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Chapitre 11. La nouvelle mutatione

Pages 169 à 190

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  • Foucault, M.,
  • Édition établie, sous la responsabilité de Ewald, F.,
  • Irrera, O.
  • et Lorenzini, D.
(2023). Chapitre 11. La nouvelle mutatione. Le Discours philosophique (p. 169-190). Le Seuil. https://shs.cairn.info/le-discours-philosophique--9782021318531-page-169?lang=fr.

  • Foucault, Michel.,
  • et al.
« Chapitre 11. La nouvelle mutatione ». Le Discours philosophique, Le Seuil, 2023. p.169-190. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/le-discours-philosophique--9782021318531-page-169?lang=fr.

  • FOUCAULT, Michel,
  • Édition établie, sous la responsabilité de EWALD, François,
  • IRRERA, Orazio
  • et LORENZINI, Daniele,
2023. Chapitre 11. La nouvelle mutatione. In : Le Discours philosophique. Paris : Le Seuil. Hautes Etudes, p.169-190. URL : https://shs.cairn.info/le-discours-philosophique--9782021318531-page-169?lang=fr.

Notes

  • [bt]
    Conjecture ; rayé : « preuves ».
  • [bu]
    Conjecture : mot manquant.
  • [bv]
    Conjecture : mot difficilement lisible.
  • [bw]
    Rayé : « L’œuvre de Nietzsche inaugure toute une déstructuration du discours philosophique tel qu’on le connaissait depuis le xviie siècle ; la forte armature qui lui permettait de se distinguer clairement des autres modes de discours se défait. Et on a vu apparaître des discours philosophiques qui étaient purement et simplement scientifiques, ou poétiques, ou politiques ; et inversement, on a demandé à des discours politiques, poétiques ou scientifiques de valoir comme philosophie. De plus, cette déstructuration du discours philosophique a fait apparaître des expériences qui étaient jusque-là impossibles pour la pensée philosophique : la dissociation du sujet (dans la mesure où celui-ci, depuis la substance pensante de Descartes jusqu’à la subjectivité constituante de Husserl, assurait le lien de la fonction légitimante à la fonction réflexive et l’existence d’un sujet qui était en même temps un fondement) ; le polythéisme (dans la mesure où Dieu et l’absence de Dieu assuraient l’un et l’autre le lien entre un fondement originaire et la possibilité du pratique […]). »
  • [bx]
    Rayé : « (c’est-à-dire des discours) ».
  • [1]
    Le projet de retracer l’histoire – ou l’« histoire politique » – de la vérité joue un rôle fondamental dans les travaux de Foucault des années 1970 et 1980. Voir, entre autres, M. Foucault, Leçons sur la volonté de savoir. Cours au Collège de France, 1970-1971, Paris, Éditions de l’EHESS-Gallimard-Seuil, 2011, p. 195-210 ; id., « La vérité et les formes juridiques » [1974], dans DE I, n° 139, p. 1406-1514 ; id., Le Pouvoir psychiatrique, op. cit., p. 235-239 ; id., Histoire de la sexualité, t. I, La Volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976, p. 80-81 ; id., L’Herméneutique du sujet, op. cit., p. 15-20.
  • [2]
    A.-L.-C. Destutt de Tracy, Éléments d’idéologie, op. cit.
  • [3]
    A. Comte, Cours de philosophie positive, 2 vol., éd. par Charles Le Verrier, Paris, Classiques Garnier, 2021 [1830-1842].
  • [4]
    G. W. F. Hegel, Encyclopédie des sciences philosophiques, 3 vol., trad. par Bernard Bourgeois, Paris, Vrin, 1970-2004 [1817].
  • [5]
    Avant d’introduire la nouvelle mutation du discours philosophique qui se fait jour dans la pensée de Nietzsche, Foucault établit une relation entre deux points majeurs de discontinuité caractérisant la crise de la philosophie : d’une part, la transformation du rapport de la philosophie avec son actualité et, de l’autre, la modification du rapport de la philosophie à la non-philosophie. C’est autour de ces deux points que, quelques années plus tard, Foucault reconstruit l’itinéraire intellectuel de Jean Hyppolite à l’occasion de l’hommage qu’il lui rend à l’ENS, dont Hyppolite fut le directeur de 1954 à 1963, avant d’être élu, en succédant à Gueroult, à la chaire d’Histoire de la pensée philosophique au Collège de France (Foucault lui succédera en 1970, lorsqu’il sera élu, avec le soutien de Vuillemin, à la chaire d’Histoire des systèmes de pensée). Cela permet de mieux situer la portée de la mutation que Foucault présente ici sous un angle archéologique. Depuis sa traduction de la Phénoménologie de l’esprit de Hegel (2 vol., Paris, Aubier, 1939-1941), Hyppolite traduisait le wirklich hégélien par « actuel » de sorte que, comme Foucault le rappelle dans son hommage, son idée de « pensée philosophique » correspond à « ce qui dans tout système – aussi achevé qu’il paraisse – le déborde, l’excède et le met dans un rapport à la fois d’échange et de défaut avec la philosophie elle-même […] ; [c’est] son inachèvement […] ; ce par quoi, aussi loin qu’il se poursuive, il demeure en reste par rapport à la philosophie » (M. Foucault, « Jean Hyppolite », art. cité, p. 808). Par « pensée philosophique », poursuit Foucault, Hyppolite « entendait aussi ce moment si difficile à saisir, recouvert dès son apparition, où le discours philosophique se décide, s’arrache à son mutisme, et prend distance par rapport à ce qui dès lors va apparaître comme la non-philosophie : la pensée philosophique est alors moins la détermination obscure et préalable d’un système, que le partage soudain et sans cesse recommencé par lequel il s’établit […], cette torsion et ce redoublement, cette issue et cette ressaisie de soi-même, par lesquels le discours philosophique dit ce qu’il est, prononce sa justification, et, se décalant par rapport à sa forme immédiate, manifeste ce qui peut le fonder et fixer ses propres limites » (ibid.). Ce même redoublement, d’après Hyppolite, est au cœur de la philosophie de Hegel, qui marque « le moment où le discours philosophique a posé lui-même, et à l’intérieur de soi, le problème de son commencement et de sa fin : le moment où la pensée philosophique se donne pour labeur inépuisable de dire le champ total de la non-philosophie, et entreprend de parvenir, en toute souveraineté, à énoncer sa propre fin. […] Avec Hegel, la philosophie qui, depuis Descartes au moins, était dans un rapport ineffaçable à la non-philosophie, est devenue non seulement conscience de ce rapport, mais discours effectif de ce rapport : mise en œuvre sérieuse du jeu de la philosophie et de la non-philosophie » (ibid., p. 811-812). Ainsi, c’est en un sens dans le sillage de son ancien maître que Foucault pose la question du rapport du discours philosophique à son actualité comme le mouvement par lequel la philosophie est incessamment appelée à commencer et à recommencer, sans jamais pouvoir trouver dans son discours sa réalisation, son effectuation, son accomplissement ou son achèvement. Pourtant, à la différence d’Hyppolite, Foucault ne pose pas la question de l’actualité/actualisation de la philosophie, et de son lien intrinsèque à la non-philosophie, par rapport à Marx ou à la science (que ce soit à travers Fichte ou à propos de la théorie de l’information), ni par rapport à la tension entre logique et existence, ni non plus – en tant qu’historien de la philosophie – par rapport à Gueroult et Merleau-Ponty (ibid., p. 810-813). Comme il le soutient dans la suite du manuscrit, c’est plutôt la pensée de Nietzsche qui constitue pour Foucault le seuil archéologique de discontinuité d’un discours philosophique rompant avec la « finitude philosophique » qui, chez Hyppolite, redoublait encore malgré tout le rapport à l’absolu visé par Hegel (ibid., p. 809).
  • [6]
    Dans Les Mots et les Choses aussi Foucault attribue à la philosophie de Nietzsche un rôle de rupture : non seulement c’est Nietzsche qui, avec Mallarmé, aurait inauguré la question de l’« être unique et difficile » du langage lui-même (« N’est-ce pas ce que Nietzsche préparait, lorsque à l’intérieur de son langage, il tuait l’homme et Dieu à la fois, et promettait par là avec le Retour le scintillement multiple et recommencé des dieux ? »), mais c’est en outre chez lui que Foucault voit « le premier effort de ce déracinement de l’Anthropologie, auquel sans doute est vouée la pensée contemporaine » (M. Foucault, Les Mots et les Choses, op. cit., p. 317-318 et 353). Il est utile de rappeler qu’en 1967 Foucault écrit, avec Gilles Deleuze, l’« Introduction générale aux Œuvres philosophiques complètes de F. Nietzsche » (dans DE I, n° 45, p. 589-592 ; voir aussi id., « Michel Foucault et Gilles Deleuze veulent rendre à Nietzsche son vrai visage » [1966], dans DE I, n° 41, p. 577-580), et que la même année paraissent les Actes du colloque de Royaumont de juillet 1964 contenant le fameux texte de Foucault, « Nietzsche, Freud, Marx » (art. cité).
  • [7]
    F. Nietzsche, Crépuscule des idoles, ou Comment philosopher à coups de marteau, éd. par G. Colli et M. Montinari, trad. par Jean-Claude Hemery, Paris, Gallimard, 1988 [1889].
  • [8]
    Sur ce point, voir supra, p. 15 et note 3 du chap. 1, p. 18-20.
  • [9]
    Cela annonce déjà la voie au long de laquelle se poursuivront les intérêts de Foucault à l’égard de Nietzsche dans les années à venir, et indique plus généralement l’un des nœuds cruciaux qui l’amèneront à inscrire la tâche descriptive de l’archéologie dans une perspective généalogique. La philosophie comme entreprise de diagnostic du présent ne sera alors plus seulement la description de « l’espace dans lequel se déploie la pensée, ainsi que les conditions de cette pensée, son mode de constitution » (M. Foucault, « Qu’est-ce qu’un philosophe ? », art. cité, p. 581), mais le diagnostic portera désormais aussi « sur le corps même du présent », en faisant du présent le théâtre « de ce qui est là en nous dans notre corps » : c’est dans sa physiologie qu’il faudra en effet saisir les « origines multiples » qui s’y sont inscrites sous forme d’instincts et de valorisations contradictoires, comme Foucault l’affirme dans le cours sur Nietzsche qu’il donne en 1969-1970 au département de philosophie du Centre universitaire expérimental de Vincennes (id., Nietzsche. Cours donné au Centre universitaire expérimental de Vincennes, 1969-1970, BNF, Fonds Foucault, cote NAF 28730, Boîte 65, à paraître dans cette même série des « Cours et travaux de Michel Foucault avant le Collège de France »). Par ce décalage, la tâche descriptive de l’archéologie se trouve réarticulée au sein de l’analyse historique des commencements multiples et des rapports de force répondant au « besoin d’histoire du généalogiste », car « il faut savoir diagnostiquer les maladies du corps, les états de faiblesse et d’énergie, ses fêlures et ses résistances pour juger de ce qu’est un discours philosophique » (id., « Nietzsche, la généalogie, l’histoire » [1971], dans DE I, n° 84, p. 1004-1024, ici p. 1008).
  • [10]
    Sur ce point, voir supra, p. 15 et note 3 du chap. 1, p. 18-20.
  • [11]
    Foucault fait ici référence aux lettres et dédicaces que Nietzsche écrit à Turin au début du mois de janvier 1889, et qu’il signe « Dionysos » (ou « Nietzsche [César] Dionysos »), « Le Crucifié », etc. Voir F. Nietzsche, Dernières Lettres, hiver 1887-hiver 1889. De « La Volonté de puissance » à « L’Antichrist », trad. par Yannick Souladié, Paris, Éditions Manucius, 2011 ; M. Foucault, « Sur l’archéologie des sciences », art. cité, p. 731.
  • [12]
    Maurice Blanchot, Georges Bataille, Antonin Artaud et Stéphane Mallarmé sont parmi les auteurs les plus cités et commentés par Foucault dans les années 1960. Sur Blanchot, voir notamment M. Foucault, « La pensée du dehors », art. cité. Sur Bataille, voir en particulier id., « Préface à la transgression (en hommage à Georges Bataille) » [1963], dans DE I, n° 13, p. 261-278. Sur Artaud et Mallarmé, voir respectivement id., « La littérature et la folie », art. cité ; id., « Le Mallarmé de J.-P. Richard » [1964], dans DE I, n° 28, p. 455-465. En 1978, à l’occasion de ses conversations avec Duccio Trombadori, Foucault déclare : « Nietzsche, Blanchot et Bataille sont les auteurs qui m’ont permis de me libérer de ceux qui ont dominé ma formation universitaire, au début des années 1950 : Hegel et la phénoménologie » (id., « Conversazione con Michel Foucault » [1980], dans DE II, n° 281, p. 860-915, ici p. 867).
  • [13]
    Sur ce point, voir l’entretien avec Paolo Caruso paru en septembre 1967, « Qui êtes-vous, professeur Foucault ? » [1967], dans DE I, n° 50, p. 629-648, ici p. 640 : « Pour Nietzsche, philosopher consistait en une série d’actes et d’opérations relevant de divers domaines : c’était philosopher que de décrire une tragédie de l’époque grecque, c’était philosopher que de s’occuper de philologie ou d’histoire. » Dans ses cours de 1954-1955, Foucault utilise l’expression l’« acte de philosopher » en parlant de l’interprétation que Jaspers donne de la philosophie de Nietzsche ; voir id., La Question anthropologique, op. cit., p. 204.
  • [14]
    Foucault soutient que Nietzsche, après avoir maintenu jusqu’au bout la question « Qui parle ? », fait enfin « irruption lui-même à l’intérieur de ce questionnement pour le fonder sur lui-même, sujet parlant et interrogeant : Ecce homo » (M. Foucault, Les Mots et les Choses, op. cit., p. 317).
  • [15]
    Dans un entretien qu’il donne avec Deleuze, publié en septembre 1966, Foucault soutient que « l’apparition de Nietzsche constitue une césure dans l’histoire de la pensée occidentale », car « le mode du discours philosophique a changé avec lui » : « Auparavant, ce discours était un Je anonyme. Ainsi, les Méditations métaphysiques ont un caractère subjectif. Cependant, le lecteur peut se substituer à Descartes. Impossible de dire “je” à la place de Nietzsche » (M. Foucault, « Michel Foucault et Gilles Deleuze veulent rendre à Nietzsche son vrai visage », art. cité, p. 579).
  • [16]
    Foucault fait ici référence aux titres de la deuxième, la troisième et la quatrième partie de Ecce homo : « Warum ich so klug bin », « Warum ich so gute Bücher schreibe » et « Warum ich ein Schicksal bin » (F. Nietzsche, Ecce homo, op. cit., p. 258-275, 276-332, 333-341).
  • [17]
    Sur le jeu des pseudonymes chez Søren Kierkegaard, voir aussi M. Foucault, « Qu’est-ce qu’un auteur ? », art. cité, p. 825.
  • [18]
    « [C]omment est-ce que je pourrais nier que ces mains et ce corps-ci soient à moi, si ce n’est peut-être que je me compare à ces insensés, de qui le cerveau est tellement troublé et offusqué par les noires vapeurs de la bile, qu’ils assurent constamment qu’ils sont des rois, lorsqu’ils sont très pauvres, qu’ils sont vêtus d’or et de pourpre, lorsqu’ils sont tout nus, ou s’imaginent être des cruches, ou avoir un corps de verre ? Mais quoi ? ce sont des fous ; et je ne serais pas moins extravagant, si je me réglais sur leurs exemples » (R. Descartes, Méditations métaphysiques, op. cit., p. 81-82).
  • [19]
    Pour une interprétation analogue de ce passage des Méditations comme introduisant une césure entre raison et déraison qui s’avère cruciale pour l’histoire de la pensée occidentale, voir M. Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, op. cit., p. 56-59. Dans « Cogito et histoire de la folie » (Revue de métaphysique et de morale, vol. 68, n° 4, 1963, p. 460-494 ; repris dans L’Écriture et la Différence, Paris, Seuil, 1967, p. 51-97), Jacques Derrida avait critiqué la lecture foucaldienne du rôle de la folie dans les Méditations. Pour la réponse de Foucault, voir M. Foucault, « Réponse à Derrida » [1972], dans DE I, n° 104, p. 1149-1163 ; une seconde version de ce texte apparaît en appendice à la réédition de l’Histoire de la folie chez Gallimard (id., « Mon corps, ce papier, ce feu » [1972], dans DE I, n° 102, p. 1113-1136).
  • [20]
    En ce sens, la « possibilité du philosophe fou » dont Foucault parle en 1963 dans son texte sur Bataille a été en réalité (r)ouverte par Nietzsche : « C’est l’inverse exactement du mouvement qui a soutenu, depuis Socrate sans doute, la sagesse occidentale : à cette sagesse le langage philosophique promettait l’unité sereine d’une subjectivité qui triompherait en lui, s’étant par lui et à travers lui entièrement constituée. Mais si le langage philosophique est ce en quoi se répète inlassablement le supplice du philosophe et se trouve jetée au vent sa subjectivité, alors non seulement la sagesse ne peut plus valoir comme figure de la composition et de la récompense ; mais une possibilité s’ouvre fatalement, à l’échéance du langage philosophique […] : la possibilité du philosophe fou. C’est-à-dire trouvant, non pas à l’extérieur de son langage (par un accident venu du dehors, ou par un exercice imaginaire), mais en lui au noyau de ses possibilités, la transgression de son être de philosophe » (M. Foucault, « Préface à la transgression », art. cité, p. 271-272).
  • [21]
    F. Nietzsche, Dernières Lettres, hiver 1887-hiver 1889, op. cit., Lettre du 4 janvier 1889 à Heinrich Köselitz (Peter Gast), Turin, p. 236.

La description du discours philosophique n’est donc pas assimilable à ce qu’on entend couramment par l’histoire de la philosophie ; non seulement elles ne sont pas deux modalités d’un même genre, non seulement elles ne se recoupent pas par un jeu de confirmations réciproques, mais elles sont de niveaux si différents que l’une a le pouvoir – ou du moins la prétention – d’envelopper la seconde. Il n’en demeure pas moins qu’elles ont toutes deux pour objet la philosophie elle-même ; et si on a pu montrer que le rapport d’objet entre la philosophie et son histoire a son lieu et sa nécessité dans le fonctionnement même du discours philosophique, on a laissé dans l’ombre, jusqu’à présent, le statut de la description : comme s’il lui appartenait de plein droit et sans justification de parler du discours philosophique dans sa forme actuelle, de déchiffrer l’événement qui lui a donné naissance, de définir les possibilités qu’il offre, par avance, à toute philosophie quelle qu’elle soit, de formuler les règles de transformation qui permettent au discours de passer d’un système de compatibilité à un autre. Mais il faut interroger à son tour une telle naïveté dogmatique, et se demander de quel droit ce discours descriptif peut prendre la philosophie comme objet : quel rapport y a-t-il entre cette description et la philosophie elle-même ? Cette question ramasse en une seule deux interrogations qui sont corrélatives et ne sauraient être tout à fait isolées, mais qui risquent fort de renvoyer indéfiniment l’une à l’autre si on ne prenait soin de les formuler chacune pour elle-même…


Date de mise en ligne : 31/03/2026

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