Incivilités
- Par Yves Rey-Herme
Pages 101 à 102
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- REY-HERME, Yves,
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- Rey-Herme, Y.
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1 Les habitants de nombreux quartiers prioritaires attendent un traitement efficace des incivilités, provoquées notamment par des groupes de jeunes et adultes en situation de squat. Parmi eux, certains sont posés et d’autres plus dangereux, roulant de manière inconsciente sur l’espace public et provoquant d’importantes nuisances sonores. D’autres jettent leurs détritus n’importe où. D’autres encore pissent dans des cages d’escaliers, ou dans des ascenseurs.
2 De cela, les habitants des quartiers sensibles se plaignent, quand ils ne sont pas tombés dans la résignation. Et ces incivilités parfois quotidiennes manquent souvent d’une réponse adaptée. Elles nourrissent les frustrations et provoquent le départ régulier des populations structurées qui en ont les moyens. Elles entrainent aussi l’exaspération de bien d’autres, excédés par ses dérives récurrentes.
3La mixité sociale en pâtit.
4 Pourtant, les usagers à l’origine de ces incivilités sont peu nombreux. Mais ils peuvent être tapageurs, frondeurs et marquer fortement les esprits, à cause de ces comportements sans gêne récurrents.
5 Or, on peut traiter ces situations, en organisant le passage quotidien en pied d’immeuble d’adultes positifs et reconnus par ce public. Ces référents sont globalement écoutés lorsqu’ils ont la confiance de la jeunesse concernée. Cela suppose souvent qu’ils aient grandi avec cette jeunesse écorchée. Qu’ils en connaissent bien les codes et les valeurs. Ils auront alors une réelle capacité de mise en confiance et d’interpellation. Ils sauront nourrir à la fois la considération et la fermeté dont cette jeunesse a un besoin vital.
6 Ainsi, par leur présence, par leurs mots quotidiens et par les valeurs qu’ils incarnent, ces adultes peuvent imprégner l’environnement de références positives et faire évoluer les comportements des publics « j’m’en-foutistes ».
7 Réussir ce pari suppose que les interventions de ces référents (bénévoles ou professionnels) ne se concentrent pas sur ce seul sujet. Car lorsqu’on porte sur ce public sensible un regard uniquement critique, il se replie. Ces intervenants doivent donc aussi passer du temps à dialoguer de manière informelle avec cette jeunesse. L’écouter et l’inciter quotidiennement à s’engager dans des projets (barbecues, sorties, formations, petits travaux rémunérés, etc.), aussi minimes soient-ils.
8 L’existence d’un corps de médiateurs solidement formés sur ce sujet serait bénéfique mais en période de contractions budgétaires, on pourra difficilement imaginer recruter de nombreux professionnels. Il faut donc envisager de mobiliser des habitants sur ce sujet. Pour ce faire, il s’agira de repérer puis réunir quelques adultes structurés et positifs et d’échanger avec eux sur l’intérêt d’une présence régulière, ferme et bienveillante en pied d’immeuble. Discuter avec eux de l’opportunité d’aller ainsi à la rencontre des jeunes ciblés et d’écouter leurs préoccupations, tout en leur faisant passer quelques messages. Profiter de ces échanges pour faire remonter les attentes, puis étudier ces dernières, avec l’aide d’un intervenant social chevronné.
9 Ce traitement est important, car les incivilités régulières et autres squats non régulés peuvent perturber tout un quartier pendant des années, nourrissant un sentiment d’impuissance publique et de rejet.
10 Notons enfin que l’intervention d’une police de proximité sera souvent utile, mais n’aura toujours qu’un effet ponctuel. Elle saura en effet disperser un regroupement gênant, ou interrompre une circulation bruyante. Mais sans traitement de fond, les incivilités reprendront dans l’heure qui suit, ou le lendemain.
11 Obtenir un résultat durable passera donc souvent par le lancement de ces dynamiques d’habitants mobilisés et formés, ainsi que par des professionnels chargés de les soutenir.
12 Questions / pistes d’action locale. Quel serait l’intérêt d’engager une réflexion collective sur les conditions d’un dialogue quotidien mobilisateur entre adultes positifs et jeunes aux comportements incivils ?
Date de mise en ligne : 01/10/2017