Chapitre II - Restaurations allemandes : congrès de Vienne et Vormärz (1814-1848)
- Par Johann Chapoutot
Pages 19 à 30
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Les vainqueurs de 1814-1815 sont moins les peuples que les princes. Si une synthèse entre monarchie et révolution semble avoir été promise, notamment par le roi de Prusse, le congrès de Vienne et ses suites dissipent toute ambiguïté. Une fois « l’ogre corse » déchu, rien n’est plus urgent que de rétablir, contre la révolution, l’ordre naturel de l’Europe, gagé sur et par Dieu. Ce rétablissement prend pour nom Restauration, vocable français qui désigne le retour de la monarchie légitime, celle des Bourbons, sur le trône de Saint Louis, et qui s’acclimate vite en allemand.
Le retour à l’ordre est d’abord géopolitique : le second traité de Paris, signé le 20 novembre 1815 après la seconde défaite de Napoléon, proclame le « rétablissement en France de l’ordre des choses », « momentanément subverti » par « Napoléon Buonaparte ». La France est ramenée à ses frontières de 1790.
Dieu est de retour : la « Sainte-Alliance » conclue entre le roi de Prusse, l’empereur d’Autriche et le tsar de toutes les Russies signe la réconciliation des christianismes (protestantisme, catholicisme et orthodoxie) pour garantir et figer à jamais l’ordre traditionnel. Le traité de Sainte Alliance signé le 25 mars 1815 affirme qu’« il est nécessaire d’asseoir la marche à adopter […] sur les vérités sublimes que nous enseigne l’éternelle religion du Dieu sauveur. » Au nombre de ces vérités : les hommes sont des sujets, et non des citoyens, et le principe national promu par la France depuis 1792 est une abomination…
Date de mise en ligne : 16/06/2017
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