Introduction
Mangez-vous les uns les autres
- Par Jean-Marie Pelt
Pages 771 à 777
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- PELT, Jean-Marie,
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- Pelt, J.-M.
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En ce temps-là, dans les salons de l’Angleterre victorienne, on évoquait la haute figure de Charles Darwin. Il avait, disait-on, percé les ultimes secrets de la nature. Celle-ci était cruelle et favorisait toujours le plus fort. Y régnait la fameuse « loi de la jungle », cette jungle du sous-continent indien que les Anglais venaient d’annexer définitivement à la Couronne, en 1858, soit un an avant la publication du fameux ouvrage du savant sur le rôle, décisif à ses yeux, de la sélection naturelle dans les mécanismes de l’évolution.
En fait, l’oracle darwinien parvenait aux oreilles de ses contemporains par le truchement d’un fidèle compagnon du grand naturaliste, Thomas Henry Huxley. Huxley força le trait : alors que Darwin parlait de l’avantage dont bénéficiaient les êtres les mieux adaptés à leur milieu, et donc, pour cette raison, incontestablement les plus forts, Huxley insistait sur cette seconde proposition : les griffes et les crocs des carnivores étaient désormais considérés comme les sanglants symboles de la dure et inflexible loi de la nature. Au reste, ne savait-on pas depuis toujours que les êtres vivants se nourrissent les uns des autres ? « Mangez-vous les uns les autres » : telle est bien, résumée en une formule lapidaire, l’impitoyable relation que les prédateurs entretiennent avec leurs proies.
Le modèle darwinien de la nature ne tarda pas à être plaqué sur la société par les philosophes de son temps. Marx, qui vivait alors à Londres, a rencontré Darwin…
Date de mise en ligne : 10/04/2025
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