I. La terre
- Par Fernand Braudel
Pages 7 à 38
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- BRAUDEL, Fernand,
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- Braudel, F.
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Sur une carte du monde, la Méditerranée est une simple coupure de l’écorce terrestre, un fuseau étroit, allongé de Gibraltar jusqu’à l’isthme de Suez et à la mer Rouge. Cassures, failles, effondrements, plissements tertiaires ont créé des fosses liquides très profondes et, face à leurs abîmes, par contrecoup, d’interminables guirlandes de montagnes jeunes, très hautes, aux formes vives. Une fosse de 4 600 mètres se creuse près du cap Matapan, de quoi noyer à l’aise la plus haute cime de Grèce, les 2 985 mètres du mont Olympe.
Ces montagnes pénètrent la mer, l’étranglent parfois jusqu’à la réduire à un simple couloir d’eau salée : ainsi à Gibraltar, ainsi dans les bouches de Bonifacio, ainsi dans le détroit de Messine avec les gouffres tournoyants de Charybde et Scylla, ainsi au long des Dardanelles et du Bosphore. Ce n’est plus la mer, mais des rivières, voire de simples portes marines.Ces portes, ces détroits et ces montagnes donnent son articulation à l’espace liquide. Elles y découpent des patries autonomes : la mer Noire ; la mer Égée ; l’Adriatique, qui a été longtemps la propriété des Vénitiens ; la beaucoup plus vaste Tyrrhénienne. Et à ce découpage de la mer en une série de bassins correspond, comme son image inversée, le découpage des terres en continents particuliers : la péninsule des Balkans, l’Asie Mineure, l’Italie, l’ensemble ibérique, l’Afrique du Nord.
Toutefois, dans ce dessin d’ensemble, se détache une ligne majeure, essentielle pour comprendre le passé de la mer, depuis l’époque des colonisations grecques et phéniciennes jusqu’aux temps modernes…
Date de mise en ligne : 13/05/2026
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