10. A la recherche du « modèle » universitaire français
Pages 435 à 462
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- CHARLE, Christophe,
- Charle, Christophe.
- Charle, C.
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Notes
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[1]
Cette idée explique la fascination des auteurs anglo-saxons pour l’étude de cette partie de l’enseignement supérieur français : cf. Terry Shinn, Savoir scientifique et Pouvoir social, l’École polytechnique 1794-1914, Paris, Presses de la FNSP, 1980 ; R. J. Smith, The École normale supérieure in the Third Republic, op. cit., ou, pour cette vision corporative de la société française, Ezra N. Suleiman, Les Élites en France, grands corps et grandes écoles, Paris, Éd. du Seuil, 1979.
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[2]
Cf. Marie-Christine Kessler, Les Grands Corps de l’État, Paris, Presses de la FNSP, 1986.
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[3]
Le premier et le deuxième thème par exemple peuvent trouver leur source chez Tocqueville et Taine, le troisième chez Guizot. La tendance actuelle d’une certaine historiographie fondée sur l’exégèse révérente de ces grands hommes a l’inconvénient majeur d’oublier combien leur pensée, comme celle des « petits idéologues », est tout autant contaminée par l’essayisme et les préjugés communs de leur temps. L’analyse décapante de la rhétorique réactionnaire, telle que la pratique Albert O. Hirschman (Deux Siècles de rhétorique réactionnaire, trad. française, Paris, Fayard, 1991), permet de remettre leurs thèses en perspective. Sur l’aveuglement des « tocquevilliens » français à l’égard de leur héros, cf. Steven L. Kaplan, Adieu 89, Paris, Fayard, 1993, p. 753-755.
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[4]
Cf. C. Charle, « Savoir durer : la nationalisation de l’École libre des sciences politiques (1936-1945) », Actes de la recherche en sciences sociales, 86-87, mars 1991, p. 99-105.
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[5]
Émile Boutmy, Quelques idées sur la création d’une faculté libre d’enseignement supérieur, Paris, Imprimerie Laîné, 25 février 1871, p. 14-15 ; Dominique Dammame, Histoire des sciences morales et politiques et de leur enseignement des Lumières au scientisme, thèse d’État de science politique, université de Paris-I, 1982, 2 vol. dactyl., et son article, « Genèse sociale d’une institution scolaire, l’École libre des sciences politiques », Actes de la recherche en sciences sociales, 70, novembre 1987, p. 31-46 ; Pierre Favre, Naissances de la science politique, en France 1871-1914, Paris, Fayard, 1989, chap. 1 ; Fondation nationale des sciences politiques : Archives de l’École libre : 1 SP 29, procès-verbal de l’assemblée générale du 28 avril 1872 (toutes les cotes d’archives citées ici renverront désormais à ce fonds).
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[6]
Ce nom aberrant par rapport au projet s’explique par l’impossibilité d’utiliser le terme faculté avant la loi de liberté de l’enseignement supérieur. La dénomination de l’École pratique des hautes études, autre établissement d’enseignement supérieur créé contre le modèle des facultés, se caractérise par la même incongruité, mais a pu servir de précédent à cet emploi atypique du terme école réservé jusqu’alors aux écoles spéciales du gouvernement. Dans son texte initial, Boutmy parlait d’ailleurs, dans le titre de la brochure citée à la note précédente, de « faculté » et s’est rabattu sur « école » pour les motifs juridiques précédemment énoncés.
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[7]
Cf. Jean Estèbe, Les Ministres de la République, Paris, Presses de la FNSP, 1982 ; C. Charle, « Méritocratie et profession juridique : les secrétaires de la conférence du stage des avocats de Paris, une étude des promotions 1860-70 et 1879-89 », Paedagogica historica, art. cit., et Gilles Le Béguec, « L’aristocratie du barreau vivier pour la République. Les secrétaires de la conférence du stage », Vingtième Siècle-revue d’histoire, n° 30, avril-juin 1991, p. 22-31.
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[8]
V. Wright, « L’ENA de 1848, un échec révélateur, » Revue historique, janvier-février 1973, p. 21-42 ; Guy Thuillier, L’ENA avant l’ENA, Paris, PUF, 1983.
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[9]
H. Taine, « Fondation de l’École libre des sciences politiques » (1872), repris dans Derniers Essais de critique et d’histoire, Paris, Hachette, 1894, p. 77-98.
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[10]
La référence de cette lettre est la même que celle du passage de Taine placé en exergue de ce chapitre.
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[11]
H. Taine, art. cit., note 9.
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[12]
E. Boutmy, loc. cit. Ce programme d’aggiornamento des classes dirigeantes va beaucoup plus loin que celui des mentors de Boutmy, Taine et Renan, qui, dans leurs réflexions politiques de la même époque, optent encore, sans trop y croire toutefois, l’un pour un suffrage à deux degrés, l’autre pour une restauration de la monarchie et d’une forme de noblesse (cf. H. Taine, Du suffrage universel et de la manière de voter, Paris, Hachette, 1872, ainsi que E. Renan, La Réforme intellectuelle et morale, Paris, C.-Lévy, 1871).
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[13]
Ce dernier tire de ses impressions de voyage un volume publié au moment de la fondation de l’École (Notes sur l’Angleterre, Paris, Hachette, 1872) et observe de près la vie universitaire anglaise à Oxford lors de conférences qu’il y donne en mai-juin 1871 : « ils [les étudiants] ont ici, outre le canotage, l’exercice de volontaires et tous les jeux athlétiques, des Debating Societies, comme la conférence Molé, où l’on se prépare aux affaires publiques en discutant toutes les questions politiques » (Oxford, 26 mai 1871, lettre à sa femme, in H. Taine, Sa vie et sa correspondance, Paris, Hachette, 1905, t. 3, p. 130). On voit ici l’une des sources des « conférences » de l’École libre.
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[14]
Archives de l’École libre, 1 SP 29, procès-verbal de l’assemblée générale du 20 janvier 1872, intervention de M. de Champlouis.
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[15]
Archives de l’École libre, l SP 51 dossier 2, sous-dossier B, rapport d’Émile Boutmy à l’assemblée générale du 6 février 1879.
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[16]
Rapport d’É. Boutmy à l’assemblée générale du 6 février 1879, cité par P. Favre, op. cit., p. 39-40, note 1.
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[17]
Cf. N. Carré de Malberg, « Le recrutement des inspecteurs des finances de 1892 à 1946 », Vingtième Siècle-revue d’histoire, n° 30, avril-juin 1991, p. 22-31.
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[18]
Les données fournies par R. J. Smith sur l’origine sociale des élèves de l’entre-deux-guerres mettent en évidence cette ouverture sociale. Elles reposent cependant sur des bases statistiques peu fiables du fait des contraintes des règlements d’archives à l’époque où la recherche a été menée. Sur 165 élèves dont il a retrouvé l’origine sociale pour la période 1920-1937, on compte par exemple 7,3 % de fils d’employés (contre 1,9 % pour la période d’avant-guerre). Globalement, la petite bourgeoisie voit sa part augmenter de 16,8 à 24,2 % du total. Les statistiques établies par l’École en 1944-1945, à des fins de défense contre les attaques de l’extrême gauche, confirment ces proportions alors que les circonstances troublées devraient plutôt accentuer la sélection sociale (cf. graphique). J’en donne une analyse plus détaillée dans « Savoir durer, la nationalisation de l’École libre des sciences politiques », art. cit., p. 103.
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[19]
Archives de l’École libre, 1 SP 66.
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[20]
Les biais sont de trois types : déficit dû à la non-adhésion ; rapport plus ou moins distant à l’institution des élèves qui ont ou n’ont pas suivi d’autres cursus ; caractère incomplet des renseignements fournis par les intéressés. Au début, une majorité d’anciens élèves ne précise pas de profession ou ne cite qu’un titre universitaire, ce qui peut s’interpréter de trois façons : situation effective de rentier, étudiants encore jeunes qui n’ont pas fixé leur choix, négligence ou pudeur à révéler un métier moins noble. Les statistiques fournies plus bas éliminent ces cas dont la part varie dans le temps, ce qui biaise indirectement les résultats.
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[21]
L’IEP d’aujourd’hui, comme le révèlent l’enquête de Gérard Vincent ou un sondage dans l’annuaire des anciens élèves de 1957, confirme et accentue ces tendances et ce, contrairement au stéréotype de Sciences-Po, comme unique berceau de « l’énarchie ». La part du secteur privé passe de 40,8 % en 1957, à 49,5 % en 1975. Enfin, d’après les données officielles de l’Institut en 1988, 65 % des élèves s’orientent vers les entreprises (ce dernier chiffre incluant, à la différence des précédents, les cadres du secteur public) (sources : Annuaire des anciens élèves de l’IEP des années citées et G. Vincent, Sciences-Po, histoire d’une réussite, Paris, O. Orban, 1988, p. 399-400). Pour plus de détails, cf. C. Charle, « Entre l’élite et le pouvoir », Le Débat, n° 64, mars-avril 1991, p. 104-105.
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[22]
Cf. chap. 6 et 9.
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[23]
Cf. chap. 7 et 6.
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[24]
J.-F. Picard, La République des savants, op. cit.; Harry W. Paul, From Knowledge to Power, op. cit.; D. Pestre, Physique et Physiciens en France, op. cit.
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[25]
Pierre Radvanyi et Monique Bordry, « Genèse très contrastée de la Société Kaiser-Wilhelm (1911) et du CNRS », Cahiers pour l’histoire du CNRS, 3, 1989, p. 59-71 ; R. Vierhaus et B. vom Brocke, « Forschung im Spannungsfeld von Politik und Gesellschaft », op. cit. Sans doute, aujourd’hui, cette catégorie existe-t-elle en Allemagne, mais elle n’a toujours pas le prestige attaché à la fonction professorale, les plus reconnus des chercheurs obtenant des titres professoraux particuliers (Honorar-professor par exemple).
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[26]
Brigitte Mazon, Fondations américaines et Sciences sociales. Aux origines de la Vle section de l’École pratique des hautes études, op. cit.
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[27]
Robert Wohl, The Generation of 1914, Londres, Weidenfeld et Nicholson, 1980, met bien en évidence, notamment au chapitre 1, la fonction sociale de l’idée de génération dans la vie intellectuelle française. Sur les principes de fonctionnement du champ intellectuel français, cf. P. Bourdieu, Les Règles de l’art, Paris, Éd. du Seuil, 1992 ; C. Charle, Naissance des « intellectuels », op. cit., et R. Ponton, Le Champ littéraire de 1865 à 1905, thèse 3e cycle, Paris, EHESS, 1977.
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[28]
Nicole et Jean Dhombres, Naissance d’un nouveau pouvoir : sciences et savants en France, 1793-1824, Paris, Payot, 1989.
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[29]
Cf. les travaux cités de Robert Fox, Mary-Jo Nye ou certaines de mes études sur des universitaires innovateurs dans Les Élites de la République, op. cit., et le livre à paraître d’Anne-Marie Moulin sur l’Institut Pasteur.
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[30]
Cf. C. Charle, « Le personnel dirigeant du CNRS (1937-1966) », Cahiers pour l’histoire du CNRS, n° 4, 1989, p. 7-44.
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[31]
Cette domination symbolique apparaît aussi dans le fait que les nouveaux établissements tentent de devenir de véritables universités, ainsi, en Allemagne, les Technische Hochschulen érigées en Technische Universitäten.
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[32]
Si les données établies à propos de chaque faculté dans la deuxième partie illustrent pour la Troisième République cette observation, les multiples réformes postérieures à mai 1968 et les réactions contradictoires qu’elles ont suscitées au sein du milieu universitaire justifient l’usage ici fait d’un présent historique intemporel.
Pour dégager la logique profonde du modèle universitaire français, il faut adopter une approche dans le temps long de la période envisagée et resituer les universités dans l’espace plus large des autres établissements d’enseignement supérieur. Ceux-ci, on l’a vu à plusieurs occasions, conditionnent largement les capacités d’évolution des universités par les novations qu’on y expérimente – et qu’on transfère parfois dans les facultés – mais aussi manifestent directement ou indirectement les zones critiques du système dans son entier. L’étude d’un cas typique d’innovation externe, celui de l’École libre des sciences politiques, choisi pour son extériorité maximale, va permettre de dégager les éléments essentiels nécessaires à l’évolution de l’enseignement supérieur français. Confrontés aux conclusions du chapitre précédent sur la crise des facultés et comparés à d’autres cas d’innovation, ces facteurs dynamiques permettront de dégager la logique profonde du « modèle » français, différente de celle communément admise.
Pour rendre compte du contraste entre les projets réformateurs, quel que soit le domaine de leur action, et leur impuissance à entrer totalement dans la réalité sociale, de multiples essais ou études ont proposé une explication de type culturaliste revenant avec diverses variantes à un tropisme national dominant. Ce tropisme peut se définir par trois composantes :
1) L’élitisme social au fondement des grandes écoles affaiblit en retour les universités classiques…
Date de mise en ligne : 27/09/2022
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