La « bonne nature » du Symbolique : sur quelques équivoques de l’anthropologie française contemporaine
Pages 215 à 223
Citer ce chapitre
- DELRUELLE, Édouard,
- Sous la direction de DURAND, Pascal
- et SINDACO, Sarah,
- Delruelle, Édouard.
- Delruelle, É.
- Sous la direction de P. Durand
- et S. Sindaco
https://doi.org/10.3917/cnrs.duran.2015.01.0215
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- Delruelle, É.
- Sous la direction de P. Durand
- et S. Sindaco
- Delruelle, Édouard.
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- Sous la direction de DURAND, Pascal
- et SINDACO, Sarah,
https://doi.org/10.3917/cnrs.duran.2015.01.0215
Notes
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[1]
Michel Foucault, Naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France. 1978-1979, Paris, Gallimard/Seuil, 2004.
-
[2]
Bertrand Ogilvie, La Seconde Nature du politique. Essai d’anthropologie négative, Paris, L’Harmattan, 2012.
-
[3]
Ibid., p. 156.
-
[4]
Ibid., p. 158.
-
[5]
Dany-Robert Dufour, Le Divin Marché, Paris, Denoël, 2007 ; L’Individu qui vient… après le libéralisme, Paris, Denoël, 2011.
-
[6]
On en trouvera une version exemplaire dans D.-R. Dufour « Portrait du Grand Sujet », Raisons d’agir, Presses de Sciences Po, 2001/2, n° 2, p. 9-25.
-
[7]
Alain Supiot a été élu Professeur au Collège de France en 2012. On lira avec intérêt sa leçon inaugurale : Grandeur et Misère de l’État social, Paris, Fayard, 2013, ainsi que L’Esprit de Philadelphie. La justice sociale face au marché total, Paris, Seuil, coll. « Débats », 2010.
-
[8]
Alain Supiot, Homo juridicus. Essai sur la fonction anthropologique du droit, Paris, Seuil, 2005.
-
[9]
Ibid.
-
[10]
René Girard, La Violence et le Sacré, Paris, Grasset, 1972 ; Le Bouc émissaire, Paris, Grasset, 1982.
-
[11]
Jean-Pierre Dupuy, La Marque du sacré. Essai sur une dénégation, Paris, Carnets-Nord, 2009 ; Le Sacrifice et l’Envie. Le libéralisme aux prises avec la justice sociale, Paris, Calmann-Lévy, 1992.
-
[12]
Michel Aglietta et André Orléan, La Monnaie entre violence et confiance, Paris, Odile Jacob, 2008.
-
[13]
Bruno Théret, « Monnaie et dette de vie », L’Homme, 2009/2, n° 190.
-
[14]
Cette mutation du « symbolique » est en effet le symptôme d’un phénomène plus large consistant dans le « tournant théologique » de la pensée politique française, repérable chez des auteurs aussi différents que Régis Debray, Marcel Gauchet, Alain Badiou, etc. Il y a « tournant théologique » à partir du moment où, tout en prétendant se déprendre des figures du sacré, on préserve la structure même de la sacralité comme support du politique et du social.
-
[15]
Didier Eribon, Une morale du minoritaire. Variations sur un thème de Jean Genet, Paris, Fayard, 2001 ; et Réflexions sur la question gay, Paris, Fayard, 1999.
-
[16]
Michel Tort, Fin du dogme paternel, Paris, Aubier, 2005, p. 96.
-
[17]
Jacques Lacan, « Les complexes familiaux dans la formation de l’individu » (1938), Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 61.
-
[18]
Claude Lévi-Strauss, « Introduction à l’œuvre de Marcel Mauss », dans M. Mauss, Sociologie et Anthropologie, Paris, Presses Universitaires de France, 2010, coll. « Quadrige », p. xlix.
-
[19]
Michel Tort dénonce à juste titre « la confusion entre loi anthropologique et structure familiale paternaliste » qui conduit, face à l’Apocalypse, à une étrange alliance entre « le goupillon de la loi psychanalytique et le sabre du Droit censé rétablir temporellement l’Ordre Symbolique » (Fin du dogme paternel, Paris, Aubier, 2005, p. 289).
-
[20]
Cl. Lévi-Strauss, L’Homme nu, Paris, Plon, 1971, p. 614.
-
[21]
Cl. Lévi-Strauss, Anthropologie structurale deux, Paris, Plon, 1973, p. 330.
-
[22]
J. Lacan, Séminaire II, Paris, Seuil, 1978, cité par Michel Schneider, « La transcendance du symbolique », in J. Sedat (dir.), Retour à Lacan, Paris, Fayard, 1981, p. 233.
-
[23]
B. Ogilvie, La Seconde Nature du politique, op. cit., p. 75.
-
[24]
Ibid., p. 74.
-
[25]
Loc. cit.
-
[26]
Maurice Godelier, Au fondement des sociétés humaines. Ce que nous apprend l’anthropologie, Paris, Albin Michel, 2007, p. 190. Godelier a également apporté un soutien sans équivoque au mariage pour tous. Lévi-Strauss, dans ses derniers textes parus, a fait de même une mise au point salutaire : « Aux juristes et aux moralistes trop impatients, les anthropologues prodiguent des conseils de libéralisme et de prudence. Ils font valoir que même les pratiques et les aspirations qui choquent le plus l’opinion – procréation assistée mise au service de femmes vierges, célibataires, veuves, ou au service de couples homosexuels – ont leur équivalent dans d’autres sociétés qui ne s’en portent pas plus mal » (L’Anthropologie face aux problèmes du monde contemporain (1986), Paris, Seuil, 2011, p. 75).
-
[27]
M. Tort, Fin du dogme paternel, op. cit..
-
[28]
B. Ogilvie, La Seconde Nature du politique, op. cit., p.159.
-
[29]
Loc. cit.
-
[30]
Loc. cit.
Une certaine anthropologie française du « symbolique » prête depuis quelques années, sous prétexte de critique du néolibéralisme, à quelques mésusages que l’on pourrait ranger à l’enseigne d’une nouvelle pensée réactionnaire, sinon d’une pensée « néo-réactionnaire ». La critique du néolibéralisme est évidemment chose indispensable, encore faut-il s’assurer des bases théoriques sur lesquelles elle est élaborée. Michel Foucault l’a montré dès 1978-1979, c’est-à-dire avant même que Thatcher et Reagan n’arrivent au pouvoir, dans son cours au Collège de France sur La Naissance de la biopolitique : le néolibéralisme n’est pas seulement, ni même fondamentalement, la « fin de l’histoire » ou, pour le dire dans les termes de Jean-François Lyotard, la chute des « grands récits » de l’émancipation universelle ; c’est un nouveau dispositif de pouvoir sur l’humain en tant que tel, fondé sur une conception « darwinienne » de l’adaptabilité des individus à leur environnement. Le néolibéralisme conçoit la vie sociale comme un processus sans fin de sélection naturelle des plus performants, et le sujet humain comme un entrepreneur de lui-même, un être infiniment transformable sur un plan non seulement économique mais aussi psychique, sinon même génétique.
La difficulté pratique et théorique de résister à cette biopolitique néolibérale a débouché sur un étonnant renversement des rapports entre « réactionnaires » et « progressistes ». Classiquement, les « conservateurs » sont ceux qui croient en l’existence d’une nature immuable de l’homme, et les « progressistes » ceux qui le définissent par sa capacité historique à se transformer et à s’améliorer…
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