquement conservé le même emploi, cf. E. HATCH et H.A. REDPATH, A concordance to the Septuagint and the other greek versions of the Old Testament, Oxford, II, 1897, pp. 1420-1421.
Pour qui s’attache à l’étude des mentalités et comportements religieux, les témoignages de serment dans l’Antiquité gréco-romaine sont des pièces de choix, car - c’est un truisme de le rappeler - le serment y appartient par excellence au domaine du sacré entendu dans son acception religieuse. Emile Benvéniste définissait très clairement son champ d’intervention : « Sa fonction consiste... dans la relation qu’il institue entre la formule prononcée et la puissance invoquée, entre la personne du jurant et le domaine du sacré ». Privé ou public, cet appel à des divinités du serment comme Zeus ou le grand dieu poliade, appel à des ὅρκιoι θεoί, est trop connu pour nécessiter ici plus qu’une mention.
Pour qui, dans le même temps, s’attache à cette étude, dans des régions de contacts, à des époques de confrontations, affrontements ou syncrétismes culturels, cette déclaration solennellement engageante devant une (ou des) puissance(s) divine(s) appelée(s) à témoigner parce que considérée(s) comme supérieure(s) est porteuse pour l’historien d’une information qu’il pourrait supposer, a priori, dénuée d’équivoque. Mais, si les deux cultures en présence sont le polythéisme gréco-romain, d’une tolérance volontiers accueillante, et le Judaïsme, d’un exclusivisme inégalé dans l’Antiquité, on mesure immédiatement la complexité des inscriptions sur lesquelles je vous propose de nous attarder. Répondant à ces trois perspectives, elles s’inscrivent dans la problématique très large du serment et de l’acculturation dans l’Orient romain du …
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