13 : Politiques musulmanes de la France en Afrique subsaharienne à l'époque coloniale
Pages 271 à 282
Citer ce chapitre
- TRIAUD, Jean-Louis,
- LUIZARD, Pierre-Jean,
- Triaud, Jean-Louis.
- Triaud, J.-L.
- P. Luizard
https://doi.org/10.3917/dec.luiza.2006.01.0271
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- Triaud, J.-L.
- P. Luizard
- Triaud, Jean-Louis.
- TRIAUD, Jean-Louis,
- LUIZARD, Pierre-Jean,
https://doi.org/10.3917/dec.luiza.2006.01.0271
Notes
-
[1]
« Loin de partir en guerre contre l’islam, nous devons nous en servir, nous devons faire notre profit des progrès sociaux qu’il a apportés parmi les peuplades fétichistes… L’ennemi, le seul, le vrai, c’est le fétichisme » [Villamur et Richaud, 1903, p. 151]. Cet ouvrage autorisé exprime clairement le point de vue d’une administration en zone forestière. Un fonctionnaire du ministère des Colonies systématise un peu plus tard, avec une rhétorique évolutionniste, cette « préférence » islamique : « La propagande musulmane est un pas vers la civilisation en Afrique occidentale, et il est universellement reconnu que les peuples musulmans de ces régions sont supérieurs aux peuplades demeurées fétichistes pour ce qui concerne l’organisation sociale » [Quellien, 1910, p. 100].
-
[2]
Voir les lettres de soutien de personnalités musulmanes collectées par l’administration et publiées dans la Revue du monde musulman (1915) : « Les Musulmans français et la guerre ».
-
[3]
L’expression est de nous, mais elle illustre bien, nous semble-t-il, les idées et les tendances d’un tel discours.
-
[4]
Sur la politique musulmane française au Sénégal, en Sénégambie et en Mauritanie, on consultera avec profit Robinson et Tourneux [2004].
-
[5]
Nous avons parlé ailleurs d’un « arc maraboutique » qui déborde cependant le Sénégal et mène de Shaikh Sidiyya Baba, au Trarza (sud-ouest de la Mauritanie) à Shaikh Fanta Madi, à Kankan (Guinée). Ces deux figures représentent, hors du Sénégal, des pôles charismatiques du même type.
Y eut-il une politique musulmane de la France en Afrique subsaharienne ? C’est là une vieille question qui n’a jamais reçu de réponse
claire, si grande fut toujours la distance entre les déclarations de
principe et les pratiques locales. Du moins peut-on distinguer des
tendances, des périodes, des acteurs.
La présence de l’islam, en Afrique de l’Ouest au sud du Sahara,
aussi ancienne fût-elle en certains points, en particulier en Afrique
soudano-sahélienne, a le plus souvent été perçue par l’administration
comme une source potentielle de connivences avec le monde arabe.
Que des lettrés lisent et écrivent dans une langue inconnue, prélèvent
des dons des fidèles et partent en voyage vers d’autres centres
musulmans ou vers le Proche-Orient, cela constituait une menace pour
le contrôle colonial. À l’égard de l’islam, il y a donc d’abord, dans l’administration coloniale française, des attitudes et des réflexes défensifs.
Les musulmans ne constituaient pas tant, à cet égard, une minorité
religieuse, parfois majoritaire dans certaines zones, qu’une « cinquième
colonne » en puissance, porteuse d’idées potentiellement subversives
venues du monde arabe. La politique musulmane de la France au sud
du Sahara fut donc toujours, peu ou prou, imprégnée par une théorie du
complot. Elle s’accompagna donc de pratiques de surveillance
constantes : surveillance des notables, des leaders, des agitateurs
présumés. Telle est la place qu’occupent les musulmans dans un
système de représentation colonial global et relativement stable…
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