Chapitre 5. Les conditions du développement affectif
- Par Anne Baudier
- et Bernadette Céleste
Pages 69 à 85
Citer ce chapitre
- BAUDIER, Anne
- et CÉLESTE, Bernadette,
- Baudier, Anne.
- et al.
- Baudier, A.
- et Céleste, B.
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- Baudier, A.
- et Céleste, B.
- Baudier, Anne.
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- BAUDIER, Anne
- et CÉLESTE, Bernadette,
1 Quelle que soit l’orientation théorique des auteurs, il existe un consensus pour reconnaître que l’affectivité de l’enfant et la construction de sa personnalité se font grâce et par les interactions avec autrui.
2 Un second accord porte sur la reconnaissance de l’activité du bébé dans l’organisation des interactions. Cette activité, comme on le verra, est soutenue, enrichie, ou entravée par les adultes qui s’occupent de l’enfant.
3 La grande impéritie du bébé, l’absence de techniques permettant de mettre en évidence les compétences du nouveau-né, l’asymétrie extrême entre le répertoire de l’adulte et celui du bébé, ont longtemps conduit à considérer celui-ci comme un être passif, entièrement soumis à ses états organiques et disposant seulement comme activité volontaire de la capacité d’exprimer ses états de malaise par des cris et des pleurs.
4 Cette double nécessité – non suffisante – d’une activité autonome et d’interaction conduit à faire de l’enfant un portrait mettant l’accent sur ses compétences à communiquer.
5 En fait, cette option n’est pas récente puisque Wallon, dès 1934, décrivait le bébé comme un être orienté vers le milieu humain de par ses caractéristiques biologiques. Il avait même établi une relation causale entre l’incapacité du petit de l’homme à subvenir à ses propres besoins et la dépendance à l’égard de l’adulte, la première condition engendrant la seconde : faute de pouvoir satisfaire ses besoins les plus élémentaires, du moins le bébé dispose de la capacité à les exprimer, de les indiquer à autrui.
6 « Donc les premiers gestes qui soient utiles à l’enfant, ce ne sont pas des gestes qui lui permettront de s’approprier les objets du monde extérieur ou de les éviter, ce sont des gestes tournés vers les personnes, ce sont des gestes d’expression » (Wallon, 1952).
7 Depuis Wallon, de nombreux chercheurs ont étudié ces différents moyens d’expression qui constituent le répertoire des comportements de base du bébé ; leur morphologie, leurs déclencheurs, leur évolution, leurs fonctions sont bien connus.
8 Nous allons présenter ces différents moyens, conditions essentielles du développement affectif.
9 La description du répertoire de ces moyens ne suffit pas à rendre compte de leur fonction et de leur objectif. Les recherches dans ce domaine ne manquent pas. Psychologues, éthologues et psychanalystes s’intéressent aux conditions de mise en œuvre de ces moyens, en fonction de l’âge, du partenaire, du contexte, à la signification que prennent les messages aussi bien pour le receveur que pour l’émetteur, c’est-à-dire l’enfant lui-même. Le rôle des moyens d’expression dans la construction de la personne et dans la différenciation moi-autrui sera abordé dans le chapitre 10.
1. L’équipement neurologique de base
10 S’il est évident que le répertoire comportemental du bébé est plus pauvre que celui de l’enfant plus âgé, il est aussi, et paradoxalement, plus riche. En effet, au cours des premières semaines de vie, le bébé possède des montages réflexes qui disparaîtront progressivement sous l’effet de la maturation. Certains parmi ces réflexes dits archaïques (ou automatismes primaires) ont une valeur adaptative évidente, comme les réflexes buccaux ou d’évitement.
11 Nous n’avons pas l’intention de décrire ici l’ensemble de ces réflexes. Nous renvoyons à des ouvrages de référence pour une présentation détaillée (Koupernik et Dailly, 1968 ; Saint-Anne Dargassies, 1979, 1982).
12 Toutefois, on ne peut comprendre comment vont s’organiser les échanges avec le milieu si on ne tient pas compte de l’équipement réflexe que le bébé a à sa disposition. De même on ne peut négliger les caractéristiques toniques et posturales étroitement liées elles aussi à la maturation neurologique et qui ont une forte incidence sur la nature et la qualité de la communication adulte-enfant.
13 Ainsi, il nous paraît nécessaire d’évoquer le rôle de la motilité, des rythmies, des réflexes archaïques, du tempérament et du niveau de vigilance dans l’organisation des échanges avec autrui puisque toutes ces composantes constituent la base neurophysiologique du nourrisson à partir de laquelle l’affectivité va s’échafauder.
1.1. La motilité
14 On a vu (cf. chapitre 3) que les mouvements spontanés des nouveau-nés sont similaires à ceux que l’on peut observer in utero. La posture se caractérise par une grande hypotonie axiale (dos mou) et une grande hypertonie des muscles fléchisseurs au niveau des membres (bras et jambes pliés). Toutefois, l’extension des membres s’observe, notamment pendant les périodes de repos.
15 L’hypotonie de l’axe corporel pendant les premiers mois de la vie entraîne une dépendance totale de l’enfant à l’égard de l’entourage, puisque non seulement il ne peut se déplacer, mais il ne peut même pas changer de posture seul. Cette incapacité suscite de fréquentes prises dans les bras et manipulations par l’adulte. On sait que c’est pendant les six premiers mois que le contact proximal est le plus fréquent. L’autonomie posturale acquise après six mois permet à l’enfant d’être plus indépendant dans ses déplacements (à quatre pattes) et modifie aussi les conduites alimentaires : il peut être nourri assis sur une chaise et non plus seulement dans les bras de l’adulte. Les progrès posturaux permettent donc un début d’éloignement avec l’adulte favorisant l’autonomisation de l’enfant.
16 L’acquisition de la marche va considérablement modifier les rapports que l’enfant entretient non seulement avec l’environnement physique mais aussi avec son entourage, car il va être confronté de manière répétitive à des interdits formels qui visent à assurer sa sécurité, mais qui sont souvent frustrants pour lui.
17 L’évolution, si elle est la même pour tous les membres de l’espèce humaine, s’accompagne de variations interindividuelles. Ainsi, on distingue des enfants hypertoniques (plus raides, plus actifs et vifs) et des enfants hypotoniques (plus mous, placides). Stambak (1963) observe que ces deux types d’enfants développent des modalités d’échange différentes avec l’entourage qui lui-même ne réagit pas de la même manière selon que le bébé est hyper ou hypotonique. Le premier, plus remuant, sollicite plus les adultes, alors que le second est plus observateur, cultive l’échange à distance.
18 Les caractéristiques de l’enfant ne suffisent pas à rendre compte des modalités d’échange. Chaque adulte réagit de manière particulière à tel ou tel type d’enfant et renforcera ou bien ira à l’encontre de la réactivité de l’enfant.
1.2. Les rythmies
19 Il s’agit de conduites stéréotypées et répétitives qui concernent différentes parties du corps : ouverture-fermeture de la main, coups de pied, flexion-extension du bras ou de la jambe, roulements de tête… Leur rôle dans le développement de la motricité n’est pas clair, mais il est évident que les rythmies sont prises en compte par les adultes et influencent leurs interactions avec le bébé. Certaines rythmies sont associées à l’arrivée d’un adulte et sont interprétées comme des manifestations d’excitation positive. Inversement, d’autres sont clairement associées à des états désagréables et incitent l’adulte à les faire cesser (Streri, 1994).
1.3. Les réflexes archaïques
20 Ils jouent un rôle essentiel dans l’évaluation de la normalité neurologique de l’enfant qui vient de naître. Certains de ces réflexes, comme le réflexe de Moro, ou le réflexe de marche automatique, sont recherchés systématiquement même s’il est normal de ne pas les retrouver chez tous les enfants ni sous leur forme complète ni sous leur forme stéréotypée. Les indices cliniques qu’ils fournissent renseignent sur une éventuelle immaturité ou lésion du système nerveux central.
21 Dans les cas où ils sont normalement présents, ils traduisent les premières réponses de l’individu aux stimulations de l’environnement.
22 Ces réponses constituent un puissant renforçateur pour l’adulte. Par exemple, celui-ci va remarquer que lorsque la tétine du biberon ou le mamelon du sein heurte la commissure des lèvres ou le menton, le bébé va tourner sa tête en direction de la stimulation, rendant ainsi possible la saisie et de ce fait la succion alimentaire. Ce réflexe des points cardinaux a donc valeur de compétence aux yeux de l’adulte qui ira jusqu’à prêter à l’enfant une intention. Nous verrons que c’est à travers le sens que l’adulte confère aux conduites réflexes – donc sans conscience ni intentionnalité – qu’il permet à l’enfant de commencer d’identifier ses propres sensations. De même, le grasping reflex, qui provoque la fermeture automatique des doigts de l’enfant sur tout stimulus touchant sa paume, favorise un contact tonique avec l’adulte, lorsque celui-ci place un de ses doigts dans la main du bébé.
23 Outre leur valeur fonctionnelle, ces réflexes participent aussi à l’instauration des échanges avec autrui, bien qu’ils n’en constituent pas le support privilégié.
1.4. Le tempérament
24 L’équipement neurophysiologique inné se traduit très précocement de manière globale dans le tempérament. Ce terme désigne de façon générale les relations entre les caractéristiques physiologiques innées d’un individu et ses comportements. Toutefois, ces aspects constitutionnels vont êtres soumis aux avatars du développement et des expériences sociales.
25 Une typologie des tempéraments a été construite à partir de l’équilibre entre les quatre humeurs fondamentales décrites par Hippocrate (tempérament sanguin, colérique, nerveux, lymphatique). L’abandon de la théorie des humeurs n’a pas empêché que l’on continue de rechercher des typologies basées sur les caractéristiques neurophysiologiques. À partir des années 50, Thomas, Chess et alii (1963, 1968) ont lancé une étude longitudinale portant sur 133 sujets, suivis de la naissance à l’âge adulte. Ils déterminent un ensemble de traits permettant d’établir des différenciations nettes entre enfants :
- 1 : établissement des rythmes (faim, veille-sommeil),
- 2 : réaction d’approche-retrait (réaction à un stimulus nouveau),
- 3 : adaptabilité (adaptation aux situations nouvelles),
- 4 : qualité des émotions,
- 5 : intensité des réactions émotionnelles,
- 6 : activité motrice,
- 7 : persistance des capacités d’attention,
- 8 : distractibilité (réaction à l’interférence entre deux stimuli),
- 9 : seuil de réactivité.
27 Parmi ces neuf traits, les cinq premiers permettent de situer l’enfant sur un axe « facile-difficile ».
28 Les auteurs distinguent trois groupes d’enfants :
- les enfants faciles : ils s’adaptent rapidement et facilement aux situations nouvelles, ont des émotions positives en majorité et d’intensité modérée ;
- les enfants difficiles : leurs rythmes sont irréguliers, les émotions négatives et intenses, leur adaptation aux changements, difficile ;
- les enfants lents à réchauffer : ils présentent des réactions de faible intensité, un faible niveau d’activité, une adaptation lente à la nouveauté.
30 La dimension longitudinale de l’étude a permis de montrer que les enfants présentant un tempérament difficile présentaient plus que les autres des difficultés à l’âge adulte. Ces résultats ont été confirmés par des recherches plus récentes (Caspi et alii, 1996) : un tempérament difficile pendant les premières années permet de prédire des difficultés psychosociales à l’adolescence et à l’âge adulte. Les enfants évalués à 3 ans (ils sont nés en 1972 et 1973) le sont de nouveau à 21. La dépression à l’âge adulte est associée au tempérament inhibé à 3 ans, tandis que les comportements antisociaux sont liés au tempérament difficile. Les deux groupes ont pour point commun à l’âge adulte de faire plus de tentatives de suicide que les sujets ayant un tempérament facile.
31 Pour ces auteurs, il va de soi que ces caractéristiques tempéramentales ne peuvent expliquer à elles seules les comportements de l’enfant et la qualité des interactions avec autrui. Leur modèle est interactionniste : ce qui influence le développement psychologique de l’enfant ce sont les spécificités des pratiques et attitudes parentales, ainsi que les facteurs de l’environnement intra et extrafamilial en interaction avec les caractéristiques tempéramentales et autres variables organismiques de l’enfant. On imagine assez bien que les trois types d’enfants décrits plus haut ne suscitent pas chez les adultes qui s’en occupent les mêmes types de réaction. Selon sa personnalité, son expérience, ses attentes, l’adulte atténuera ou renforcera certains traits de l’enfant. Un enfant « lent à réchauffer » pourra faire l’objet d’une relative négligence vu son peu de sollicitation et la faiblesse de ses réactions ou au contraire d’une surstimulation visant à le faire réagir à tout prix. Selon les moments, un même adulte sera disponible et sensible aux signaux ténus émis par l’enfant ou au contraire indifférent.
32 Aujourd’hui, le tempérament est inclus dans le domaine plus général de la personnalité. Il désigne les différences interindividuelles dans les processus psychologiques de base constituant les dimensions affectives, attentionnelles et réactionnelles de la personnalité et de son développement.
33 Rothbart et Bates (1998) définissent le tempérament comme les caractéristiques constitutionnelles d’un individu en matière de réactivité émotionnelle, motrice et attentionnelle, ainsi que d’autorégulation. Le terme constitutionnel souligne les bases biologiques du tempérament, influencées par le patrimoine génétique, la maturation et l’expérience.
34 Une des questions qui se pose concerne les changements des systèmes impliqués dans le tempérament au cours du développement. Les tout premiers systèmes de réactivité émotionnelle et d’approche sont remplacés par deux autres systèmes liés entre eux. Le premier implique l’inhibition de l’action et l’expression émotionnelle et il est lié à la peur (timidité) à la fin de la première année de la vie. Le second, qui concerne le contrôle de l’attention se développe au cours de la période préscolaire et au-delà. Outre ses liens avec l’attachement (cf. p. 47), le tempérament a également été étudié en relation avec l’ajustement (cf. p. 88). Ce dernier est en effet considéré comme régulateur du tempérament. Toutefois, on ne dispose pas aujourd’hui de modèle mettant clairement en évidence l’interaction entre tempérament et ajustement au cours du développement (Rotthbart et Bates, 1998).
35 Les neuf dimensions d’origine sont réduites à quatre : affect positif et approche, affectivité négative, contrôle de l’attention et orientation sociale. Ces grandes dimensions sont sous-tendues par des composantes plus étroites comme, par exemple, dans le registre négatif, la peur, la tristesse, la détresse face à la séparation… De nombreuses questions restent encore sans réponse : quels sont les effets des expériences, négatives ou positives, sur une éventuelle modification du tempérament ou du moins de certaines de ses dimensions (Jetté et alii, 2000) ? Quels sont les soubassements neurochimiques de ces dimensions… ? Si on ajoute à ces réflexions les problèmes posés par l’évaluation du tempérament, on peut conclure qu’il s’agit encore aujourd’hui d’un concept flou, mais probablement utile, ne serait-ce que parce qu’il est à l’origine d’un champ de recherche ouvert et fécond.
1.5. Le niveau de vigilance
36 Le niveau de vigilance joue un rôle important dans l’établissement des interactions. Wolff (1964) a décrit six états allant du sommeil profond (1) à l’agitation motrice accompagnée de cris (6). C’est au cours de l’état de veille attentive (4) et secondairement de veille active (5) que le bébé est le plus disponible pour communiquer avec l’entourage.
37 Cet état de veille attentive est rare et de courte durée à la naissance, mais augmente progressivement dès les premières semaines ; il faut donc en tenir compte lorsque l’on cherche à établir un contact avec le bébé. Lebovici (1983), après Brazelton, fait remarquer que les états du bébé constituent une communication en tant que telle, car à travers les changements d’état, l’adulte peut observer les effets de ses propres stimulations sur son enfant.
38 Il existe des différences individuelles importantes non seulement pour les niveaux de vigilance, mais aussi pour l’irritabilité et la consolabilité. Korner (1974) décrit des enfants pleurant beaucoup plus que les autres ; la fréquence de ces pleurs a des répercussions sur les interactions : plus un bébé pleure, plus l’adulte lui répond. Toutefois, cette dimension est inséparable de la consolabilité, c’est-à-dire de la résistance des pleurs du bébé aux réconforts de l’adulte. Un enfant difficile à consoler, quels que soient les moyens mis en œuvre, peut entraîner chez l’adulte des réactions de culpabilité, d’échec, voire de rejet, altérant la qualité des échanges et aggravant les difficultés de l’enfant (cf. supra).
2. Les modalités sensorielles
39 Elles sont toutes fonctionnelles dès la naissance – on a vu que la plupart le sont déjà in utero – même si elles continuent de se développer après, sous la double influence de la maturation et de l’expérience (stimulations fournies par le milieu humain et physique).
40 Les propriétés des capacités sensorielles et perceptives, conditions de l’échange avec autrui, indiquent une orientation préférentielle vers les caractéristiques de l’humain. Autrement dit, les meilleurs stimuli pour susciter une réponse chez le bébé sont des stimuli produits par les congénères.
2.1. L’olfaction
41 Le bébé reconnaît très tôt sa mère grâce à l’olfaction. Ainsi, les travaux de McFarlane (1975) montrent que dès six jours les bébés tournent préférentiellement la tête vers une compresse imprégnée de l’odeur du sein de la mère. En utilisant la même méthodologie, c’est-à-dire en comparant les orientations de la tête du bébé vers une compresse placée de chaque côté de son visage (l’une étant imprégnée de l’odeur de sa mère, l’autre de celle d’une autre femme ou bien sans odeur), Schaal (1986) constate en outre, dès le troisième jour de vie, une diminution de l’activité motrice du bébé, indice d’apaisement, quand on lui fait sentir une compresse portée par sa mère, diminution significativement plus importante que lorsqu’on lui fait sentir une compresse portée par une autre femme.
42 Ces compresses sont imprégnées de l’odeur de la peau du cou qui comporte l’odeur des sécrétions naturelles, mais pas du lait, et aussi celles des cosmétiques (savons, crème, parfum), susceptibles d’être utilisés par chaque mère.
43 On peut penser que cette discrimination précoce intervient pour renforcer le contact proximal avec l’adulte qui perçoit en retour l’effet positif de cet échange avec son bébé.
44 En ce qui concerne l’odeur du lait, les bébés marquent aussi leur préférence pour l’odeur du lait de leur mère (Schaal, 1986) et même les bébés nourris au biberon préfèrent l’odeur du lait maternel à celle du lait qu’ils consomment (Schaal et alii, 1996).
45 Schaal (1986) étudie également la reconnaissance de l’odeur du bébé par sa mère. Elle apparaît dès le deuxième jour de vie de l’enfant. Les mères qui ont le plus de difficultés pour discriminer l’odeur de leur bébé sont celles qui n’ont pas bénéficié d’un contact prolongé avec lui, immédiatement après l’accouchement. L’évaluation positive de l’odeur du bébé est une condition favorable aux interactions de bonne qualité avec l’enfant, lui-même apaisé par l’odeur maternelle.
46 Cet effet dure plusieurs années. Montagner (1978) a montré que les enfants jusqu’à 2-3 ans sont réconfortés par la présence d’un mouchoir ou d’un tee-shirt porté par leur mère. La conservation avec eux d’un tissu imprégné de l’odeur de la mère leur permet de s’apaiser lorsqu’ils ont été victimes d’une agression par exemple.
47 Les réactions aux odeurs sont le résultat de familiarisations et d’apprentissages ante et post-natals. Les recherches expérimentales de Soussignan et Schaal (2001) mettent en évidence les réactions positives à l’odeur d’anis chez des bébés dont les mères ont consommé des produits anisés pendant les dix derniers jours de grossesse. L’odeur a imprégné le liquide amniotique et les bébés non seulement reconnaissent cette odeur, mais y réagissent positivement, contrairement aux nouveau-nés du groupe contrôle qui n’ont pas été familiarisés à ce parfum et qui y réagissent négativement (mimiques de dégoût).
2.2. La sensibilité gustative
48 Cette modalité, ignorée il y a encore peu de temps chez les enfants, est maintenant bien connue et s’avère jouer un rôle non négligeable dans le répertoire des moyens expressifs de l’enfant. Toutefois, les connaissances actuelles seront soumises à révision dans la mesure où elles font référence à la distinction classique du goût en quatre saveurs de base, alors qu’on sait maintenant qu’il s’agit d’un continuum sensoriel dans lequel il est arbitraire de délimiter des frontières nettes (Faurion, 1996).
49 Steiner en 1973 décrit une réaction réflexe présente dès la naissance, provoquée par chacune des quatre saveurs de base que l’organisme humain est capable de discriminer (en fait, il semble que ce soit Preyer, qui le premier a décrit ces quatre réactions réflexes dès 1897, découverte tombée dans l’oubli jusqu’en 1973).
50 Chaque saveur déclenche une mimique spécifique identique pour tous les enfants, que Steiner nomme le réflexe gusto-facial. Chiva (1985) observe des enfants de la naissance à 2 ans et retrouve dès les premières heures de vie ces quatre réponses :
- sucré : visage détendu, ébauche de sourire, tétée ou clappement de langue ;
- acide : yeux plissés, froncement de la racine du nez, protrusion des lèvres ;
- amer : bouche ouverte, plissement du front, mouvements comme pour vomir ;
- salé : froncement du nez, plissement des lèvres, mouvements des joues et de la bouche.
52 Toutefois, des travaux récents indiquent que les bébés ne présentent pas de réactions négatives aux solutions salées pendant les six premiers mois de vie (Ton Nu, 1996). Il est vrai que le sel est un nutriment indispensable pour l’organisme et si, à partir de 18 mois, les enfants rejettent de plus en plus les solutions salées, leur attrait pour les aliments salés augmente (Streri, 1999).
53 Il est bien confirmé cependant que le sucré est la seule saveur à déclencher une réponse positive et que son appétence est génétiquement programmée. Les autres goûts déclenchent des mimiques qui sont immédiatement interprétées par l’adulte comme négatives : le bébé « n’aime pas » le salé, l’amer et l’acide. C’est cette interprétation des réponses de l’enfant par l’adulte qui rend compte de l’inscription du réflexe dans une relation et sa transformation en une conduite plus ou moins intentionnelle, comme on va le voir.
54 Dès 6 mois, parfois 4, des différences interindividuelles commencent à apparaître, certains enfants réagissant aux substances beaucoup plus fortement que d’autres, qui présentent des réponses plus atténuées. Mais pour chaque enfant, les modalités de réactivité changent peu.
55 En revanche, la mise en œuvre et l’utilisation de ces réponses vont considérablement changer au cours des deux premières années. Chiva distingue trois périodes. La première, jusqu’à 6 mois, est celle où le réflexe est automatiquement déclenché après la stimulation et n’est pas orienté vers autrui. La seconde, de 9 à 14 mois, où la réponse réflexe s’atténue, se module. La troisième période apparaît vers 16 mois et « le changement est spectaculaire. Jusqu’alors l’enfant semblait subir la situation, maintenant c’est lui qui paraît prendre l’initiative… On assiste à l’utilisation délibérée par l’enfant de ses mimiques » (Chiva, 1985, p. 146).
56 Souvent la mimique est exagérée, délibérément tournée vers l’adulte, explicitement utilisée comme moyen de se faire comprendre et de solliciter une réponse.
2.3. La sensibilité tactile
57 Cette modalité constitue une composante essentielle de l’interaction avec les adultes et depuis longtemps on sait qu’elle joue un rôle important dans la régulation de la vigilance (apaisement du bébé ou au contraire augmentation de la réactivité). Cependant, c’est une modalité peu étudiée dans sa dimension affective et de communication, alors qu’elle fait l’objet de nombreux travaux dans le domaine cognitif (perception et saisie des objets). Il est vrai que le toucher implique de nombreuses composantes qui en font un stimulus complexe : durée, intensité, localisation, fréquence, température de la peau et qu’il faut également le mettre en relation avec la réceptivité et l’état émotionnel du bébé (Hertenstein, 2002). Enfin, toute stimulation tactile intervient dans un contexte puisqu’elle n’est jamais isolée. Elle s’accompagne de stimulations faisant intervenir d’autres modalités sensorielles (vue, audition, olfaction). On comprend dans ces conditions que bien qu’admettant le rôle essentiel du toucher dans la communication, la majorité des chercheurs l’ignorent dans leurs travaux (Muir, 2002).
58 Des travaux expérimentaux montrent que dès les premiers mois de la vie les bébés différencient leur mère d’une autre personne, en adoptant des réponses posturo-cinétiques en fonction de chacune d’elles (Widmer-Robert Tissot, 1981). L’enfant n’adopte pas les mêmes postures selon la personne qui le prend dans ses bras : avec la personne qui lui est la plus familière, et c’est généralement la mère, les bébés se moulent sur le corps de l’adulte et se blottissent contre elle. Ces observations soulignent l’intérêt de ne pas séparer, même s’il s’agit de sensibilités différentes, toucher et sensibilité kinesthésique.
59 Robin (1986a) compare les comportements tactiles de la mère envers son nouveau-né selon différents paramètres : mère primi ou multipare, bébé fille ou garçon, prématuré ou né à terme. La seule différence significative au cours de la première semaine concerne le sexe : les mères caressent plus les filles que les garçons. En particulier, les contacts non utilitaires, c’est-à-dire, liés ni à l’alimentation ni au change, sont deux fois plus nombreux pour les filles (caresses du visage et des mains).
60 Des recherches récentes mettent en évidence que des stimulations tactiles ajoutées à d’autres stimulations, visuelles et auditives, déclenchent plus de sourires et de vocalisations chez des bébés âgés de un mois et demi à trois mois et demi que les seuls renforcements visuels et auditifs, comme la vue du visage et la voix de l’adulte (Pelaez-Nogueras et alii, 1996, cité in Hertenstein, 2002).
61 Mais le toucher n’échappe pas aux effets de contexte comme le montre une recherche de Koester (1995, 2000, cité in Muir, 2002) portant sur la communication entre bébés sourds et leur mère. Les stimulations tactiles prodiguées par les mères semblent intenses, voire intrusives pour un public tout venant. Et pourtant les bébés sourient et semblent engagés dans une interaction très positive. Il est probable que ces mêmes stimulations seraient inadaptées pour des enfants entendants, comme si l’absence d’une modalité sensorielle entraînait une compensation avec d’autres modalités.
62 Des émotions ressenties par l’adulte peuvent être transmises au bébé par l’intermédiaire du toucher. Ces émotions positives et négatives semblent avoir des répercussions à long terme sur l’adaptation sociale des enfants (Hertenstein, 2002). Toutefois, on peut se demander si cette variable à elle seule rend compte de leurs émotions et de leurs conduites ultérieures. On peut faire l’hypothèse qu’elle ne constitue qu’un élément dans un ensemble dont les multiples caractéristiques vont influencer, positivement ou négativement, le devenir des enfants.
63 Ajuriaguerra (1989) souligne l’importance de l’éthologie et de la psychanalyse dans la reconnaissance de l’importance du toucher pour le développement harmonieux de l’enfant. Les travaux sur les animaux, et notamment les primates, montrent la fonction sécurisante du contact peau à peau.
64 Ce même auteur souligne la nécessité d’élargir pour le petit de l’homme la notion de toucher lors de l’interaction et d’inclure l’agrippement (qui est manuel, mais aussi visuel), l’embrassement (au sens de tendre et prendre dans les bras), le baiser, les blettissements…
65 Chez les psychanalystes, ce sont surtout Winnicott et Anzieu qui ont conféré un rôle essentiel à la peau et à la sensibilité tactile.
66 Winnicott a souligné l’importance dans le développement de l’affectivité et de la personnalité de l’enfant du handling et du holding. Le premier terme désigne la manière dont l’enfant est manipulé, le second la manière dont il est porté. En fait, ces deux notions englobent un ensemble d’expériences essentielles au début de la vie du nourrisson qui ne se limitent pas aux seuls aspects tactiles et kinesthésiques. Dans la manière de porter l’enfant, l’adulte exprime ses dispositions, sa sensibilité à l’égard du bébé.
67 Anzieu, en forgeant le concept de « moi-peau » (1985) reste proche des conceptions de Winnicott puisque parmi les neuf fonctions qui définissent le « moi-peau », les deux premières désignent explicitement le holding (le « moi-peau » sert à la maintenance du psychisme) et le handling (il constitue l’enveloppe de l’appareil psychique). Les pulsions de l’enfant et les attitudes des adultes à l’égard du toucher vont influencer la construction de cette enveloppe, à la fois réalité biologique et psychique.
68 D’autres fonctions sont attribuées par Anzieu au « moi-peau » (par exemple pare-excitation, individuation…), conférant une importance majeure à cette modalité sensorielle qu’est la sensibilité tactile, trop négligée au profit de la vision et de l’audition. La peau est avant tout une frontière entre soi et le monde extérieur et, à ce titre, la sensibilité tactile intervient donc directement dans la construction de l’identité. Mais en tant que frontière, la peau est aussi une « interface » qui permet d’entrer en relation avec le monde extérieur et d’être le lieu de symptômes inscrivant à ce niveau précis la souffrance psychique de l’individu.
2.4. L’audition
69 On connaît bien les réactions postnatales des bébés à différents stimuli auditifs. On sait qu’ils constituent le meilleur moyen, avec la stimulation cutanée, pour éveiller l’enfant, de maintenir un haut niveau de vigilance.
70 Les sons, présentés de chaque côté de la tête dès la naissance, déclenchent souvent des réactions d’orientation : le bébé tourne la tête et les yeux en direction du stimulus.
71 Les chercheurs utilisent notamment la technique de la succion non nutritive pour étudier les capacités de discrimination auditive des bébés : le rythme de la succion d’une tétine reliée à un ordinateur change en fonction des stimuli que le bébé identifie. On a pu montrer que dès les premiers jours de vie, le bébé présente une possibilité de discrimination des sons du langage aussi fine que celle des adultes (Mehler, 1978). Il semble particulièrement sensible aux caractéristiques prosodiques du langage, à l’intonation en particulier. Ce sont ces caractéristiques qui jouent un rôle important dans la reconnaissance précoce par le bébé de la voix de sa mère (Mehler, 1978). En effet, si on les modifie artificiellement (ralentissement de la cadence, inversion de l’ordre des mots), il n’y a plus reconnaissance. De plus, l’enfant ne préfère la voix de sa mère que si elle s’adresse réellement à lui. Si elle lit un texte de droite à gauche, ou sans signification, le bébé se désintéresse rapidement de ce stimulus.
72 Les travaux de De Casper et Fifer (1980) sur des nouveau-nés de 1 à 3 jours mettent en évidence la discrimination entre un texte connu (parce qu’entendu plusieurs fois pendant la vie intra-utérine) et un texte nouveau. Le comportement du bébé irait dans le sens d’une préférence pour le connu. Pour De Casper, l’interprétation va dans le sens d’une familiarisation prénatale à certains sons déterminant une hiérarchie des préférences acoustiques après la naissance : voix maternelle, voix féminines, voix paternelle, voix masculines.
73 Une autre recherche de De Casper et Spence (citée par de Boysson-Bardies, 1996) indique que le fœtus sait reconnaître un poème qu’il a « appris » in utero avec la voix maternelle, même lorsqu’il est lu par une autre femme. En revanche, ils ne réagissent pas à un autre poème lu par la mère.
74 On peut donc en conclure qu’une familiarisation avec la langue maternelle a lieu dans les derniers mois de la vie prénatale. Cet « entraînement » est à relier avec l’acquisition de la langue qui aboutira à la production des premiers mots à la fin de la première année de la vie.
75 Si l’on peut penser que la discrimination des sons constitue une base pour l’acquisition des phonèmes de la langue, la discrimination des intonations et structures rythmiques joue un rôle dans l’échange affectif avec l’adulte, notamment parce qu’elle permet de différencier et donc d’identifier autrui.
2.5. La vision
76 Étant donné le rôle majeur qu’elle joue dans l’espèce humaine, c’est la modalité sensorielle la mieux étudiée, même si certaines propriétés du système visuel restent encore à préciser.
77 Entre les croyances qui supposaient que le bébé naît aveugle ou à l’inverse que sa vision était proche de celle d’un adulte, les faits semblent se situer entre ces deux extrêmes.
78 Comme tous les autres sens, celui-ci est fonctionnel dès la naissance, bien que l’inachèvement de la maturation rende certaines fonctions absentes ou incomplètes, comme la poursuite oculaire qui s’effectue de manière saccadée : l’œil « saute » pour suivre un objet qui se déplace. Toutefois la fixation est possible. L’acuité visuelle est faible, elle augmente rapidement jusqu’à 6 mois. À 4 ans, elle est identique, voire meilleure que celle des adultes. La perception des couleurs semble présente dès la naissance et possède à 4 mois, les mêmes caractéristiques que celle des adultes (Streri, 1994).
79 Le bébé est particulièrement attiré par les stimuli complexes, contrastés, mobiles et brillants. A contrario, il s’endort quand on lui présente un champ vide et homogène. Il est également sensible à la symétrie. Ce dernier point a des conséquences évidentes pour la perception des visages, mais joue aussi un rôle dans la perception des objets, notamment pour la compréhension de la tridimensionnalité (Streri, 1994).
80 Les propriétés des stimuli les plus efficaces pour attirer l’attention de l’enfant correspondent de manière privilégiée à celles du visage humain. De nombreuses recherches montrent la préférence pour le visage humain, quand on propose à l’enfant le choix entre un visage normal et un visage dans lequel les éléments sont placés de manière aberrante.
81 À la naissance, la reconnaissance des visages s’appuie sur les contours et notamment ceux de la chevelure. Le port d’un foulard, qui masque la limite front-cheveux, empêche la reconnaissance du visage maternel. À deux mois, la reconnaissance d’un visage familier s’appuie sur la configuration interne des traits (de Schonen et Livet, 1999). Mais des progrès restent encore à accomplir : reconnaître un visage sous un angle nouveau, avec des accessoires inconnus…
82 Les stratégies d’exploration visuelle semblent préprogrammées et procèdent, comme chez l’adulte, par fixation des angles, des frontières et saccades horizontales (Trevarthen et alii, 1975).
83 L’enfant semble disposer très précocement de la capacité à discriminer et à identifier les formes.
84 Bower (1978) souligne l’importance des capacités d’attention, et leur évolution, dans l’organisation perceptive. Ainsi, pour preuve « l’augmentation progressive du nombre d’éléments du visage nécessaires pour susciter le sourire » (p. 103).
85 Seuls les yeux sont nécessaires au début, mais, vers 24 semaines, la bouche largement étirée de l’adulte est nécessaire, puis l’enfant se concentrera sur l’expression faciale avec différenciation progressive des visages (30 semaines).
86 Certaines compétences visuelles vont se développer au cours de la première année, favorisant aussi bien l’exploration du monde environnant que la complexité des échanges avec autrui (élargissement du champ visuel, capture rapide d’un stimulus pour l’amener dans la région fovéale, poursuites oculaires rapides et complexes…).
2.6. Les coordinations sensorielles
87 L’enfant naît avec un ensemble de coordinations intersensorielles, qui ne sont pas encore toutes élucidées par les chercheurs.
88 Le réflexe d’orientation, c’est-à-dire le fait de tourner la tête et les yeux dans la direction d’une stimulation sonore, est l’exemple le plus évident d’une de ces coordinations, qui semble exister in utero (Haith, 1980, cité in Streri, 1994). Cette coordination a la particularité d’évoluer sous forme de courbe en U entre la naissance et 6 mois. La fréquence des réponses passe de 100 % à 45 % à 3 mois, pour atteindre de nouveau 100 % à 6 mois (Muir et Hains, 2000). Ce phénomène est concomitant avec l’augmentation significative du sourire social, c’est-à-dire, déclenché beaucoup plus par la vue d’un visage humain que par la voix.
89 Les relations intermodales favorisent une meilleure connaissance du monde extérieur : reconnaissance visuelle d’un objet perçu tactilement par exemple. La plupart des stimuli, qu’ils soient physiques ou humains, sont généralement susceptibles d’être appréhendés par plusieurs sens. La traduction d’informations sous différentes formes sensorielles permet une appréhension plus complète des objets ou des personnes et ainsi en accélère l’identification.
90 Les relations entre la vision et l’audition qui se construisent au cours des premiers mois de la vie assurent au bébé une cohérence dans les événements qu’il rencontre. C’est ainsi que les émotions sont perçues à travers ces deux modalités sensorielles. Si on présente à des bébés de 5 et 7 mois, une femme qui parle tristement et une femme qui parle gaiement, ils préfèrent regarder la personne dont la voix est cohérente avec l’événement filmé (Walker-Andrews, cité in Streri, 1999).
91 Pour la reconnaissance d’autrui, il est indispensable de faire référence à l’intermodalité sensorielle. Comme le souligne Lécuyer (1989), si la personne humaine, et en particulier le visage, constitue un des stimuli les plus attractifs pour le bébé, c’est qu’il permet une prise de connaissance multimodale. On l’a vu précédemment, autrui est reconnu par l’odeur, la voix, le toucher et la vue (grâce au mouvement). Cette diversité des registres en jeu favorise une différenciation et une reconnaissance précoce des partenaires. C’est elle aussi qui permet dès l’âge de cinq semaines la discrimination entre les objets et les personnes : les premiers suscitent surtout des regards, tandis que les secondes déclenchent sourires et vocalisations.
92 En conclusion, la mise en œuvre dès la naissance de modalités sensorielles et de signaux constitue la base indispensable à l’établissement de tout échange avec autrui. L’ensemble des travaux récents indique qu’il y a une étroite correspondance entre les propriétés de l’humain et celles des modalités sensorielles : « Parce qu’ils rassemblent les caractéristiques structurales auxquelles l’équipement sensoriel et nerveux du nourrisson est particulièrement sensible, le visage, la voix humaine et sans doute l’odeur du lait humain, rencontrent chez le bébé des conditions privilégiées de réception » (Decerf, 1987).
Résumé
L’équipement neurologique de base s’exprime à travers les caractéristiques toniques et posturales, le tempérament et le niveau de vigilance. Il conditionne la nature des échanges avec l’adulte : les manifestations du bébé constituent des indices pour les interventions de l’adulte. De plus, si l’on peut décrire un équipement commun pour tous les enfants, on observe des différences interindividuelles importantes aussi bien dans le tonus, que la vigilance et le tempérament. Ces différences sont responsables de l’organisation spécifique des échanges avec autrui dans la mesure où l’adulte ne réagit pas de la même manière à tous les types d’enfants.
Les modalités sensorielles jouent un rôle central dans la connaissance du monde extérieur et en particulier dans la connaissance des partenaires humains. La sensibilité gustative constitue un bon exemple de la transformation d’un réflexe en une action volontaire ayant un objectif de communication.
Date de mise en ligne : 24/03/2026