Chapitre VIII. Le statut personnel et sa signification
Pages 237 à 267
Citer ce chapitre
- BERELOWITCH, André,
- Berelowitch, André.
- Berelowitch, A.
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- Berelowitch, A.
- Berelowitch, André.
- BERELOWITCH, André,
Notes
-
[1]
Veyne, p. 19.
-
[2]
Stanislavskij 1976, p. 138.
-
[3]
BK 1616, p. 138.
-
[4]
Suxotin, p. 173, f. 49 et 50.
-
[5]
Voir note 2.
-
[6]
Lukičev 19802, p. 37.
-
[7]
Ibid., p. 38.
-
[8]
Voir chapitre v.
-
[9]
Opisanie MAMJu, t. 8, p. 33, 30, 21, 22.
-
[10]
Storožev, « Den‘gi s gorodom », Ênciklopedija Brokgauza-Êfrona, XIX, p. 415 a.
-
[11]
Krotov, p. 59, note 2.
-
[12]
AMG, I, nº 43, p. 77.
-
[13]
M. G. Krotov a identifié trois types de dizaines différentes, dont les structures varient selon le temps et le lieu (Krotov, p. 52).
-
[14]
Opisanie MAMJu, t. 8, p. 24-25.
-
[15]
Krotov, loc. cit.
-
[16]
Si l’on se place après la création du Choix, 3 grades, multipliés par 4 degrés d’ancienneté, puis par 11 montants de gages (de 14 à 4 roubles), ensuite par 6 superficies de terre, enfin par 3 échelons, donnent 2 376 catégories possibles. En fait, le nombre de cases disponibles est nettement moins élevé (sans doute de l’ordre du millier), car certains montants de gages, certaines superficies de terre, sont incompatibles avec des grades trop élevés, ou au contraire trop bas.
L’inégalité des rémunérations se traduit visuellement par une configuration en escalier tout à fait caractéristique (tableau 14, annexe 1).
Autres exemples d’échelles de rémunération dans : Novickij, annexe 3B, p. 148. -
[17]
Sources : Opisanie MAMJu, t. 8 (Kolomna 1577, p. 1-43 ; Rjažsk 1596, p. 436 ; Kažira 1621, p. 177-179) ; AMG, I (Perejaslavl‘-Zalesskij 1590, nº 33 ; Novgorod 1601, nº 40) ; AE 1972, p. 293-301 (Meščovsk, Opakov, Brjansk, 1584) ; Storožev, Tverskoe, III, p. 5-64 (Kašin 1622) ; SGGD, III, nº 59, p. 240-241 (Nižnij Novgorod, 1621) ; Zercalov 1895, p. 10-11 (Livny, 1627).
-
[18]
Elle ne se confond pas nécessairement avec les inégalités entre individus : deux nobles de lignage, de grade, de statut comparables pourraient être classés différemment, parce que l’un sert dans une ville importante, et l’autre dans une bourgade secondaire.
-
[19]
Chapitre vi.
-
[20]
Selon Krotov, p. 59, note 2, on ne les rencontre plus après 1610. On trouve cependant les « deniers révolus » sous la plume de Dimitri Mitkov, blessé à Smolensk (AMG, I, nº 557, p. 530 ; 1633) et sous celle d’un secrétaire (ibid., nº 718, p. 661 ; 1634).
-
[21]
Ainsi lors du tri des novices : cinq classes à Smolensk (1604) et à Nižnij Novgorod (1621/22), trois seulement à Roslavl‘ (SGGD, III, p. 240 ; Zercalov 1895, p. 4). Nettement postérieur : les cinq classes proposées pour Rostov (de 350 à 150 arpents) par le tsar Alexis (ZA I, nº 305, p. 210, 15 août 1645).
-
[22]
Cf. Ljutkina, Stol‘niki, p. 99 : dossiers des panetiers du patriarche.
-
[23]
Roždestvenskij, p. 248. Cf. Ljutkina, Stol‘niki, p. 106 : « Les exemples cités montrent que les critères d’attribution des appointements étaient loin d’être uniformes, c’est-à-dire qu’il n’existait pas de critère unique valable pour tous les panetiers. On tenait compte plutôt d’un ensemble de paramètres étroitement liés entre eux, tels que l’ascendance, la durée du service, et l’âge. »
-
[24]
D’après BK 1627, pour les appointements théoriques, et Švatčenko 1990 pour la fortune foncière réelle.
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[25]
Depuis 1616/17, en effet, la dotation foncière des panetiers, des gentilshommes de la Chambre et des gentilshommes de Moscou ne peut dépasser 1 000 arpents par sole (Zercalov 1900, p. 6 ; BK 1627, p. 67, f. 148 v° – 149 ; p. 68-69, f. 152 v°; p. 69, f. 154 v° – 155 ; p. 70, f. 157 v° – 158). À partir d’un certain degré d’ancienneté et de prestige, les panetiers atteignaient ce maximum, qu’ils ne pouvaient plus dépasser par la suite. C’est pourquoi on trouve, dans notre échantillon, 14 titulaires à 1 000 arpents, et 3 seulement à 450 arpents, qui constituaient la dotation minimale.
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[26]
Le calcul du coefficient de corrélation linéaire, que j’ai choisie de préférence à la corrélation logarithmique ou exponentielle (elle est moins nette encore dans ce cas) revient à substituer aux données réelles les valeurs résultant d’une équation du type y = ax + b. Si x représente le patrimoine de chaque panetier, et y sa dotation foncière, on obtient : y = 0,1 x + 621 arpents. La faiblesse du coefficient a (0,1) montre bien le peu d’influence du patrimoine sur les appointements. La valeur de b correspond au patrimoine modal des panetiers situés au bas de l’échelle.
-
[27]
Voir chapitre ier.
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[28]
BK 1627, p. 66, f. 144 v°.
-
[29]
Ibid., p. 36-37, f. 42 v°.
-
[30]
Ibid., p. 96, f. 266 v° – 267.
-
[31]
Zercalov 1900, p. 4.
-
[32]
Kotošixin, p. 97.
-
[33]
Elles servaient à la préparation des registres de la cour, cf. chapitre vi.
-
[34]
Lukičev 19802, p. 38.
-
[35]
D’où la locution française « au regard de », qui présente à peu près le même sens.
-
[36]
C’est le quatrième fils d’Alexandre, alors que Pierre est son sixième fils.
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[37]
Phénomène identique en province : des gentilshommes rattachés à la même ville, par ailleurs frères consanguins, sont inscrits dans les dizaines au sein de classes différentes (Pavlov, p. 97).
-
[38]
Cf. Roždestvenskij, p. 243-244, et les exemples cités par Suxotin, p. XVI, note 1.
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[39]
BK 1627, p. 28, f. 19 v° et p. 36, f. 41.
-
[40]
Ibid., p. 13.
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[41]
Défendeur dans l’affaire nº 1059. Voir ci-dessus, chapitre ier.
-
[42]
DR, I, 508.
-
[43]
Lobanov-Rostovskij, I, p. 337-339.
-
[44]
Le décompte des places, effectué suivant la règle en vigueur depuis le milieu du xvie siècle (voir chapitre ix), donne raison à Théodore : il est inférieur de douze places, et Boris de treize, à leur arrière grand-père commun, Basile Ivanovič.
-
[45]
Belokurov, Zapisi, p. 78, f. 308 v°, et non en 1605 (Crummey, Aristocrats, p. 179).
-
[46]
Voir chapitre ier, note 32.
-
[47]
Ibid.
-
[48]
Dokladnaja vypiska, p. 2 et 15.
-
[49]
BK 1616, p. 138 et 142.
-
[50]
Autrement dit, « la rage de classer » (Emmanuel Le Roy Ladurie, « Auprès du roi, la cour », Annales, janv.-févr. 1983, p. 21-41, ici p. 24).
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[51]
Le mot « distinguer » n’apparaît dans la langue russe qu’à l’extrême fin du xviie siècle. Il signifie en somme faire sortir du rang : « Distinguer, signifie encore Élever au dessus d’un autre » (Furetière, Dictionnaire). Or la quasi-absence de rémunérations identiques parmi les panetiers de 1627 montre bien que pour les Moscovites le rang, dans ce sens précis, n’existe pas : la cour du tsar n’est composée que de clans, eux-mêmes sujets à une différenciation interne, et d’individus.
-
[52]
« Divise pour régner ». À deux reprises au moins, Machiavel écrit précisément le contraire, dans Le Prince (« je ne crois pas que les divisions fassent jamais aucun bien », chapitre xx, § 4, trad. Christian Bec, P., 1987) et dans les Discours sur la première Décade de Tite-Live, livre III, chapitre xxvii.
-
[53]
Cf. Marc Raeff, The Origins of the Russian Intelligentsia, New York, 1966 : « […] les nobles [du xviiie siècle] restaient persuadés du caractère personnel et patriarcal des relations entre le tsar et ses sujets, du lien de nature familiale qui unissait le monarque à ses serviteurs » (p. 27).
-
[54]
C’est ainsi qu’on peut lire, dans le registre de subsistance du quartier de Vladimir, une note du 3 janvier 1613 : « il n’a pas amené de gentilshommes pour témoigner de ses anciens appointements », et dans celui du quartier de Galič : « il n’a pas présenté, depuis l’avènement du [présent] souverain, de mémoire pour obtenir la régularisation [de ses appointements] » (Suxotin, p. 54, f. 3, et p. 173, f. 50).
-
[55]
Voir chapitre vi.
-
[56]
Dumont, Homo, § 31, p. 91-92, et § 118, p. 294-297.
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[57]
« Nous admettrons que, toute idée de commandement étant laissée de côté, la perspective religieuse commande un classement des êtres selon leur degré de dignité » (ibid., p. 92).
-
[58]
Ou réelle parce que imaginaire. Cf. Claude Lefort : « C’est seulement si l’on se place hors de la société nuer [Soudan méridional], tel l’observateur étranger, Evans-Pritchard, qu’on peut considérer son intérêt pour le bétail comme une obsession, et distinguer le réel et l’imaginaire. Encore ce jugement est-il impossible à fonder […] car si l’on veut comprendre la société nuer absolument, il faut y pénétrer et concéder alors que les éléments apparemment d’ordre imaginaire sont les plus réels, en ce sens que ce sont eux qui fournissent aux hommes un cadre de référence permanent. La position d’étranger donne accès à la description, puisqu’aux yeux de celui-ci rien ne va de soi, mais elle interdit l’objectivation puisque les significations ne se gagnent qu’en circonscrivant un univers humain strictement singulier, au sein duquel elles se fondent comme réalité. Autant dire que ni de l’intérieur ni de l’extérieur l’aliénation nuer n’est décelable » (« L’aliénation comme concept sociologique », dans Les Formes de l’histoire. Essais d’anthropologie politique, P., 1978, p. 60).
-
[59]
C’est ce qu’on appelait en France le « département de la taille ».
-
[60]
A. Ernout, A. Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine, P., 1939.
-
[61]
Vasmer, « versta ».
-
[62]
D’où la verste russe (1,067 km).
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[63]
C’est l’hypothèse d’I. I. Sreznevskij, Materialy dlja slovarja drevnerusskogo jazyka, 3 vol., St-P., 1893-1903, reprod. M., 1956, I, col. 462-463. Le français « aligner » (en solde, par exemple) emploie exactement la même image.
-
[64]
Cf. Talcott Parsons : « La distinction de statuts entraîne et suppose l’égalité à l’intérieur de chaque satut » (cité par Dumont, Homo, p. 322). Un des sens du verbe verstat‘ est d’ailleurs « égaliser ».
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[65]
« Aller de pair avec quelqu’un », « être à sa hauteur », sens mieux rendu peut-être par l’expression américaine to measure up to somebody.
-
[66]
Classement des cadets de Rjazan‘, 1577, de Perejaslavl‘ Zalesskij et de Rjažsk, 1590, de Kažira, 1599, de Epifan‘, 1606 (AMG, I, nº 24, p. 38 ; nº 33, p. 61 ; nº 35, p. 62 ; nº 39, p. 64 ; nº 44, p. 78).
-
[67]
Et quelquefois par l’adjectif « pair » dans l’expression « de même versta ». Cf. Furetière, Dictionnaire : « Pair : Ressemblant, égal, qu’on peut comparer avec raison avec un autre ». « Parage : Vieux mot qui signifiait autrefois, Égalité de condition entre Nobles ».
-
[68]
AMG, I, nº 74, p. 111 (1614) ; nº 255, p. 269 (1629) ; nº 467, p. 432 (1632) ; nº 698, p. 638 (1634). Emplois proches : nº 351, p. 361 (1632) ; nº 555, p. 527 (1633) ; nº 648, p. 604 (1634).
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[69]
OAPP 1626, p. 119, f. 161-161 v°; OAPP 1673, p. 254, f. 522. Le terminus a quo résulte de la date de nomination des deux frères : 30 novembre 1610 pour Basile, 3 décembre pour Théodore (AZR, IV, nº 183, § dcxxii et dcxxxvii, p. 389 et 391).
-
[70]
Littéralement : « de qui chacun était-il le pair ? »
-
[71]
AMG, I, nº 44, p. 78.
-
[72]
AMG, I, nº 74, p. 111.
-
[73]
Intermédiaire, comme le nom l’indique, entre le rôle et le registre relié.
-
[74]
Les documents emploient souvent l’expression v primer. Proche encore du sens étymologique (merit‘, mesurer), elle ne signifie sans doute pas « à titre d’exemple », comme en russe contemporain, mais plutôt « pour prendre mesure ». C’est obrazec qui correspond le plus exactement, en moyen russe, à la notion d’exemple ; on le trouve d’ailleurs dans un contexte analogue (BK 1627, p. 42, f. 76).
-
[75]
Voir, sur ce point, et sur l’ensemble des opérations de classement, les explications lumineuses de Roždestvenskij, p. 287-301.
-
[76]
AMG, I, nº 44, p. 78.
-
[77]
Cf. C. Lefort, loc. cit.
-
[78]
Voir note 76. Dans un contexte plus ambigu, les instructions de Smolensk et Roslavl‘ en juillet 1604, reprises mot pour mot en novembre 1627 : «[…] pour ce qui est des novices qui vivent, seuls, sur les bénéfices de leurs pères défunts, si ces bénéfices sont de cinquante, et de cent cinquante, et de deux cents arpents, s’ils sont bien de leur personne et s’ils servent, il faut les classer selon ce qu’ils valent » (Zercalov 1895, p. 4, 8).
-
[79]
Publié dans VOIDR, XI, p. 24.
-
[80]
Ainsi, dans AMG, I, nº 255, p. 269, des nobles se plaignent du gouverneur André Solncov-Zasekin, qui voulait les obliger à porter son enseigne et les envoyait aux nouvelles à Pronsk.
-
[81]
Par exemple le 11 janvier 1628 : « Si des gens, de quelque grade qu’ils soient, réclament par voie de justice leurs paysans fugitifs, et déclarent dans leur plainte que les biens de ces paysans se montent à cinquante roubles et davantage, et si le tribunal ordonne de leur restituer ces paysans, doit-on leur faire restituer les biens conformément au montant indiqué dans la plainte, ou doit-on se contenter d’un montant forfaitaire ? » (ZA I, nº 169, § 6, p. 140).
-
[82]
Lixačev, D‘jaki, p. 419.
-
[83]
Pogodin, p. 269.
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[84]
Le Roy Ladurie, Saint-Simon, chapitre ier.
Tant qu’on les envisage de façon globale, les modalités de rémunération, en argent et en terre, de la noblesse moscovite peuvent être, à la rigueur, confondues avec les grilles contemporaines de salaires. Même si les gages ne sont pas toujours payés, même si une partie de la solde est en terre, n’y observe-t-on pas, comme dans nos modernes bureaucraties, des éventails de salaires qui peuvent s’élargir ou se refermer, des carrières plus ou moins prestigieuses dépendant du rang initial et des promotions à l’ancienneté ?
Les réalités sous-jacentes sont, comme j’ai essayé de le montrer, d’une tout autre nature, mais on ne s’en aperçoit qu’en passant outre aux apparences. Toute équivoque disparaît, en revanche, lorsqu’on aborde la question du statut individuel, qu’on pourrait résumer ainsi : en vertu de quels critères attribue-t-on, à tel noble précis, le montant de gages et la dotation foncière qui seront les siens ? Je me propose de mettre en évidence le caractère symbolique de la hiérarchie moscovite en étudiant tour à tour l’attribution des montants de gages (essentiellement dans la noblesse provinciale), celle des appointements en terre (où ce sont les panetiers de 1627 qui serviront d’exemple), enfin l’opération cruciale du « classement » des nouveaux venus dans le service.La gradation des gages à la cour, moins étudiée qu’en province, ne peut être ici que d’un faible secours. Les historiens ont toutefois remarqué des variations considérables à l’intérieur d’un même grade : par exemple, Stanislavskij a relevé, en 1573, des gages de 600 roubles versés au prince Ivan Mixajlovič Glinskij, premier garde du corps du tsar, donc vraisemblablement panetier, tandis que les frères Ovcyn, panetiers eux aussi, et attachés à la personne du souverain, ne recevaient que 5 roubles…
Date de mise en ligne : 06/09/2022
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