14 : Résistances africaines aux stratégies musulmanes de la France en Afrique occidentale (région soudano-voltaïque)
Pages 283 à 299
Citer ce chapitre
- JONCKERS, Danielle,
- LUIZARD, Pierre-Jean,
- Jonckers, Danielle.
- Jonckers, D.
- P. Luizard
https://doi.org/10.3917/dec.luiza.2006.01.0283
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- Jonckers, D.
- P. Luizard
- Jonckers, Danielle.
- JONCKERS, Danielle,
- LUIZARD, Pierre-Jean,
https://doi.org/10.3917/dec.luiza.2006.01.0283
Notes
-
[1]
Le qualificatif dyula s’applique à des marchands ouest-africains, généralement musulmans, spécialisés dans le commerce caravanier à longue distance, mais aussi à des guerriers ou des lettrés. Les Dyula, dans leurs déplacements, côtoient Africains, Arabes ou Européens et contribuent à faire circuler l’information sur le monde. Ils parlent dyula, idiome véhiculaire en Afrique de l’Ouest. Ils jouent un rôle important dans l’ajustement aux différents pouvoirs étatiques, esclavagistes ou colonial. Ils peuvent être réellement associés à la violence de ceux-ci ou en être la représentation.
-
[2]
Jusqu’à ce décret, les droits de citoyenneté étaient réservés aux seuls habitants de quatre communes côtières du Sénégal (Gorée, Saint-Louis, Rufisque et Dakar). Ceux-ci bénéficiaient, en principe, des droits universels masculins de 1789, bien qu’ils n’aient été mis en pratique qu’à partir de 1872 avec la IIIe République, qui s’engagera, par la suite, dans une politique d’expansion coloniale. Les citoyens de ces communes conserveront leurs droits. Nombre d’entre eux combinent alors identité musulmane et citoyenneté française et contribuent, de ce fait, à l’établissement du gouvernement colonial. D’autres, par la suite, combattent pour étendre les droits de citoyenneté à l’ensemble de l’Afrique occidentale française. Notamment Blaise Diagne, le premier député africain élu à l’Assemblée nationale en 1914 [Robinson, 2004, p. 161-192]. Le décret de 1946 supprime la justice indigène qui relevait de l’administrateur et interdit le recours au travail forcé, ainsi qu’aux réquisitions de biens dans les colonies, appelées dorénavant Territoires. Ceux-ci sont dotés d’une Assemblé élue au suffrage universel. Mais la citoyenneté n’est cependant pas intégrale dans la mesure où chaque circonscription électorale a deux députés, un Africain et un Blanc, alors que, proportionnellement, ce dernier ne représente que quelques centaines d’élus, appartenant essentiellement à des milieux d’affaires. Rares sont en effet les Européens établis en Afrique de l’Ouest. Cette dualité raciale ne sera abolie des collèges électoraux qu’en 1956, lorsque la Constitution déclare les territoires d’outre-mer partie intégrante de la France. Désormais, chaque territoire disposera d’une Assemblée dotée d’un pouvoir législatif et d’un gouvernement semi-autonome.
La France, forte de son expérience en Afrique du Nord, se lance
dans la conquête et l’administration de l’Afrique de l’Ouest à partir de
1850. Elle s’affirme alors comme puissance musulmane face à ses
rivaux européens dans la compétition coloniale. Si elle obtient la collaboration de personnalités et de confréries musulmanes sénégalaises,
elle rencontre également des oppositions, et son expansion vers l’est,
relève, elle, de la guerre. Sa domination à l’aide d’auxiliaires
musulmans se heurte à des résistances armées, particulièrement dans
une région correspondant, selon les frontières actuelles, aux confins de
la République du Mali, du Burkina Faso et de la Côte-d’Ivoire où les
non-musulmans sont majoritaires à cette époque. Les résistances de ces
derniers, bien que ne portant pas sur des questions religieuses,
s’avèrent révélatrices de l’usage du religieux dans les stratégies
coloniales de la France. Cette zone se distingue d’un point de vue
politique dans la mesure où le pouvoir, non centralisé, repose sur des
relations d’alliances et d’oppositions qui s’inscrivent dans des rapports
de force modulables au niveau local, régional et par rapport aux grands
États ouest-africains.
Orientalistes et ethnographes vont contribuer à forger des représentations religieuses qui s’écartent de ces réalités. Elles seront islamophiles ou non selon les nécessités de l’ordre colonial ou des enjeux
internationaux qui déterminent les options religieuses de la France.
Ma contribution repose sur la mémoire orale des réalités telles
qu’elles furent vécues, récoltée en Afrique, les publications d’historiens
et d’anthropologues et les archives coloniales consultées à Dakar
[ANS], Bamako [ANM] et Vincennes [SHAT]…
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