2. Quelle administration pour la nouvelle immigration coloniale ?
- Par Laurent Dornel
Pages 49 à 70
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Notes
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[a]
Le ministère de la Guerre compte ainsi huit directions et quatre sous-secrétariats d’État. Le SSEAM comprend à l’origine 3 bureaux et 17 sections. Sur ce point, les recherches récentes de Patrick Fridenson : « Albert Thomas et Louis Loucheur : organiser et rallier les producteurs », in Patrick Fridenson et Pascal Griset (dir.), L’Industrie dans la Grande Guerre, op. cit., p. 245-284.
-
[b]
Pierre Paul Famin, né en 1855, est entré au service à compter d’octobre 1874 comme élève à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Il passe pour un « charmant officier, […] énergique, discipliné ; instruit et travailleur, il sert bien et le goût du métier ». Entre 1882 et 1898, il participe à trois campagnes au Sénégal, en Cochinchine, au Tonkin et en Crête. Son ouvrage Au Tonkin (1895) est couronné par l’Académie des sciences morales et politiques. Il est directeur des Troupes coloniales au ministère de la Guerre du 3 octobre 1914 au 20 septembre 1917.
-
[3]
ANOM, DAM/5. Note du 26 décembre 1915.
-
[4]
Sur la notion d’« enrôlement des savoirs », voir Olivier Ihl, Martine Kaluszynski et Gilles Pollet (dir.), Les Sciences de gouvernement, Paris, Economica, 2003.
-
[5]
Marc-Olivier Baruch et Vincent Duclert (dir.), Serviteurs de l’État, op. cit., p. 8.
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[6]
François Buton, « Ce que nous apprend l’observation historique du travail administratif », in Jean-Michel Eymeri-Douzans et Geert Bouckaert (dir.), La France et ses administrations : un état des savoirs. France and its Public Administrations : a State of the Art, Bruxelles, Bruylant, 2013, p. 151-166.
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[7]
La gouvernementalité, concept théorisé par Michel Foucault notamment, se caractérise notamment par une rationalité nouvelle qui s’appuie sur des appareils spécifiques de gouvernement et un ensemble de savoirs ou de systèmes de connaissance. Elle s’articule avec des « techniques concrètes de cadrage des individus qui permettent de conduire à distance leurs conduites », voir Pierre Lascoumes et Patrick Le Galès, Gouverner par les instruments, op. cit., p. 13.
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[8]
SHD, 17N156. Note relative au fonctionnement du SOTC en France, 10 janvier 1916. « En résumé, le fonctionnement du nouveau service a été réalisé sans nécessité de crédits spéciaux, toutes les dépenses devant être supportées par les différents chapitres du Budget. » Néanmoins, précise Lucien Weil, le service finit par être doté d’un budget spécial, voir La Main-d’œuvre étrangère et coloniale pendant la guerre, op. cit., p. 24.
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[9]
ANOM, INDO/NF/225. « Les Indochinois en France », La Dépêche coloniale illustrée, numéro spécial publié par le Comité d’assistance aux travailleurs indochinois, 1918, p. 61-72, ici p. 61.
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[a]
En raison de la désorganisation productive engendrée par la mobilisation et de l’insuffisance des bureaux municipaux de placement, le ministère de l’Intérieur et le ministère du Travail et de la Prévoyance sociale créent conjointement, en octobre 1914, l’Office central de placement des chômeurs (et des réfugiés) (OCP). L’OCP prescrit par la suite la création d’offices départementaux de placement qui ne s’occupent que des ouvriers français. Voir Benjamin Jung, La Bataille du placement. Organiser et contrôler le marché du travail, France, 1880-1914, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017.
-
[11]
SHD, 7N497. N° 449-5/8, Au sujet des besoins de main-d’œuvre indigène, 28 février 1916.
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[12]
SHD, 17N156. Note relative au fonctionnement du Service d’organisation des travailleurs coloniaux en France, 10 janvier 1916.
-
[13]
Ibid.
-
[14]
Correspondance conservée dans SHD, GR7NN9-1049.
-
[15]
Instruction relative à la création d’un corps civil d’agents d’administration pour le cadre des groupements de travailleurs coloniaux, 9 février 1916, in Règlement du 30 mai 1918 sur l’organisation et l’administration du Service des travailleurs coloniaux, Paris, Imprimerie militaire Charles-Lavauzelle, 1918, p. 36-40.
-
[16]
SHD, GR7NN9-1049. Les citations suivantes proviennent de la même source.
-
[17]
SHD, 7N497.
-
[18]
Ibid. Note n° 46-5/8 du SOTC. Cet emplacement est identifié très vite au parc Chanot.
-
[a]
Il s’agit de préfabriqués en bois, d’usage multiple, très utilisés pendant toute la guerre comme casernements, bureaux, magasins, hangars, ateliers, salles d’opération, etc.
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[20]
Bertrand Nogaro et Lucien Weil, La Main-d’œuvre étrangère et coloniale pendant la guerre, op. cit., p. 20-21.
- [21]
-
[22]
SHD, 17N156. Note relative au fonctionnement du SOTC, 10 janvier 1916.
-
[23]
Ibid.
-
[24]
« L’hygiène au camp des travailleurs coloniaux », Le Midi colonial et maritime, 4 mai 1916, p. 3. Les citations suivantes proviennent de la même source.
-
[25]
Voir le rapport du député Pascal Ceccaldi chargé de mission pour l’examen des conditions de travail de la main-d’œuvre coloniale, cité par Mireille Le Van Ho, Des Vietnamiens dans la Grande Guerre, op. cit., p. 70.
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[a]
D’après Aliénor Cadiot, le camp de Sainte-Marthe, « prévu initialement pour le départ des troupes vers le Levant pendant la Première Guerre mondiale, sert provisoirement au rapatriement des soldats et travailleurs nord-africains après celle-ci. Finalement, son utilisation se pérennise et il est utilisé pour différents groupes de population ayant un lien avec les colonies jusqu’à l’armistice de 1940 où il sert de nouveau de lieu de concentration des soldats nord-africains avant rapatriement », voir Aliénor Cadiot, « Vichy et les Algériens. Indigènes civils musulmans algériens en France métropolitaine (1939-1944) », thèse, EHESS, 2020, p. 264.
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[b]
Le 1er juin 1920, on y dénombre près de 19 000 travailleurs. Ils sont encore près de 15 000 un mois plus tard, et 7 500 au 1er août. ANOM, 1slotfom4. Note sur l’organisation et le fonctionnement du Service du Contrôle général des tirailleurs et travailleurs indochinois au ministère des Colonies, 1923.
-
[28]
SHD, 6N149. Au sujet de la situation du dépôt des travailleurs coloniaux de Marseille, 23 mars 1918.
-
[29]
SHD, GR7NN9-1046. SOTC à EMA, 7 octobre 1916.
-
[30]
SHD, GR7NN9-1047. Note du SOTC au général commandant en chef les troupes de l’Afrique du Nord au sujet de la création de dépôts pour les travailleurs recrutés en Algérie, 15 mai 1916.
-
[31]
SHD, 17N156. Instruction sur le fonctionnement de dépôts…, op. cit., p. 10.
-
[32]
Ibid.
-
[a]
La région militaire est une division géographique du territoire français du temps de paix correspondant à une zone de conscription. Chaque région militaire dispose d’un quartier général : Tours pour la 9e, Nantes pour la 11e, Toulouse pour la 17e, Bordeaux pour la 18e, Limoges pour la 12e, Marseille pour la 15e, Béziers pour la 16e.
-
[34]
Ibid., p. 13. Sauf indications contraire, toutes les citations qui suivent proviennent de la même source.
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[35]
SHD, GR7NN9-1046. Main-d’œuvre indigène. Note pour l’EMA signée par Famin et Boschetti, 29 janvier 1916.
-
[a]
Fonds envoyés par les migrants dans leur pays d’origine, ce que nous appelons aujourd’hui les « remises ».
-
[37]
Pour un aperçu, voir en particulier SHD, 16N2440, 16N2450, 17N156, 17N157.
-
[38]
Règlement du 30 mai 1918, op. cit., 151 p. (Le « Service des travailleurs coloniaux » est en réalité le SOTC).
-
[39]
SHD, 17N156. Instructions relatives à l’emploi des mains-d’œuvre algérienne, tunisienne, marocaine, indochinoise et chinoise. Pour une analyse détaillée de ce corpus, voir Laurent Dornel, « Les usages du racialisme. Le cas de la main-d’œuvre coloniale en France pendant la Première Guerre mondiale », Genèses, n° 20, 1995 ; « Les travailleurs chinois vus par l’administration militaire française (1914-1918) : assignation, identification et représentations », in Li Ma (dir.), Les Travailleurs chinois en France dans la Première Guerre mondiale, Paris, CNRS Éditions, 2012, p. 265-284.
-
[40]
Emmanuelle Sibeud, « Une science coloniale inutile ? Pratiques anthropométriques et colonisation au début du xxe siècle », Les Carnets de Bérose, 2015, n° 7, p. 112-131.
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[41]
SHD, 7NN9-1046. N° 9365-5/8, Interdiction de la consommation du vin et de boissons spiritueuses, 20 avril 1917 (reprise de la circulaire du 3 avril 1917 signée par René Besnard, ANOM, Slotfom III, 125) et nombreuses circulaires dans SHD, 17N156. Carton 165, chemise « Travailleurs coloniaux – Chinois – sept. 1916-nov. 1918 ».
-
[42]
SHD, GR7NN9-1046. Circulaire n° 143 Ci/7, « Inhumation des travailleurs annamites et transmission des avis de décès concernant ces indigènes », 15 juin 1916,
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[43]
Martine Kaluszynski et Renaud Payre (dir.), Savoirs de gouvernement, Paris, Economica, 2013, p. 8.
-
[44]
Voir Alain Hennebicque, « Albert Thomas et le régime des usines de guerre, 1915-1917 », 1914-1918. L’Autre Front, études coordonnées par Patrick Fridenson, Cahiers du Mouvement social, n° 2, Paris, Les Éditions sociales, 1977, p. 111-144 ; Patrick Mortal, « Entre rationalisation et concertation : le contrôle de la main-d’œuvre et des entrepreneurs au temps de l’Union sacrée », in Laure Machu, Isabelle Lespinet-Moret et Vincent Viet (dir.), Mains-d’œuvre en guerre, 1914-1918, op. cit., p. 131-163.
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[45]
SHD, 7N161. Instruction ministérielle n° 3016-5/8, 29 juin 1916.
-
[a]
RAT : réserve de l’armée territoriale, c’est-à-dire les hommes âgés de quarante à quarante-cinq ans.
- [47]
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[48]
ANOM, 1Slotfom6.
-
[a]
Jules Bosc, né en 1871, est un ancien élève de l’École coloniale. Administrateur de 1re classe des Services civils en Indochine où il a fait l’essentiel de sa carrière, homme de confiance d’Albert Sarraut, il est nommé contrôleur général le 23 décembre 1916, en qualité de « délégué du ministre des Colonies et du gouverneur général de l’Indochine » (ANOM, 1Slotfom6, dossier Bosc).
-
[50]
ANOM, DAM/5.
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[51]
Les archives relatives à ce conflit sont rassemblées au SHD, sous la cote GR7NN9-1045.
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[52]
ANOM, DAM/5. Arrêt interministériel du 18 avril 1917, cité dans un document du SOTC, Contrôle des travailleurs de l’Afrique du Nord, 24 avril 1917.
-
[53]
ANOM, DAM/5. N° 11272-5/8, 16 mai 1917.
-
[54]
ANOM, DAM/5. Arrêté du 22 septembre 1917. Ce Service de l’Afrique du Nord forme alors le 4e Bureau de la Direction des services militaires.
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[55]
SHD, GR7NN9-1045. Minute manuscrite.
-
[56]
Ibid. Décret du 30 novembre 1917.
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[57]
SHD, GR7NN9-1045.
-
[58]
Ibid.
-
[59]
ANOM, DAM/5.
-
[60]
SHD, GR7NN9-1045. Note sur le contrôle des contingents indigènes de l’Afrique du Nord en France, sd., 5 pages ; et GR7NN9-1050. Note n° 36242-5/8 pour l’EMA (Section d’Afrique), 21 août 1918.
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[a]
Cela est explicitement mentionné par Georges Bèze dans son Rapport sur la question du recrutement de la main-d’œuvre indigène en Algérie à la CIMO le 6 avril 1916 : il y brocarde les intermédiaires qui ont envoyé « des vieillards, des enfants, des malades incapables de fournir un rendement sérieux » (SHD-7NN9-320).
-
[a]
Rappelons que le SSEAM s’autonomise et, le 12 décembre 1916, devient le ministère de l’Armement, un ministère de plein exercice.
-
[63]
AN, 94AP120.
-
[64]
Cette abondante correspondance est en partie conservée dans SHD, 16N2440. Voir notamment les notes n° 10810-5/8 du 9 mai 1917 (salaires), n° 11142-5/8 (rappel des conditions dans lesquelles les travailleurs coloniaux sont détachés). Voir également SHD, 17N156.
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[65]
Ibid., Utilisation de la main-d’œuvre coloniale dans la zone des Armées, 9 janvier 1918.
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[66]
SHD, 7N156. Circulaire 3850/DA, 5 mai 1918.
-
[67]
SHD, 6N111. Rapport fait au sous-secrétaire d’État au sujet de la demande d’indemnité du syndicat Wei-Min, 26 mai 1918.
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[68]
SHD, 6N149. Affaire Truptil.
-
[69]
Par exemple, ANOM, 12 Slotfom 1. N° 3641-5/8, Au sujet du maintien en France des métis franco-annamites, 9 février 1920.
-
[70]
La Dépêche coloniale, 3 avril 1918, p. 666, cité in Octave Depont, « La main-d’œuvre indigène de l’Afrique du Nord en France », La Réforme sociale, 9e série, t. III, septembre-octobre 1923.
-
[71]
Stéphane Rials, Administration et organisation : de l’organisation de la bataille à la bataille de l’organisation dans l’administration française, Paris, Beauchesne, 1977, p. 34.
À partir de l’été 1915, le gouvernement français s’efforce de mettre fin à l’immigration coloniale dite « libre » pour lui substituer progressivement une immigration « organisée ». À cet effet, il crée le Service de l’organisation des travailleurs coloniaux (SOTC), rattaché à la Direction des troupes coloniales du ministère de la Guerre (DTC ou 8e Direction), placée sous l’autorité du général Pierre Famin. Dans le même temps, il met en place un organisme qui va gérer les travailleurs étrangers, le Service de la main-d’œuvre étrangère (SMOE), placé sous la tutelle du Service ouvrier, lui-même formé en juin 1915 au sein du sous-secrétariat d’État de l’Artillerie et des Munitions (SSEAM). Ainsi est établie une très nette séparation entre travailleurs coloniaux et étrangers. La mission du SOTC, selon les ministres Gaston Doumergue et Joseph Gallieni, est de massifier l’immigration coloniale en l’organisant « avec grand soin pour éviter autant que possible les inconvénients qui pourraient résulter de cette brusque transplantation de nombreux jaunes et noirs ». Est ainsi posée, d’emblée, une forme d’indésirabilité raciale qui va guider la mise en œuvre de cette nouvelle politique migratoire. Les savoirs administratifs et culturels en vigueur dans les colonies, largement fondés sur l’indigénat et le racialisme, sont officiellement acclimatés, « enrôlés » dans la gestion des travailleurs coloniaux en métropole.
L’objet de ce chapitre est d’évaluer les enjeux propres à la nouvelle immigration coloniale : comment le SOTC, dont l’histoire est mal connue, élabore-t-il des outils et des processus administratifs nouveaux afin d’assurer sa tutelle sur des travailleurs considérés avant tout comme de…
Date de mise en ligne : 30/01/2025
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