10. Œil de face et jambes de profil : les Égyptiens savaient-ils dessiner ?
- Par Florence Quentin
Pages 99 à 105
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- QUENTIN, Florence,
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Notes
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UMR 8167 « Orient & Méditerranée ».
Œil et poitrine de face, nez, hanches, jambes de profil : reconnaissable au premier regard, l’art égyptien déroute par son apparente naïveté qui évoque les dessins d’enfant. Ces représentations qui signent l’égyptianité témoignent-elles d’une incapacité à représenter une scène ou un personnage de manière réaliste pour notre regard habitué à la perspective ? Ou plutôt d’une tout autre approche ?
Depuis une quarantaine d’années, certains égyptologues sont revenus sur cette évaluation péjorative. En particulier Emma Brunner-Traut, qui a créé un néologisme qualifiant la manière égyptienne : l’aspective, c’est-à-dire une représentation qui choisit, pour rendre un objet en image, de le montrer sous son aspect le plus immédiatement identifiable et intelligible depuis les points de vue de spectateurs concurrents, situés l’un dans l’axe de l’image, et l’autre face à elle. Le canon égyptien choisit donc de figurer tous les aspects des personnages ; ils sont en quelque sorte représentés en miroir, plutôt que selon les lois de la perspective – un point de vue qui, dans l’approche de l’art occidental, correspond à la position du spectateur de l’image. Et auquel, depuis la Renaissance, nous sommes éduqués.
Si l’hiéroglyphe de l’œil humain est toujours dessiné de face par exemple – l’artiste doit aussi être un scribe et savoir tracer les signes –, il en est de même dans les scènes figurées, où il s’inscrit sur un visage de profil : le système iconographique égyptien combine donc frontalité et latéralité quand il traite du visage humain…
Date de mise en ligne : 28/03/2023
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