Chapitre d’ouvrage

Chapitre II. Le Temps des troubles. Phase dynastique (1598-1606)

Pages 65 à 88

Citer ce chapitre


  • Berelowitch, A.
(2014). Chapitre II. Le Temps des troubles. Phase dynastique (1598-1606) La Hiérarchie des égaux : La noblesse russe d'Ancien Régime (XVIe-XVIIe siècles) (p. 65-88). Le Seuil. https://shs.cairn.info/la-hierarchie-des-egaux-la-noblesse-russe-d-ancien-regime-xvie-xviie-siecles--9782020300063-page-65?lang=fr.

  • Berelowitch, André.
« Chapitre II. Le Temps des troubles. Phase dynastique (1598-1606) ». La Hiérarchie des égaux La noblesse russe d'Ancien Régime (XVIe-XVIIe siècles) Le Seuil, 2014. p.65-88. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/la-hierarchie-des-egaux-la-noblesse-russe-d-ancien-regime-xvie-xviie-siecles--9782020300063-page-65?lang=fr.

  • BERELOWITCH, André,
2014. Chapitre II. Le Temps des troubles. Phase dynastique (1598-1606) In : La Hiérarchie des égaux La noblesse russe d'Ancien Régime (XVIe-XVIIe siècles) Paris : Le Seuil. L'Univers historique, p.65-88. URL : https://shs.cairn.info/la-hierarchie-des-egaux-la-noblesse-russe-d-ancien-regime-xvie-xviie-siecles--9782020300063-page-65?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Les Luttes de classes en France (1848-1850), trad. française, P., 1948, p. 33. Le texte allemand a paru, sous la forme de quatre articles, dans la Nouvelle Gazette rhénane, entre mars et novembre 1850.
  • [2]
    Perrie, Pretenders, p. 137.
  • [3]
    Platonov, Očerki Smuty, n’a pas été remplacé. Plus récemment : R. G. Skrynnikov, The Time of Troubles : Russia in Crisis, 1604-1618, Gulf Breeze, 1988, et, du même auteur, Boris Godunov, Gulf Breeze, 1982 ; Perrie, Pretenders.
  • [4]
    Giles Fletcher, Of the Russe Commonwealth, Londres, 1591, dans Rude and Barbarous, p. 239.
  • [5]
    Traduit d’après : Job, Histoire de la vie du tsar Fedor Ioannovič, dans PLDR [9], p. 74-129, ici p. 78, 80 (écrite toutefois avant 1604).
  • [6]
    Après le règne d’Ivan le Terrible, « Dieu prit son peuple en pitié », écrit le prince Simon Šaxovskoj en 1626, « et lui accorda une période de prospérité » (PLDR [9], p. 360).
  • [7]
    Rude and Barbarous, p. 357-358, 361.
  • [8]
    Parmi les historiens contemporains, A. Zimin conclut à la culpabilité de Boris Godunov (V kanun groznyx potrjasenij, M., 1986, p. 153-182), R. Skrynnikov admet son innocence, notamment dans Boris Godunov. Voir Perrie, Pretenders, p. 17-21.
  • [9]
    Voir tableau 9 : 1 156 personnes en 1589 (les listes de 1598 sont incomplètes).
  • [10]
    Čerepnin, Zemskie sobory, p. 133-149.
  • [11]
    A. P. Pavlov, « K voprosu o xaraktere predstavitel‘stva na Zemskom Sobore 1598 », Mél. Kobrin, p. 145-147.
  • [12]
    « Inoe skazanie » (Autre récit), narration anonyme du Temps des troubles, traduite d’après RIB, t. 13, col. 13. C’est une compilation, achevée probablement vers le milieu du xviie siècle, qui associe des textes d’origines et de dates diverses. Le fragment cité ici a été rédigé par un partisan des princes Šujskij (SKKDR, t. III/2, p. 47-52).
  • [13]
    Rurik est le fondateur légendaire de la Russie, dont tous les princes souverains de la Russie médiévale étaient censés être les descendants. La branche aînée des princes de Suzdal‘ avait pris le nom de Šujskij, parce qu’ils régnaient sur la petite ville de Šuja, en Russie du Nord-Est.
  • [14]
    Traduit de l’allemand d’après Konrad Bussow, Moskovskaja xronika 1584-1613. Verwirrter Zustand des Russischen Reichs, M., 1961 [éd. bilingue], p. 206. Trad. anglaise par G. E. Orchard : Conrad Bussow, The Disturbed State of the Russian Realm, Montréal, 1994, p. 10-11. Le mot « ordre » traduit ici l’allemand Stand, dont le pluriel Stände correspond au terme français « les états » (les états généraux, les états de Languedoc ou de Bretagne).
  • [15]
    Bussow écrit « Gubernator », bon équivalent du pravitel‘ des documents officiels moscovites (Skrynnikov, Boris Godunov, M., 1978 [en russe], p. 88). Horsey l’appelle « lord protector » (Rude and Barbarous, p. 307, mais dès 1584, ce qui une erreur). L’idée est toujours la même : un souverain sans le titre qui dirige de fait le pays.
  • [16]
    Entré au service de Boris Godunov en 1601, il n’a pu le faire que de seconde main.
  • [17]
    Oresme (« la puissance du roi doit être moindre que celle de toute la multitude ou de la plus vaillante [meilleure] partie ») et Laurent d’Espagne, qui affirme que l’empereur, contrairement au pape, tient son pouvoir du peuple, et peut donc être déposé par lui, vont cependant beaucoup plus loin que les textes russes, qui se bornent à sous-entendre, de façon voilée, une prépondérance de la « multitude » sur « la plus vaillante partie » (J. H. Burns, Histoire de la pensée politique médiévale, 350-1450, trad. fr. J. Ménard, P., 1993, p. 533, 425).
  • [18]
    Cf. W. G. Contius, « Profane Kausalität oder Göttliches Handeln in der Geschichte. Zum Geschichtsbild in den Erzählenden Quellen der Smuta », FOG 18 (1973), p. 169-186.
  • [19]
    AAE, II, nº 7, p. 16-54. Trad. anglaise partielle dans Source Book, p. 153-154.
  • [20]
    Cf. Brown, Supernatural, p. 143.
  • [21]
    Basile Šujskij deviendra tsar (1606-1610), Théodore Romanov, patriarche de Russie sous le nom de Philarète (1619-1633), est le père de Michel Romanov, premier souverain de la dynastie.
  • [22]
    E. Le Roy Ladurie, Histoire du climat depuis l’an mil, vol. II, Paris, 1983.
  • [23]
    Cf. Peter Clark, The European Crisis of the 1590s. Essays in Comparative History, Londres, 1985. C. Dunning mentionne le facteur climatique parmi les causes possibles du Temps des troubles, mais tend à le minimiser, au profit du modèle, néo-malthusien et peu convaincant, de Jack Goldstone (C. Dunning, « Crisis, Conjuncture, and the Causes of the Time of Troubles », HKR, XIX, p. 97-119, ici p. 116 sq.).
  • [24]
    Cf. ZA I, nº 49, p. 67-69, mandement du 3 novembre 1601 à Sol‘ Vyčegodskaja.
  • [25]
    Margeret, f. 33.
  • [26]
    Parce que les biens confisqués aux grands seigneurs que Boris Godunov a fait injustement condamner (ici, les Romanov) sont allés grossir le trésor impérial. Cf. Ecclésiastique 34, 18-20 ; les libations macabres semblent dues toutefois à l’imagination de Palicyn.
  • [27]
    Margeret, f. 33 v°.
  • [28]
    Palicyn, Skazanie, p. 106-107 ; édit du 1er février 1606 : « Que ce paysan vive, dans ce cas, sur le domaine de celui qui l’a nourri en temps de disette, et que le plaignant soit débouté ; puisqu’il n’a pas su nourrir son serf pendant les années de famine, qu’il ne vienne pas le poursuivre aujourd’hui » (ZA I, nº 55, p. 74).
  • [29]
    Perrie, Pretenders, p. 31-32.
  • [30]
    Un raisonnement analogue avait cours dans la Chine ancienne. Des catastrophes naturelles, les défaites militaires, ou le renversement d’un empereur étaient la preuve que celui-ci avait perdu « le Mandat du Ciel » : « Toute rébellion rend manifeste la décadence de la Vertu Royale » (M. Granet, La Féodalité chinoise, P., 1981, p. 104).
  • [31]
    Perrie, Pretenders, chapitre 1 et 2 ; Bercé, Le Roi caché, chapitre ii.
  • [32]
    Proclamation de novembre 1604, AAE, II, nº 26, p. 76. Trad. allemande partielle dans Gitermann, 1, p. 453.
  • [33]
    L’ouvrage, imprimé à Ostrog en 1594, a été retrouvé en 1851 dans la bibliothèque d’un couvent (Perrie, Pretenders, p. 49, fac simile p. 44).
  • [34]
    Chronique de Barkulabovo, PSRL, 32, p. 188.
  • [35]
    Ibid., p. 190 ; E. P. Borisenkov, V. M. Paseckij, Êkstremal‘nye prirodnye javlenija v russkix letopisjax, XI-XVII vv., M., 1983, p. 106-108.
  • [36]
    Perrie, Pretenders, p. 65-67.
  • [37]
    R. Skrynnikov, Social‘no-političeskaja bor‘ba v Russkom gosudarstve v načale XVII veka, L., 1985, p. 244-247, 249-253.
  • [38]
    Belokurov, Zapisi, p. 199-200. Ordre de préséance, voir chapitre x.
  • [39]
    Belokurov, loc. cit. ; affaire nº 916.
  • [40]
    C’est le sens littéral du mot smuta, que nous traduisons par « troubles » dans l’expression « Temps des troubles », et qu’emploient couramment les sources du xviie siècle : l’époque est « trouble » à la façon d’un liquide qui perd de sa transparence parce qu’il a été violemment agité.
  • [41]
    Tacite, Histoires, livre II, chapitres viii-ix (faux Néron) et lxxii (faux Scribonianus).
  • [42]
    S’ils veulent entrer au service du tsar, ils doivent être baptisés une seconde fois, devenant ainsi membres de l’Église orthodoxe.
  • [43]
    « Il n’y a point de Moscovite, de quelque condition ou qualité qu’il puisse être, qui ne dorme après dîner ; ce qui fait que sur le midi l’on trouve quasi toutes les boutiques fermées […]. Ce fut une des marques qui leur fit reconnaître la fourberie du faux Demetrius […]. Cet imposteur ne dormait point après le dîner » (Olearius, p. 167).
  • [44]
    Voir A. Besançon, Le Tsarévitch assassiné, P., 1967.
  • [45]
    Voir Y.-M. Bercé, Le Roi caché, p. 111, citant une source contemporaine : « Ils mirent sur son ventre une représentation obscène et d’une grandeur énorme, qu’ils avaient, disaient-ils, trouvée dans l’appartement de ses concubines. » Les débauches du Faux Dimitri, auxquelles pourvoyait Michel Molčanov, sont bien attestées par ailleurs.
  • [46]
    Cf. Olearius, p. 241-242 : « L’on en use ainsi particulièrement avec ceux qu’ils appellent les Chaldéens. Ce sont des hommes de néant, qui obtiennent du Patriarche la permission de se masquer, et de courir les rues, depuis le 18 décembre jusqu’aux Rois […]. On les met au nombre des païens et des infidèles, de sorte qu’étant en état d’être infailliblement damnés, il faut nécessairement les réconcilier avec Dieu, et les faire rentrer dans l’Église par le baptême. »
  • [47]
    N. I. Kostomarov, Smutnoe vremja Moskovskogo gosudarstva v načale XVII stoletija. 1604-1613, St-P., 1904 ; réimpr. M., 1994, p. 164.
  • [48]
    Perrie, Pretenders, p. 99-101.
  • [49]
    Cf. Ervin C. Brody, The Demetrius Legend and its Literary Treatment in the Age of the Baroque, Rutherford (New Jersey), 1972.
  • [50]
    Perrie, Pretenders, p. 104.
  • [51]
    AAE, II, nº 44, p. 100, trad. anglaise partielle dans Source Book, p. 186-187, trad. allemande partielle dans Gitermann, p. 457-458 ; Purchas, vol. XIV, p. 184-196, ici p. 186 (lettre à Jacques Ier d’Angleterre, 4 juin 1606).
  • [52]
    La Chronique dite « de Piskarev » fut compilée à la fin du xviie siècle, mais utilise, semble-t-il, le récit d’un témoin des événements (SKKDR, t. III/2, p. 269-274).
  • [53]
    Voir Čerepnin, Zemskie sobory, p. 151-154.
  • [54]
    Entre l’accusé et ses accusateurs ; AAE, II, nº 44/II, p. 102.
  • [55]
    Accord du 4 février 1610, avec Sigismond III : AZR, 4, nº 180, p. 314-317, trad. anglaise : B. Dmytryshyn, Medieval Russia : a Source Book (850-1700), 3e éd., Fort Worth, 1991, nº 58, p. 375-378. Accord du 17 août 1610 : SGGD, II, nº 199, p. 391-399 (engagement de l’hetman Źołkiewski), trad. latine : Purchas, XIV, p. 231-243 ; ibid., nº 200, p. 399-405 (engagement des grands seigneurs russes), trad. anglaise partielle Source Book, p. 194-195.
  • [56]
    Y.-M. Bercé, Le Roi caché, p. 390-393.
  • [57]
    S. P. Mordovina, A. L. Stanislavskij, « Smolenskaja krestoprivodnaja kniga 1 598 g. », Istočniki po istorii russkogo jazyka, M., 1976, p. 131-166.
  • [58]
    Sbornik RIO, t. 142, p. 84, § VI.
  • [59]
    Akty, otnosjaščiesja k istorii Južnoj i Zapadnoj Rossii, t. 10, St-P., 1878, nº 5, col. 293.

Le Temps des troubles ne fut certes pas une révolution, au sens que les historiens donnent aujourd’hui à ce mot. Mais le bouleversement fut assez profond et assez durable pour susciter des phénomènes qui ne sont pas sans rappeler ceux que Marx observa en France pendant la révolution de 1848 :
Au lieu de quelques fractions seulement de la bourgeoisie, c’étaient toutes les classes de la société française qui se trouvaient soudain projetées dans l’orbite du pouvoir politique, contraintes de quitter les loges, le parterre et la galerie pour jouer en personne sur la scène révolutionnaire ! Avec la royauté constitutionnelle, disparaissaient également l’apparence d’un pouvoir public qui s’opposait arbitrairement à la société bourgeoise et toute la série de luttes secondaires qu’exige ce semblant de pouvoir !
À condition de remplacer « bourgeoisie » par « aristocratie », « révolutionnaire » par « politique », « royauté constitutionnelle » par « dynastie légitime », on peut admettre que les événements dont la Russie fut le théâtre, entre 1598 et 1613, ont eu, tout comme la révolution de 1848 en France, deux conséquences principales. D’une part, la clarification du jeu politique, par l’élimination des conflits secondaires, par exemple de la lutte récurrente pour le pouvoir entre les différentes factions de la cour, lutte qui passe progressivement à l’arrière-plan ; d’autre part, l’apparition sur la scène historique de forces sociales puissantes, habituellement dissimulées par l’unanimité de façade qui est la règle en Moscovie…


Date de mise en ligne : 06/09/2022

Ce chapitre est en accès conditionnel

Acheter cet ouvrage

26,40 €

480 pages, format électronique (HTML et feuilletage, par chapitre)
Membre d'une institution cliente ?