Chapitre 9. La politique de la vérité
- Par Vincent Duclert
Pages 187 à 203
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- Duclert, V.
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Notes
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[1]
[454]. Voir la notice consacrée à Pierre Vidal-Naquet par l’hélléniste Claude Mossé dans le Dictionnaire des intellectuels français, op. cit., p. 1158-1159.
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[2]
[455]. Pierre Vidal-Naquet, L’Affaire Audin, Paris, Éditions de Minuit, 1958. Nous utilisons ici la réédition augmentée de 1989, L’Affaire Audin (1957-1978), 192 p. Sur l’histoire des Éditions de Minuit avant la période de la guerre d’Algérie, voir la thèse d’Anne Simonin, Les Éditions de Minuit. 1942-1955, op. cit.
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[3]
[456]. Il s’agissait à l’époque, selon la dénomination officielle, des « événements d’Algérie ».
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[4]
[457]. « Mon premier travail publié d’historien, fut, en collaboration avec Georges Dupreux, ma contribution au volume des Œuvres de Léon Blum (Albin Michel, Paris, 1957) consacré à la Naissance de la Quatrième République » (Pierre Vidal-Naquet, Face à la raison d’État. Un historien dans la guerre d’Algérie, Paris, La Découverte, coll. « Essais », 1989, p. 11, note 7). Notons que François Furet a été le principal collaborateur de Robert Verdier pour le cinquième volume (1947-1950). Une génération d’historiens s’est ici confrontée à l’édition critique, comme plus tard une autre génération avec le Journal du septennat de Vincent Auriol (Paris, Armand Colin, 1970-1980).
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[5]
[458]. « Essai sur quelques aspects de l’expérience temporelle des Grecs », Revue de l’histoire des religions, janvier-mars 1960, p. 55-80. Ce premier article, écrit en 1957 à partir du mémoire du Diplôme d’Études supérieures, a été repris dans le Chasseur noir sous le titre : « Temps des dieux et temps des hommes » (Paris, Maspero, coll. « Textes à l’appui », 1981, p. 69-94).
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[6]
[459]. Pierre Vidal-Naquet, « Une fidélité têtue. La résistance française à la guerre d’Algérie » [conférence prononcée aux universités de Turku, Helsinki et Uppsala en 1985 et publiée en 1986 dans la revue Vingtième siècle. Revue d’histoire], réédité in Pierre Vidal-Naquet, Face à la raison d’État, op. cit., p. 45.
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[7]
[460]. Voir les articles de Madeleine Rebérioux, « Histoire, historiens et dreyfusisme », art. cit., et de Bertrand Joly, « L’École des Chartes et l’affaire Dreyfus », Bibliothèque de l’École des Chartes, 1989, p. 611-671.
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[8]
[461]. Voir l’introduction, p. 9.
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[9]
[462]. L’Affaire Audin (1957-1978), op. cit., p. 37-38.
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[10]
[463]. Voir Michel Crouzet, « La bataille des intellectuels français », La Nef, n° 12-13, octobre 1962-janvier 1963, p. 46-65.
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[11]
[464]. Les Éditions de Minuit, les Éditions Maspero et, dans une moindre mesure, Le Seuil, Julliard. Sur le Seuil et Minuit, voir Anne Simonin, « Les Éditions de Minuit et les Éditions du Seuil. Deux stratégies éditoriales face à la guerre d’Algérie », La guerre d’Algérie et les intellectuels français (Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli, dir.), Bruxelles, Complexe, coll. « Questions au xxe siècle », 1991, p. 219-245.
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[12]
[465]. Le Monde, Libération, Esprit, Témoignage Chrétien, France-Observateur, l’Express.
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[13]
[466]. L’Affaire Audin (1957-1978), op. cit., p. 165.
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[14]
[467]. Le témoignage du docteur Hadjadj, cité par Pierre Vidal-Naquet (ibid., p. 81-82), donne à penser que Maurice Audin a été horriblement torturé.
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[15]
[468]. Face à la raison d’État, op. cit., p. 9.
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[16]
[469]. « Poursuivre d’un même mouvement des recherches portant à la fois sur le monde des formes littéraires, sur le mouvement historique proprement dit, et sur des questions philosophiques. » (ibid. p. 8).
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[17]
[470]. Ibid.
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[18]
[471]. Ensuite, son intérêt se renforce. Pierre Vidal-Naquet prend parti, dans la crise de 1962, pour le moins dogmatique et le plus démocrate des nationalistes, Mohammed Boudiaf ; il ne cessera ensuite de se pencher sur l’Algérie indépendante et d’en souligner les tendances dictatoriales, le généralisation de la torture (en 1965, en 1988) et le meurtre d’État (l’affaire Mécili) (voir Pierre Vidal-Naquet, Face à la raison d’État, op. cit., et L’Affaire Audin, op. cit.).
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[19]
[472]. C’est le titre de l’introduction de Face à la raison d’État, et le sous-titre du livre.
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[20]
[473]. Face à la raison d’État, op. cit., p. 9.
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[21]
[474]. Ibid., p. 10.
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[22]
[475]. L’Affaire Audin (1957-1978), op. cit., p. 44.
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[23]
[476]. « Oui, quelle est l’institution qui reste debout ? Il n’en est plus qu’une : c’est la France elle-même. Un moment, elle a été surprise, mais elle se ressaisit et même si tous les flambeaux officiels s’éteignent, son clair bon sens peut encore dissiper la nuit. C’est elle et elle seule qui fera la révision. J’entends par là que tous les organes légaux, la Cour de cassation, les conseils de guerre, sont incapables désormais de la vérité complète, si la conscience française n’exige pas chaque jour toute la vérité. Voilà pourquoi, bien loin de désarmer aujourd’hui, les citoyens qui ont entrepris le combat contre les violences et les fraudes de la justice militaire doivent redoubler d’efforts pour éclairer le pays. » Jean Jaurès, Les Preuves (Paris, éditions de la Petite République, 1898, p. VI).
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[24]
[477]. « L’Histoire socialiste n’était pas une histoire “partielle”, ajoute Pierre Vidal-Naquet, c’était même juste le contraire, ce n’était pas non plus une histoire partiale. François Furet le faisait remarquer récemment : c’est à Jaurès “improbable défenseur de la vieille monarchie” qu’on doit le plus beau plaidoyer qui ait été écrit pour le Roi en procès, plaidoyer rédigé dans l’esprit de Mirabeau et fort différent de ceux que prononcèrent les avocats de Louis XVI. » (Face à la raison d’État, op. cit., p. 10-11).
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[25]
[478]. « Dans le même temps [où Pierre Vidal-Naquet écrivait l’Affaire Audin], Jean Bruhat et Madeleine Rebérioux font connaître la réflexion et l’action de Jaurès sur la question coloniale », précise Jean-Pierre Rioux (« La guerre d’Algérie dans l’histoire des intellectuels français », La guerre d’Algérie et les intellectuels français, op. cit., p. 53, note 6).
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[26]
[479]. Madeleine Rebérioux, « Préface », in Jean Jaurès, Les Preuves. L’affaire Dreyfus [1898], rééd. Paris, Le Signe, 1981, p. II.
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[27]
[480]. Voir la notice d’Alain Monchablon, Dictionnaire des intellectuels français, op. cit., p. 946-947.
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[28]
[481]. Face à la raison d’État, op. cit., p. 11.
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[29]
[482]. Voir Pierre Vidal-Naquet, Mémoires 1. La brisure et l’attente 1930-1955, op. cit.
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[30]
[483]. Face à la raison d’État, op. cit., p. 11.
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[31]
[484]. Ibid. p. 59. Pierre Vidal-Naquet précise néanmoins : les trois courants passaient fréquemment au sein de « chacun d’entre nous. C’est Jérôme Lindon qui était le plus “français”, le plus dreyfusard » (entretien de l’auteur avec Pierre Vidal-Naquet, 29 novembre 1996).
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[32]
[485]. Pierre Vidal-Naquet a contribué de manière importante à l’histoire de l’affaire Dreyfus et à l’analyse critique de cette histoire. Voir notamment son étude, « Dreyfus dans l’Affaire et dans l’histoire » (in Cinq années de ma vie, Paris, La Découverte, 1994, p. 5-45), et préface à Joseph Reinach, Histoire de l’affaire Dreyfus, nouvelle édition établie par Hervé Duchêne, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », tome 1, p. I-III (« Immortelle Affaire ») et sa dernière conférence, publiée in Vincent Duclert et Perrine Simon-Nahum (dir.), Les événements fondateurs de l’affaire Dreyfus, Paris, Armand Colin, coll. « U », 2009, p. 276-282 (« Mes affaires Dreyfus »).
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[33]
[486]. L’Affaire Audin (1957-1978), op. cit., p. 31-32.
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[34]
[487]. Face à la raison d’État, op. cit., p. 22.
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[35]
[488]. Voir Robert Gauthier, Dreyfusards !, Paris, Gallimard-Julliard, coll. « Archives », 1965, 274 p.
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[36]
[489]. L’Affaire Audin (1957-1978), op. cit., p. 45.
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[37]
[490]. « Les efforts de milliers de Français pour que resurgissent enfin, des sables où l’on avait commencé de les enfouir, ces contradictions et ces invraisemblances – les seules traces qui nous restent encore de l’assassinat de Maurice Audin. » (ibid., p. 118).
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[38]
[491]. Face à la raison d’État, op. cit., p. 17.
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[39]
[492]. Pierre Vidal-Naquet, La torture dans la République. Essai d’histoire et de politique contemporaines (1954-1962), Paris, La Découverte, 1983, 202 p. (premières éditions : Torture: Cancer of Democraty, Harmondsworth, Penguin Books, 1963 – Lo Stato di Tortura, Bari, Laterza, 1963 – Éditions de Minuit, 1972).
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[40]
[493]. Ibid., p. 7.
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[41]
[494]. « L’Athènes classique réservait la torture aux esclaves – leur témoignage n’avait de valeur dans les procès criminels que s’ils avaient été torturés – et, dans certains cas, aux métèques […]. C’est à l’empire romain, principalement dans sa phase ultime, totalitaire, que revint de codifier la torture comme instrument de défense de l’État dans sa « majesté» » (ibid., p. 10-11).
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[42]
[495]. La dernière édition est de 1983, aux éditions La Découverte.
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[43]
[496]. La torture dans la République, op. cit., p. 9.
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[44]
[497]. Ibid., p. 21.
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[45]
[498]. Cité in L’Affaire Audin, op. cit., p. 58. Sur Laurent Schwartz, voir la notice que lui consacre Jean-François Picard dans le Dictionnaire des intellectuels français (op. cit., p. 1037-1039).
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[46]
[499]. L’Affaire Audin (1957-1978), op. cit., p. 54-57.
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[47]
[500]. Ibid., p. 33.
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[48]
[501]. Ibid., p. 31.
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[49]
[502]. Cette « libre expression » lui valut une perquisition policière à son domicile (voir Olivier Dumoulin, « Henri-Irénée Marrou », Dictionnaire des intellectuels français, op. cit., p. 750).
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[50]
[503]. Hervé Hamon et Patrick Rotman, Les porteurs de valises. La résistance française à la guerre d’Algérie, préface de Pierre Vidal-Naquet, Paris, Le Seuil, coll. « Points-Histoire », 1982, p. 72-73.
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[51]
[504]. Lettre du 15 août 1957 : « Qu’est devenu Maurice Audin ? » Une lettre d’Aubel, professeur honoraire à la faculté des sciences, est également publiée ; elle souligne que Maurice Audin allait devenir, à vingt-cinq ans, « l’un des plus jeunes docteurs ès sciences de France ».
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[52]
[505]. « Les universitaires sont dispersés au mois d’août. Peu d’entre eux pourtant, j’imagine, sont indifférents au sort de notre collègue M. Audin, assistant à la faculté des sciences d’Alger. J’ai lu dans Le Monde la lettre angoissée de sa femme. Je ne connais pas M. Audin, j’ignore ce qui lui est reproché. Mais de la lettre de Mme Audin, une phrase me déchire : “J’ai la certitude absolue, écrit-elle, que mon mari a été torturé”. Une telle affirmation ne peut tomber dans le silence, elle demande plus que les inquiétudes chuchotées. Rien, aucun argument, aucune finasserie, ne peut être mis en balance avec la souffrance d’un homme supplicié. » (Le Monde, 15 août 1957).
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[53]
[506]. L’Affaire Audin (1957-1978), op. cit., p. 28.
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[54]
[507]. Le Monde, 20 août 1957.
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[55]
[508]. Cette pétition se présente sous la forme habile d’une lettre au ministre de l’Éducation nationale, responsable administratif de Maurice Audin. Le texte paraît dans Le Monde du 10 septembre 1957. Le quotidien précise qu’il a déjà été signé par trente universitaires dont sept professeurs de faculté ; le 18 septembre, ce sont quatre-vingts noms dont neuf professeurs en titre qui se sont déclarés. « Les universitaires soussignés, très inquiets du sort tragiquement incertain de leur collègue Audin, assistant à la faculté des sciences d’Alger, et partageant l’angoisse de sa famille, se tournent respectueusement vers vous, Monsieur le ministre, pour vous dire leur douloureuse stupeur d’apprendre qu’un assistant de faculté, mathématicien de grand avenir, a pu ainsi disparaître depuis le 12 juin sans avoir été présenté à l’autorité judiciaire, et qu’on ait parlé pour lui de tortures subies par lui. Ils souhaitent qu’une enquête sérieuse soit faite sur cette affaire et espèrent, Monsieur le ministre, que vous voudrez bien user de toute votre autorité pour susciter celle-ci. »
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[56]
[509]. Ces caractères expliquent pourquoi ces protestations individuelles et collectives ont eu peu d’échos auprès des historiens, des intellectuels. Jean-François Sirinelli, auteur d’un ouvrage sur les grandes pétitions d’intellectuels (Intellectuels et passions françaises. Manifestes et pétitions au xxe siècle, Paris, Fayard, coll. « Nouvelles études historiques », 1990, 366 p.), ne retient pas celle de Crouzet-Montagnier. Est-ce en raison de son caractère en apparence peu politisé et la marque de l’engagement scientifique ? Les structures de cette mobilisation intellectuelle – dont on mesure maintenant l’impact sur la formation des intellectuels français contemporains – restent peu étudiées. On en a un exemple avec l’absence de notice sur le Comité Maurice Audin dans le Dictionnaire des intellectuels ; or, cette organisation, qui ne limitera pas son rôle à la défense du jeune mathématicien, a forgé des thèmes et une pratique qui expliquent la seconde phase, mieux connue, de l’engagement intellectuel pendant la guerre d’Algérie, à partir de 1959. L’intérêt du groupe Audin ou des protestations individuelles de l’été 1957 fut d’élargir le groupe des intellectuels sur lequel fonctionne habituellement l’histoire intellectuelle.
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[57]
[510]. Le Monde, 3 décembre 1957
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[58]
[511]. L’Affaire Audin (1957-1978), op. cit., p. 34.
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[59]
[512]. Ibid., p. 36-37.
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[60]
[513]. Dès l’été 1957, Pierre Vidal-Naquet avait proposé ce projet à Josette Audin : « Il faut faire une brochure ! » (entretien de l’auteur avec Pierre Vidal-Naquet, 29 novembre 1996).
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[61]
[514]. L’Affaire Audin (1957-1978), op. cit., p. 49.
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[62]
[515]. Ibid., p. 47. Pour les textes de ces déclarations, voir Témoignages et documents, juin 1958, n° 4.
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[63]
[516]. Article publié dans Voies nouvelles et repris dans Les Grecs sans miracle, Paris, La Découverte, 1983.
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[64]
[517]. « La thèse du comité Audin ne résiste guère à un examen objectif et minutieux. C’est un véritable abus de confiance. » (Georges Ras, La Voix du Nord, 20 janvier 1960).
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[65]
[518]. Cité in L’Affaire Audin (1957-1978), op. cit., p. 178.
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[66]
[519]. Pierre Vidal-Naquet ou Madeleine Rebérioux ont toujours été hostiles aux pratiques visant à confier à la justice le soin de légiférer en matière d’histoire. Cela équivaut à transformer une vérité scientifique en vérité d’État. Ce que recherchent précisément les négationnistes : il est bien plus facile et efficace d’opposer une vérité idéologique à une autre que de répondre – que de ne pas pouvoir répondre – à des arguments d’ordre scientifique.
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[67]
[520]. Voir Sylvie Thénault, Une drôle de justice. Les magistrats dans la guerre d’Algérie, préface de Jean-Jacques Becker, postface de Pierre Vidal-Naquet, Paris, La Découverte, coll. « L’espace de l’histoire », 2001, 347 p.
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[68]
[521]. Madeleine Rebérioux, « Préface », in Charles Victor-Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux études historiques [1898], rééd. Paris, Kimé, 1992, p. 13.
Pierre Vidal-Naquet, jeune agrégé d’histoire, s’est engagé[454] dans la guerre d’Algérie en démontrant, dans un livre paru le 12 mai 1958 aux Éditions de Minuit[455], que Maurice Audin, jeune assistant de mathématiques à la faculté des sciences de l’université d’Alger et militant communiste, arrêté par l’armée dans la nuit du 11 au 12 juin, puis, selon la version officielle, échappé de la jeep qui assurait son transfert et « disparu » le 21 juin 1957, était en réalité décédé entre les mains des parachutistes français. La mort sans jugement dans une guerre qui ne disait pas son nom[456] révélait la dérive de la légalité et des libertés publiques. La torture appliquée à grande échelle par l’armée française en Algérie exprimait le choix de la raison d’État à laquelle avaient consenti les plus hautes autorités civiles et militaires de la République. Ce choix, ou cette acceptation, signifiait la mort de la République sur laquelle Pierre Vidal-Naquet travaillait aussi en historien[457]. Dès cette époque, il s’orientait pourtant vers l’histoire grecque ; ses premiers travaux en la matière parurent quelques années plus tard[458]. Ce n’était pas pour autant un renoncement à l’histoire politique et à l’histoire contemporaine, la suite le montrera amplement. L’Affaire Audin ne se séparait pas non plus de l’histoire, comme l’exposa son auteur en 1985 en évoquant l’unité d’un engagement : « Historien de vocation et de métier, j’ai vécu et combattu la guerre d’Algérie. J’ai tenté de la combattre en historien…
Date de mise en ligne : 26/09/2025
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