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Chapitre 2 - Les voies de la délinquance

Pages 33 à 70

Citer ce chapitre


  • Canonge, X.
(2014). Chapitre 2 - Les voies de la délinquance. Le regard de travers : Adolescence et délinquance (p. 33-70). Armand Colin. https://doi.org/10.3917/arco.canon.2014.01.0033.

  • Canonge, Xavier.
« Chapitre 2 - Les voies de la délinquance ». Le regard de travers Adolescence et délinquance, Armand Colin, 2014. p.33-70. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/le-regard-de-travers--9782200282233-page-33?lang=fr.

  • CANONGE, Xavier,
2014. Chapitre 2 - Les voies de la délinquance. In :
  • CANONGE, Xavier
  • et PEDINIELLI, Jean-Louis,
Le regard de travers Adolescence et délinquance. Paris : Armand Colin. Collection U, p.33-70. DOI : 10.3917/arco.canon.2014.01.0033. URL : https://shs.cairn.info/le-regard-de-travers--9782200282233-page-33?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/arco.canon.2014.01.0033


Notes

  • [1]
    Sa condamnation par le tribunal militaire ne prêta pas attention à la dimension sexuelle. Lunier (psychiatre) considérant qu’il était atteint d’une monomanie instinctive (forme d’aliénation partielle) protestera contre sa condamnation en insistant sur la dimension sexuelle du comportement qui, pour lui, signe la pathologie. Les critères psychologiques ne sont pas au premier plan : c’est l’acte qui en fait un aliéné, pas sa personnalité.
  • [2]
    G. de Clérambault, qui a travaillé en tant qu’expert et médecin chef de l’Infirmerie de la Préfecture de Police, a développé le concept de « délires passionnels » (délires érotomaniaque, de jalousie, de revendication) qui pouvaient constituer des conditions favorables à certains actes meurtriers.
  • [3]
    Il est cependant frappant de remarquer que, dans certains services de psychiatrie, des patients hospitalisés se revendiquent de leur acte (« je suis là pour meurtre ») ou de leur passé (« j’ai fait des braquages et j’ai pris dix ans »). La référence implicite est qu’on ne saurait les confondre avec des malades mentaux et que la prison, le crime, leur assurent une identité valorisée, très distincte de celle de « malade » ou de « fou », une sorte de « signe de distinction ». Cette identité choisie rappelle les paroles de certains patients toxicomanes qui, bien que sevrés depuis longtemps, continuent à se définir comme toxicomanes, comme si cette identité était de loin préférable au vide, à soi, ou à l’identité imposée par l’espace psychiatrique.
  • [4]
    Ces deux premiers troubles appartiennent au groupe des « Troubles habituellement diagnostiqués pendant la première enfance, la deuxième enfance ou l’adolescence ». Le diagnostic ne peut pas être porté pour des personnes de plus de 18 ans. En revanche, le diagnostic de « Personnalité antisociale » concerne des personnes de plus de 18 ans et se code sur l’Axe II (celui des « Troubles de la personnalité »). Il s’agit d’un principe critériel nosographique, qui peut tenir compte du fait que le trouble a débuté avant, les difficultés elles-mêmes ne disparaissant pas ou n’apparaissant pas le jour de l’anniversaire !
  • [5]
    Le DSM propose toujours une liste de critères dans laquelle seuls quelques-uns sont nécessaires pour porter le diagnostic. De même, il prévoit une durée des phénomènes.
  • [6]
    « Caractéristiques et troubles associés. »
  • [7]
    « Dans les situations ambiguës, ceux qui sont agressifs interprètent souvent à tort les intentions d’autrui comme hostiles et menaçantes et réagissent avec une agressivité qu’ils considèrent comme justifiée ». (DSM-IV TR p. 112).
  • [8]
    Le récent DSM 5 (mai 2013 aux États-Unis) modifie peu ce trouble. Il insiste sur la colère et l’irritabilité.
  • [9]
    Mais il faut que la personne ait 18 ans pour que le diagnostic soit posé.
  • [10]
    Il existe encore dans le DSM d’autres références comme le « Trouble explosif intermittent » (épisodes où le sujet ne parvient pas à résister à des impulsions agressives aboutissant à des voies de fait graves ou à la destruction de biens).
  • [11]
    Le trouble oppositionnel est, dans la CIM, inclus dans le Trouble des Conduites.
  • [12]
    Caractérisée par « une tendance nette à agir de façon impulsive et sans considération pour les conséquences possibles, une humeur imprévisible et capricieuse, une tendance aux explosions émotionnelles et une difficulté à contrôler les comportements impulsifs, une tendance à adopter un comportement querelleur et à entrer en conflit avec les autres, particulièrement lorsque les actes impulsifs sont contrariés ou empêchés ».
  • [13]
    La « simulation », le « comportement antisocial de l’adulte », le « comportement antisocial de l’enfant ou de l’adolescent » sont des motifs de consultation et non des troubles répondant à des critères de diagnostic.
  • [14]
    Eysenck a estimé que la personnalité criminelle était la somme de modes de comportement actuels ou potentiels de l’organisme, déterminés par l’hérédité ou l’environnement. Pour lui l’extraversion, le nervosisme (anxiété, dépression, fragilité affective, faible estime de soi), et le « psychotisme » (agressivité, impulsivité incontrôlée, absence d’empathie, difficulté d’investissement émotionnel…) augmentent le risque de délinquance.
  • [15]
    Cf. les travaux de K. Merton sur l’anomie.
  • [16]
    Cf. les travaux de A. K. Cohen, de W. Miller (Lower class culture as a generating milieu of gang delinquency. 1958), de R. A. Cloward et L. E. Ohlin (1960).
  • [17]
    Peut-être devrait-on dire « du sujet, par ailleurs délinquant », ce qui serait conforme à l’esprit de cette École et à son évolution, notamment dans les travaux de Jean Kinable.
  • [18]
    Il y a des rapports entre E. de Greeff et la phénoménologie, mais aussi avec l’École de Chicago, notamment le refus du positivisme, la construction de la transgression comme un processus d’adaptation normale des sujets à leurs conditions de vie.
  • [19]
    Élève de Jacques Schotte, analyste d’orientation lacanienne, il a présenté en 1990 un texte sur « le sens de la délinquance ».
  • [20]
    P. F. Lacenaire (1803-1836) est considéré par Michel Foucault comme le prototype du « criminel romantique bourgeois » suscitant une forme d’adulation. Ses « Mémoires » ont inspiré Stendhal, Baudelaire, Dostoïevski, Lautréamont…
  • [21]
    Propos auxquels il faut opposer sa vie honnête depuis qu’il a rompu avec le Milieu : « je suis un quelconque minable, je vais finir ma vie dans la peau d’un plouc ».
  • [22]
    La filiation est bien inscrite au cœur de la problématique. La carence paternelle (il est irlandais) fait qu’Henri ne peut jouir de l’appartenance entière que par procuration. En tant qu’ayant un père irlandais, Henri ne peut prétendre à rien dans la hiérarchie mafieuse : « Jimmy et moi on aurait jamais pu être nommés (caïd), parce qu’on avait du sang irlandais, j’avais beau être de mère sicilienne, ça comptait pas. Pour devenir membre d’une équipe, il fallait être 100 % italien, comme ça, on pouvait retrouver la trace de tous tes parents là-bas au pays. »
  • [23]
    À la suite de son arrestation lorsqu’il était adolescent, il s’entend dire par les adultes mafieux : « tu as fait ton baptême de tôle comme un chef », « tu as perdu ton pucelage ». Sa sortie du Tribunal est fêtée par l’équipe au complet qui est venue l’attendre. Le rite d’initiation est accompli et les deux lois, qu’il n’a pas enfreintes, lui sont mentionnées : « toujours la mettre en veilleuse » et « jamais balancer les copains », lois qui portent sur la parole et la solidarité.
  • [24]
    (1936-1979). Surnommé « L’ennemi public n° 1 », il fit la une de journaux dans les années 1970 pour ses forfaits, ses évasions, ses interviews aux médias… et sa mort, en pleine rue, sous les balles de la police le 2 novembre 1979, (le jour des Morts !). Il était d’un milieu aisé, mais il a très vite refusé le système scolaire. Son service militaire accompli pendant la guerre d’Algérie, au cours duquel il a obtenu des citations est le point de rupture dans sa vie ; à son retour d’Algérie commence sa vie de délinquant.
  • [25]
    Le roman de Claude Néron, Max et les ferrailleurs, reprend de manière récurrente le thème, celui de jeunes gens envoyés à la guerre, qui découvrent le plaisir de tuer et s’y enferment après leur démobilisation. La « morale » répétée du livre est « il ne fallait pas leur donner un fusil ».
  • [26]
    La guerre est un contexte particulier dans lequel peuvent s’épanouir, en toute impunité, certains comportements qui sont pourtant du registre du « mal ». Il est assez frappant de constater que certains délinquants ont pu avoir des conduites valorisées voire récompensées par le système militaire, puis persister dans leurs comportements en temps de paix et faire l’objet de sanctions. D’autres, qui au nom de la pacification, de la guerre juste… ont commis des actes horribles, mais admis par leur hiérarchie, n’ont pas reproduit ces conduites dans la vie civile.
  • [27]
    Nous entendons aussi la possibilité d’un choix inconscient, c’est-à-dire dont les enjeux qui motivent sa conduite échappent au sujet.

Il y a autour de la question de la délinquance une ambiguïté de fond qui tient à la nature même de la psychologie : la délinquance est un phénomène social dont on peut analyser les multiples déterminants, mais le délinquant est un individu, un sujet du droit. Peut-on considérer qu’il s’agit pour autant d’un sujet psychologique, qu’il y a une catégorie « délinquant », comme il existe des névrosés ou des psychotiques ? Ne risque-t-on pas, une fois encore, de fonder une « nature », cette fois psychologique, du délinquant, c’est-à-dire d’une des expressions du crime, du vice, ou du mal ? L’histoire de la psychiatrie, notamment au xix e, révèle que la place dévolue au délinquant est étroitement liée à l’apparition de conceptions hygiénistes et de protection de l’ordre social, aux rapports entre psychiatrie et ordre social, à l’éclosion d’un pouvoir de normativité qui succède au pouvoir disciplinaire (cf. les travaux de Michel Foucault).
La question du délinquant recoupe implicitement, pour la psychopathologie, plusieurs problèmes :
– Celui des manifestations psychologiques stables chez les délinquants (personnalité ? structure ? organisation ?…). L’amalgame entre le délinquant et le psychopathe, les proximités avec la perversion sont discutables, mais ils n’en demeurent pas moins récurrents et nécessaires à analyser.
– Celui du rapport à la culpabilité, à l’interdit, à la Loi, qui paraît détourné par la conduite du délinquant. Les infractions sont cependant des comportements fréquents ; quelle est la séparation entre le contrevenant occasionnel et le délinquant …


Date de mise en ligne : 09/03/2016

https://doi.org/10.3917/arco.canon.2014.01.0033

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