Chapitre d’ouvrage

22. Le sacrifice, le témoignage et le pardon : Le Candidat de Zareh Vorpouni

Pages 276 à 306

Citer ce chapitre


  • Nichanian, M.
(2015). 22. Le sacrifice, le témoignage et le pardon : Le Candidat de Zareh Vorpouni. Dans
  • Par le . Conseil scientifique international pour l’étude du génocide des Arméniens
Le génocide des Arméniens : Un siècle de recherche 1915-2015 (p. 276-306). Armand Colin. https://doi.org/10.3917/arco.ecker.2015.02.0276.

  • Nichanian, Marc.
« 22. Le sacrifice, le témoignage et le pardon : Le Candidat de Zareh Vorpouni ». Le génocide des Arméniens Un siècle de recherche 1915-2015, Armand Colin, 2015. p.276-306. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/le-genocide-des-armeniens--9782200294427-page-276?lang=fr.

  • NICHANIAN, Marc,
2015. 22. Le sacrifice, le témoignage et le pardon : Le Candidat de Zareh Vorpouni. In :
  • Par le CONSEIL SCIENTIFIQUE INTERNATIONAL POUR L’ÉTUDE DU GÉNOCIDE DES ARMÉNIENS, ,
Le génocide des Arméniens Un siècle de recherche 1915-2015. Paris : Armand Colin. Hors collection, p.276-306. DOI : 10.3917/arco.ecker.2015.02.0276. URL : https://shs.cairn.info/le-genocide-des-armeniens--9782200294427-page-276?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/arco.ecker.2015.02.0276


Notes

  • [1]
    Les autres volumes parus sont: Asphalte (Marmara, Istanbul, 1972), et Un jour commes les autres (Sevan, Beyrouth, 1974). Le volume V de la série est encore inédit. Quant au volume VI, il a été publié dans le numéro 2 de la revue GAM, en 1982. Peu de choses ont été écrites à ce jour sur Vorpouni (né en 1903 à Ourdou, mort en 1980, près de Paris): quelques articles à l’occasion de son premier roman en 1929, un article important, qui annonçait sa redécouverte, par Haroutiun Kurkjian dans la revue Pakine en 1966, à propos de Et l’homme fut, et les travaux de Krikor Beledian, en arménien dans son livre Mart (Beyrouth, 1998), et en français dans Cinquante ans de littérature arménienne en France, 1922-1972, CNRS, Paris, 2001. Le journal Horizon de Montréal avait consacré à Vorpouni un numéro spécial de son supplément littéraire (préparé par moi-même) en décembre 1985. Ce numéro contient quelques pages d’une étude sur Le Candidat par Raffi Ouchaklian, que j’avais traduites en arménien. À ma connaissance, la version française de l’étude en question est restée inédite.
  • [2]
    Pour l’interdiction du deuil, je renvoie le lecteur à mon travail « Zabel Essayan: La fin du témoignage et le revirement catastrophique », dans La Révolution nationale, volume I de la série Entre l’art et le témoignage, MétisPresse, Genève, 2006. Pour la manipulation du deuil en Afrique du Sud, je renvoie à mon essai « Mourning and Reconciliation », dans Living Together, Jacques Derrida’s Communities of Violence and Peace, sous la direction d’Elisabeth Weber, Fordham University Press, New York, 2013. Pour la même manipulation du deuil au Kurdistan turc, je prie le lecteur de consulter la thèse de doctorat de Hişyar Özsoy, « Between Gift and Taboo: Death and the Negotiation of National Identity and Sovereignty in the Kurdish Conflict in Turkey », soutenue à l’Université du Texas, Austin, en 2010, et son article encore inédit en anglais: « The Missing Grave of Sheikh Said: Kurdish Formations of Memory, Place, and Sovereignty in Turkey », dont l’original en turc a paru sous le titre « Şeyh Said’in Kayıp Mezarı: Kürtlerin Egemenlik Mücadelesinde Hafıza-Mekan Diyalektiği », Toplum ve Kuram, n° 9, Spring 2014, p. 307-338.
  • [3]
    Walter Benjamin, Gesammelte Schriften, vol. VI, Frankfurt, 1980, p. 98.
  • [4]
    Toutes les références de pages données dans le texte renvoient à l’édition originale de T’eknatsun, parue à Beyrouth en 1967, aux éditions Sevan. Une traduction française est en cours. Elle paraîtra dans le courant de 2015.
  • [5]
    Cf. Zabel Essayan, Hayg Toroyan, L’Agonie d’un peuple, trad. Marc Nichanian, avec une postface du traducteur sous le titre de « La voix et la plume », éd. Garnier, Paris, 2013. Il n’existe pas d’édition arménienne récente.
  • [6]
    T’eknatsun, p. 34-35.
  • [7]
    Jacques Derrida, Politiques de l’amitié, Paris, 1995, p. 335.
  • [8]
    Je traduis provisoirement par « turquicide » (comme on dit « fratricide » ou « régicide ») l’expression arménienne t’rk’aspan, moins étrange et plus immédiatement compréhensible que le mot en français, simplement parce que l’arménien tolère les mots composés.
  • [9]
    En arménien le meurtre se dit « spanut’iun », le suicide « ink’naspanut’iun », le « meurtre de soi ». Vahakn formule ici l’énigme de l’équivalence absolue, de la quasi-simultanéité, ou de la succession nécessaire de cause à effet, entre le meurtre et le suicide, entre « donner la mort » et « se donner la mort », de la manière la plus crue, la plus immédiate, sans aucune explication.
  • [10]
    Edebiyat ve Felaket, « Littérature et Catastrophe », Iletişim, 2011.
  • [11]
    Setrak Baghdoyan, Yerb drakhdë dardzav dzhokhk’ [Quand le paradis est devenu enfer], éd. Abril, Los Angeles, 2005.
  • [12]
    Sur cette campagne d’attentats, on pourra lire ce qu’en disait à l’époque Yves Ternon, dans son livre La Cause arménienne, paru au Seuil, Paris, 1983. Le même Yves Ternon a un livre remarquable, qui n’a pas été assez lu au moment de sa parution: Enquête sur la négation d’un génocide, aux éditions Parenthèses, Marseille, 1989.
  • [13]
    Sur cette mort du témoin en l’homme, je renvoie le lecteur d’une part à mon essai en français « La mort du témoin », maintenant paru dans les actes du colloque Témoignage et survivance, dans un ouvrage qui porte le même titre, dirigé par Stefan Kristensen et Emmanuel Alloa, MétisPresse, Genève, 2014; mais aussi, et d’autre part, à une reprise de ce même essai sous des auspices différents, cette fois en anglais, « The Death of the Witness », à paraître dans l’ouvrage Representation Unlimited, Harvard University Press, sous la direction de Todd Pressner. Cet ouvrage reprend le débat commencé vingt ans auparavant avec le colloque et le volume The Limits of Representation, sous la direction de Saul Friedländer, débat dont je m’étais fait l’écho dans le chapitre III de mon livre La Perversion historiographique, éd. Léo Scheer, Paris, 2005. Il concerne à la fois le statut de témoignage et la nature de l’événement catastrophique. On lira là-dessus également mon chapitre « Le sens de l’histoire » dans un volume à paraître, Le Sujet de l’histoire, Pour une phénoménologie du survivant, aux éd. Lignes. Enfin, sur le meurtre du témoin en l’homme comme intention première ou effet suprême de la torture, on lira Idelber Avilar, The Letter of Violence. Essays on Narrative, Ethics, and Politics, Palgrave, New York, 2004, p. 47-49.
  • [14]
    Le Candidat, p. 69.
  • [15]
    En ce sens, l’une des réactions les plus radicales à la campagne de pardon est celle d’Aïda Erbal. Je renvoie le lecteur à son article, paru dans l’ouvrage Reconciliation, Civil Society, and the Politics of Memory: Transnational Initiatives in the 20th and 21st Century, sous la direction de Birgit Schwelling, Transcript Verlag, Berlin, 2012. La question posée par Erbal est bien celle-là: que valent ces quelques mots d’excuse quand elles viennent au terme d’un siècle de désappropriation, de dénégation et d’humiliation de la victime?
  • [16]
    Ces paroles ont été prononcées par Derrida lors d’un entretien publié dans Le Monde des débats, décembre 1999. Je renvoie également à son petit livre, Pardonner. L’impardonnable et l’imprescriptible, Galiliée, 2012, qui reprend le texte d’une conférence prononcée en 1997 et 1998 dans plusieurs universités (et j’ai moi-même écouté Derrida parler de longues heures sur ces mêmes questions durant son séminaire annuel à New York, en octobre 2001). Dans cette conférence, comme dans le texte cité plus haut, Derrida renvoie la possibilité du « Je pardonne » à la souveraineté et au pouvoir souverain, ce qui change une fois de plus la donne. Mais je cite encore ceci (Pardonner, p. 37): « On ne peut demander le pardon à des vivants, à des survivants, pour des crimes dont les victimes sont mortes. Et parfois les auteurs aussi. Ce serait là l’un des angles depuis lesquels aborder toutes les scènes et toutes les déclarations de repentance et de pardon demandé qui se multiplient depuis quelques semaines sur la scène publique… »
  • [17]
    À propos du « système sacrificiel » de l’empire, je renvoie le lecteur à mon essai en français, « L’Empire du sacrifice », paru dans la revue L’Intranquille en 1991, mais aussi à l’ensemble de mon travail sur Hagop Oshagan, regroupé dans Le Roman de la Catastrophe (MétisPresse, Genève, 2008), en particulier aux pages qui ont trait à l’exploitation sacrificielle de la voix (du chapitre III au chapitre VI). J’ai aussi écrit sur ces questions en arménien, à nouveau à l’occasion de travaux sur Hagop Oshagan, « Yergin Gerin » [L’esclave du chant], dans la Revue arménologique Hask, Antilias, 1995, et « Aghbiuri akin, vrêbë vêbin mej » [À la source: Le défaut dans le roman], paru dans Hakob Oshakan: Gitazhoghovi niut’er [H.O.: Actes d’un colloque], sous la direction de Lilith Galstyan, éd. Hamazkaïne et Université d’État d’Érévan, 2011.

Le Candidat [T’eknatsun] de Zareh Vorpouni, paru en 1967, est l’un des romans les plus représentatifs de la diaspora arménienne, et sans doute celui qui permet le mieux d’appréhender la figure du survivant, cette figure si particulière qui hante les imaginations dans l’après-coup sans fin de la Catastrophe, de l’événement aujourd’hui considéré comme génocidaire, tel qu’il a été reçu – et tel qu’il n’a pas été nommé – par la victime et toutes les générations ultérieures. C’est l’un des plus représentatifs, mais c’est certainement aussi le plus vrai, le plus impressionnant, celui que l’auteur a écrit à force de sueur et de sang, pourrait-on dire. Il lui a fallu en effet presque quarante ans pour l’écrire. Le temps du deuil, peut-être. Mais quarante ans de silence (et donc d’impuissance) romanesque, c’était considérable. Le Candidat n’était après tout que le second volet d’une série, Les Persécutés, dont le premier volume avait paru en 1929 à Marseille. Entre-temps, pour rompre en lui-même le silence du roman, qui était aussi le silence du deuil, celui dont il était le porteur bien malgré lui, Vorpouni avait fait paraître en 1964 à Paris un roman, Et l’homme fut, qui avait été salué dès sa parution par ses (rares) lecteurs comme le signe d’un renouvellement du genre romanesque jusqu’alors pratiqué dans la diaspora de langue arménienne (c’est-à-dire, disons-le, essentiellement celle des communautés du Moyen-Orient). Avec Et l’homme fut, Vorpouni avait rassemblé ses forces, il avait placé côte à côte au cimetière la « mère » et l’« étrangère », ces données brutes dont le charme n’avait jamais été rompu dans l’esprit et la culture de…


Date de mise en ligne : 22/02/2022

https://doi.org/10.3917/arco.ecker.2015.02.0276

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