I. Traduire la lingua heideggeriana
- Par Christian Sommer
Pages 11 à 26
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- SOMMER, Christian,
- Sommer, Christian.
- Sommer, C.
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Notes
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Être et Temps, tr. E. Martineau, Paris, Authentica (hors commerce), 1985 ; Être et Temps, tr. F. Vezin, Paris, Gallimard, 1986 (71998). – Pour la liste complète des traductions françaises de Heidegger parues à ce jour, voir Martin Heidegger : bibliographie chronologique (1910-1976) / bibliographie des traductions françaises (en ligne).
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Pour une analyse « interlinguistique » et « interculturelle » de l’idiolecte heideggérien et de ses « anomalies grammaticales et lexicales », ainsi que sur la traduction de cette lingua heideggeriana en France depuis 1930, voir A. Michel Die französische Heidegger-Rezeption und ihre sprachlichen Konsequenzen. Ein Beitrag zur Untersuchung fachsprachlicher Varietäten in der Philosophie, Heidelberg, Winter, 2000. Sur l’histoire mouvementée de la réception de Heidegger en France, voir l’ouvrage indispensable de D. Janicaud, Heidegger en France, I-II, Paris, Albin Michel, 2001.
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Parmi les instruments utiles à cette tâche, on peut citer J. Baumann, Wolffsche Begriffsbestimmungen. Ein Hilfsbüchlein beim Studium Kants, Leipzig, Dürr, 1910 ; B. Cassin (dir.), Vocabulaire Européen des Philosophies, Paris, Seuil / Le Robert, 2004 ; R. Eucken, Geschichte der philosophischen Terminologie (1879), reprint Hildesheim, Olms, 1964 ; J.-M. Fontanier, Le vocabulaire latin de la philosophie de Cicéron à Heidegger, Paris, Ellipses, 2002 ; E. Gilson, Index Scolastico-cartésien, Paris, Alcan, 1912, rééd. Vrin 1979 ; A. Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Paris, PUF, 1956 ; J. Ritter (éd.), Historisches Wörterbuch der Philosophie, Stuttgart-Basel, Schwabe & Co., 1971-2005. – Il va sans dire que pour traduire la langue heideggérienne, la consultation systématique du Grimm (Deutsches Wörterbuch von Jakob et Wilhelm Grimm, Leipzig, Hirzel, 1854-, XCI, reprint dtv, München, 1991) s’impose.
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Voir les propos de Heidegger (1959) paraphrasés par J. Beaufret : « avec ses expériences de langage, il [sc. Heidegger] a l’intention d’atteindre ce qui correspondrait à un état antérieur à la latinisation (Latinisierung) de l’allemand » (in E. Schöfer, Die Sprache Heideggers, Pfullingen, Neske, 1962, p. 448). Voir aussi Séminaire Le Thor [1969], in VS, p. 104-105 : « Avec l’événement appropriant (Ereignis), on ne pense plus du tout grec ». – Sur le développement de l’allemand comme langue philosophique et la reconstruction heideggérienne partiale entre la romanitas et le monde grec, voir F. Volpi, « Heidegger et la romanité philosophique », Revue de métaphysique et de morale 3 (2001), p. 5-18. Sur la formation du mythe de la langue allemande comme langue de l’origine, voir aussi plus généralement Y. Belaval, « Leibniz et la langue allemande », Études leibniziennes, Paris, Gallimard, 1976 ; A. Borst, Der Turmbau von Babel : Geschichte der Meinungen über Ursprung und Vielfalt der Sprachen und Völker, Stuttgart, Hiersemann, 1957-1963, reprint München, dtv, 1995 ; J.-F. Marquet, « L’allemand », in J.-F. Mattéi (éd.), Le discours philosophique, Encyclopédie philosophique universelle, IV, Paris, PUF, 1998, p. 147-166 ; E. A. Blackall, Die Entwicklung des Deutschen zur Literatursprache 1700-1775 [The Emergence of German as a Litterary Language], mit einem Bericht über neue Forschungsergebnisse 1955 - 1964 von Dieter Kimpel, Stuttgart, Metzler, 1966.
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Qu’il nous soit permis de renvoyer à notre étude Heidegger, Aristote, Luther. Les sources aristotéliciennes et néo-testamentaires d’Être et Temps, Paris, PUF, 2005, où nous traitons plus en détail du problème de la Destruktion.
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GA 18 [1924], p. 270. Cette herméneutique « privative » portée sur « ce qui n’est pas là » ou « ce qui n’est pas écrit » (was nicht da steht), c’est-à-dire sur « le non-dit » (das Ungesagte) d’un texte – pratique heideggérienne qui a donné lieu à de nombreux malentendus –, est une constante dans le corpus. Voir déjà Die Kategorien- und Bedeutungslehre des Duns Scotus [1915], in GA 1, p. 201 : « Pour une connaissance féconde et une exploitation fouillée du patrimoine intellectuel scolastique, il est nécessaire de prêter attention à ce qu’elle [sc. la scolastique] ne dit pas ». Voir aussi Phänomenologische Interpretationen zu Aristoteles [1922, HMA 0002.01, à paraître in GA 62], p. 10 : « La particularité de l’interprétation philosophique est celle-ci : sa mise au point doit être excessive (überscharf), de sorte à pousser ce qui est à interpréter dans une dimension qui fera dire à l’ignorant : ce n’est plus là » ; GA 18 [1924], p. 66 : « exposer ce qui n’est pas là » ; p. 355 : « L’interprétation en tant que répétée : condition pour parvenir à ce qui n’est pas là – explicitation au sens propre » ; GA 19 [1924/25], p. 11 : « rencontrer ce qui ne se trouve pas là » ; 46 : « C’est exactement ce qu’un auteur passe sous silence qui doit procurer le point de départ pour comprendre ce que l’auteur lui-même désigne par le propre (das Eigentliche) » ; p. 264 : « lorsque nous interprétons le dialogue, c’est-à-dire lorsque nous visons ce qui est effectif sans être prononcé (unausgesprochen)… » ; Kant und das Problem der Metaphysik [1929], in KPM, p. 201 : « dans toute connaissance philosophique, ce qui doit devenir décisif n’est pas ce qu’elle dit dans les phrases exprimées, mais ce qui n’est pas encore dit et qu’elle qu’elle met sous les yeux par ce qu’elle dit » ; Einführung in die Metaphysik [1935], p. 124 : « L’interprétation à proprement parler [sc. de l’Antigone de Sophocle] doit montrer ce qui ne se trouve plus là par les mots et qui est dit quand même. Ce faisant, l’interprétation doit nécessairement user de violence. Ce qui est propre est à chercher là où l’interprétation scientifique ne trouve plus rien, laquelle interprétation qualifie de non-scientifique tout ce qui dépasse ses limites » ; Der Wille zur Macht als Kunst [1936/37], in N I, p. 158 : « la pensée de tout grand penseur est toujours d’un cran plus originaire que ce qu’il exprime immédiatement. L’interprétation doit donc tenter de dire ce qu’il ne dit pas » ; GA 55 [1944], p. 307 ; Was heisst Denken ? [1951-52], p. 71-72 ; Heraklit [1966-67], p. 113 ; Der Satz vom Grund [1955-56], in SVG, p. 123-124.
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GA 19 [1924/25], p. 605.
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PIA [1922], p. 1.
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Cette association traduction / interprétation reste valable chez le deuxième Heidegger où la confrontation polémique (Auseinandersetzung) prend le relais de la destruction des années vingt. Dans une note marginale du manuscrit Besinnung [1938/39] in GA 66, p. 69, Heidegger écrit « “Destruction” comme degré préliminaire (Vorstufe) de la confrontation (Auseinandersetzung) » en renvoyant à un ensemble de réflexions à paraître sous le titre Überlegungen B dans GA 95. Pour la critique rétrospective de la Destruktion phénoménologique, voir GA 39 [1934/35], p. 293 ; GA 65 [1936-1938], p. 468 ; GA 69 [1938/40], p. 22-23 ; N II [1941], p. 415 ; GA 49 [1941], p. 57 ; GA 67 [1946/48], p. 262 ; US [1953/54], p. 130-131 ; GA 9 [1955], p. 417 ; WIP [1955], p. 22 ; ZSD [1962], p. 9 ; VS [1973], p. 133. – Sur l’intrication traduction (Übersetzung) / interprétation (Auslegung, Interpretation), voir plus tard GA 34 [1931/32], p. 130 : « Car une traduction n’est que le dernier résultat d’une interprétation réellement effectuée : le texte est trans-féré (über-gesetzt) dans une compréhension (Verständnis) autonome et questionnante » ; GA 9 [1939], p. 245 : « Dans ce qui suit [sc. le commentaire de Phys., II, 1], on donne une “traduction” articulée selon des paragraphes appropriés ; comme la traduction est déjà l’interprétation à proprement parler, il faut seulement une élucidation (Erläuterung) de la “traduction” » ; GA 53 [1942], p. 79 ; GA 55 [1943], p. 63 : « toute traduction est déjà en soi une interprétation. De manière implicite, elle porte en elle toutes les amorces, les perspectives et les niveaux de l’interprétation dont elle procède. L’interprétation, à son tour, n’est que l’actualisation de la traduction qui demeure encore silencieuse, qui n’est pas encore passée dans la parole achevée. Interprétation et traduction sont la même chose selon leur essence » ; WHD [1951-52], p. 107-108.
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[10]
Voir GA 43 [1936/37], p. 277 : « Le “vrai Nietzsche” “en soi” – non ! » ; GA 39 [1934/35], p. 145.
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[11]
GA 66 [1938/39], p. 315. Dans ce contexte, Heidegger utilise le terme pour qualifier sa lecture non-grecque (un-griechisch), entendons germanique, de l’alètheia grecque.
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[12]
Phänomenologische Interpretationen zu Aristoteles. Ausarbeitung für die Marburger und die Göttinger Fakultät [Natorp-Bericht, 1922], p. 39-40 ; voir également Phänomenologische Interpretationen zu Aristoteles [1922, HMA 0002.01], p. 10, 20, 28 où Heidegger parle aussi de Überschärfung, d’une mise au point qui donne une netteté excessive ; GA 25 [1927-28], p. 93 : « Notre interprétation accomplit d’abord une surexposition (Überhellung) de l’ensemble, afin de voir justement par voie rétrospective (rückläufig) ce qui, chez Kant, est instable et problématique, dans sa netteté, laquelle permet à la confrontation critique les difficultés décisives. Non seulement nous faisons dire à Kant ce qu’il a voulu dire, mais encore nous lui faisons même dire plus, ce ‘plus’ dût-il reposer sur une interprétation philosophique. À partir du sol de la compréhension philosophique ainsi acquise, le retranchement après coup (nachträgliches Zurücknehmen) de l’excédent (Zuviel) est ensuite aisé à réaliser. En revanche, il est difficile, sinon impossible, d’atteindre directement ce qu’a voulu dire Kant, sauf à redire, à répéter purement et simplement ses phrases ». Heidegger dira plus tard (Besinnung [1938/39] in GA 66, p. 377) de son interprétation de la doctrine kantienne du schématisme et de l’imagination transcendantale qu’elle « exagère consciemment » (übertreibt bewusst). Voir aussi Nietzsches Metaphysik [1940], in N II, p. 262-263 (passage similaire dans Nietzsches Wort « Gott ist tot » [1943], in HW, p. 197). – L’emprunt à la photographie est moins surprenant qu’il n’y paraît : l’opération phénoménologique et herméneutique, en tant que mise en œuvre de la « négativité positive », prend pour objet ce qui n’est que latent dans un texte, afin d’en développer, à partir de sa manifestation négative, le phénomène initialement positif. Rappelons qu’en photographie classique, la surface sensible est exposée aux radiations modulées pour obtenir l’image ; l’exposition à une trop grande quantité de lumière s’appelle surexposition. Pendant cette exposition a lieu une première transformation chimique à l’échelle submicroscopique, appelée « image latente ». Suit alors l’opération de développement nécessaire à la transformation entière. L’image primaire enregistrée se trouve d’abord inversée : c’est l’image « négative ». Pour restituer l’aspect initial, il faut répéter l’opération pour obtenir l’image « positive » en copiant le négatif par contact ou agrandissement sur un autre support, et en corrigeant l’éventuelle surexposition. – Beaucoup plus tard, Heidegger dira, ou le protocole lui fera dire, que l’essence de la technique, comme arraisonnement positif (Gestell), est « le négatif photographique de l’événement appropriant » (« das photographische Negativ des Ereignisses », Séminaire Le Thor [1969], in VS, p. 104).
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La paraphrase, qui consiste à formuler en changeant les mots (Quintilien, Institution oratoire, I, 9, 2 : mutatis verbis interpretari), passe pour le degré le plus modeste de l’exégèse. Mais gardons-nous de la mépriser : n’oublions pas que le plus ancien commentaire d’Aristote a été une paraphrase, à savoir le commentaire des Catégories par Andronicus de Rhodes. Voir P. Moraux, Der Aristotelismus bei den Griechen, t. 1, Berlin / New York, De Gruyter, 1973, p. 97-113. – L’utilisation stratégique de la paraphrase permet de donner la parole à un auteur le plus directement possible en épousant la manière dont il formule une problématique. La pratique de la paraphrase est l’auxiliaire indispensable pour déployer une notion dans l’espace de représentation de l’auteur étudié et pour se placer avec le plus d’exactitude possible dans l’axe des problèmes qu’il pose. Mais si la paraphrase peut faire entrer dans le corpus en procurant les moyens de s’y mouvoir avec précision, il faut également trouver les moyens d’en sortir. Ceci peut s’appliquer à l’interprétation (et donc aussi à la traduction) de Heidegger. On pourrait alors distinguer de la paraphrase stratégique la paraphrase narrative. Celle-ci mime l’idiolecte heideggérien sans rien lui ajouter, en croyant répéter sa lettre (mais comme le savait Heidegger lui-même, une œuvre demeure muette si on ne lui ajoute rien : GA 32 [1930/31], p. 112-113 : « …l’œuvre reste muette si nous ne lui ajoutons rien »), ou elle noie la lettre comme l’esprit du texte dans une langue artificielle et néologique, voire dans une gossolalie pure et simple. Cela a été parfois le cas, on le sait, dans certaines traductions-interprétations de Heidegger en France. Le degré de confusion d’une traduction est alors une mesure assez exacte du degré de confusion qui règne dans l’esprit du traducteur.
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[14]
PIA [1922], p. 1.
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[15]
Voir l’ouvrage de référence de D. Janicaud, Heidegger en France, cité plus haut, qui discute la plupart des traductions parues à la lumière de l’histoire de la réception de Heidegger en France. On se reportera également dans cet ouvrage au glossaire qui compile les choix terminologiques des divers traducteurs français.
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Citons les principales traductions parues depuis 1985/86 : « Remarques sur la Psychologie der Weltanschauungen de Karl Jaspers », tr. P. Collomby, in Philosophie, n° 11/12, 1986, p. 3-24 / p. 3-21 ; « Correspondance entre Kommerell et Heidegger », tr. M. Crépon, in Philosophie, n° 16, 1987, p. 3-16 ; De l’essence de la liberté humaine. Introduction à la philosophie, tr. E. Martineau, Paris, Gallimard, 1987 ; Les Hymnes de Hölderlin : « La Germanie » et « Le Rhin », tr. F. Fédier et J. Hervier, Paris, Gallimard, 1988 ; Langue de tradition et langue technique, tr. M. Haar, Bruxelles, Lebber Hossmann, 1990 ; L’affaire de la pensée, tr. A. Schild, Mauvezin, TER, 1990 ; Aristote. Métaphysique Θ 1-3. De l’essence et de la réalité de la force, tr. B. Stevens et P. Vandenvelde, Paris, Gallimard, 1991 ; Séjours, tr. F. Vezin, bilingue, Paris, Le Rocher, 1992 ; Interprétations phénoménologiques d’Aristote (Tableau de la situation herméneutique), tr. J.-F. Courtine, Mauvezin, TER, 1992 ; Les concepts fondamentaux de la métaphysique. Monde-finitude-solitude, tr. D. Panis, Paris, Gallimard, 1992 ; Écrits politiques 1933-1966, tr. F. Fédier, Paris, Gallimard, 1995 ; Martin Heidegger, Correspondance avec Karl Jaspers : 1920-1963, tr. C.-N. Grimbert, Correspondance avec Elisabeth Blochmann : 1918-1969, tr. P. David, Paris, Gallimard, 1996 ; De l’essence de la vérité. Approche de l’« Allégorie de la caverne » et du « Théétète » de Platon, tr. A. Boutot, Paris, Gallimard, 2001 ; Platon : Le Sophiste, tr. J.-F. Courtine, P. David, D. Pradelle, P. Quesne, Paris, Gallimard, 2001 ; Hanna Arendt / Martin Heidegger, Lettres de 1925 à 1975 et autres documents, tr. P. David, Paris, Gallimard, 2001 ; Les conférences de Cassel, bilingue, tr. J.-C. Gens, Paris, Vrin, 2003 ; Concepts fondamentaux de la philosophie antique, tr. A. Boutot, Paris, Gallimard, 2003 ; « Le problème du péché chez Luther », tr. C. Sommer, in Alter, 12/2004 ; La pauvreté, tr. P. Lacoue-Labarthe et A. Samardzija, Presses Universitaires de Strasbourg, 2004 ; Achèvement de la métaphysique et poésie, tr. A. Froidecourt, Paris, Gallimard, 2005. – Signalons également quelques initiatives « privées » : De l’origine de l’œuvre d’art, tr. E. Martineau, Paris, Authentica, 1987 ; Le Commencement de la pensée occidentale, tr. D. Roche [cours du semestre d’été 1943, Fribourg, GA 55], thèse Paris 1, 1986, éd. Lille 3 ANRT, 1998 ; De l’origine de l’œuvre d’art, tr. N. Rialland (tr. de la première version de 1935, en ligne), 2002 ; Être et Temps, tr. E. Martineau, Authentica (version numérique de la tr. de 1985, en ligne). – Pour la liste complète, voir Martin Heidegger : bibliographie chronologique, cité plus haut.
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[17]
Voir la mise au point de D. Janicaud, Heidegger en France, I, op. cit., p. 317-334 sur les deux traductions françaises de Sein und Zeit et leur contexte polémique.
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[18]
Il faut noter que les traductions de ces textes (1933-1966), déjà connues pour la plupart, sont à utiliser avec précaution ; certains choix de traduction, surdéterminés par un programme interprétatif d’ailleurs largement exposé dans ce même volume, nous paraissent discutables. Rendre par ex. le titre de l’affligeant discours du Rectorat (Die Selbstbehauptung der deutschen Universität) de 1933 (que G. Granel traduisait simplement par L’auto-affirmation de l’Université allemande, Mauvezin, TER, 1982) par « L’Université allemande, envers et contre tout, elle-même » peut laisser songeur. Sur cette traduction, voir D. Janicaud, Heidegger en France, I, op. cit., p. 398-401.
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[19]
Choix également opéré par J. Greisch dans Ontologie et temporalité. Esquisse d’une interprétation intégrale de Sein und Zeit, Paris, PUF, 1994,32003 ; voir les fréquentes discussions terminologiques dans cet ouvrage et dans L’Arbre de vie et l’Arbre du savoir. Les racines phénoménologiques de l’herméneutique heideggérienne (1919-1923), Le Cerf, Paris, 2000, pourvu d’un lexique pour la période 1919-1923. Voir aussi les débats terminologiques dans l’espace anglophone, par ex. T. Kisiel, « The New Translation of Sein und Zeit : A Grammatological Lexicographer’s Commentary », in Heidegger’s Way of Thought, New York / London, Continuum, 2002, p. 64-83 ; K. Maly, « Translating Heidegger’s Works into English : The History and the Possibility », in Heidegger Studies, 16 (2000), p. 115-138 ; T. Sheehan, « A Paradigm Shift in Heidegger Research », Continental Philosophy Review, XXXII, 2 (2001), p. 1-20 ; T. Sheehan et C. Painter, « Choosing One’s Fate : A Re-Reading of Sein und Zeit § 74 », in Research in Phenomenology, XXVIII (1999), p. 63-83.
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[20]
La première traduction, fragmentaire, de Sein und Zeit (L’Être et le Temps, I, tr. R. Boehm et A. De Waehlens, Paris Gallimard, 1964) avait fait le même choix.
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[21]
Voir D. Janicaud, Heidegger en France, II, op. cit., p. 196 qui parle de « verrouillage » à propos du volume 60 (Phénoménologie de la vie religieuse) traduit depuis plusieurs années ; sur la situation fâcheuse de l’édition française, voir aussi les témoignages p. 58-60, 67, 206, 261-265 et les remarques générales ibid., I, p. 530-532.
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[22]
Voir F. Fédier, « Traduire les Beiträge zur Philosophie (Vom Ereignis) », in Heidegger Studies, 9 (1993), p. 15-33. On peut lire un échantillon de cette traduction française assurée par cet auteur dans « Apports à la philosophie. §§ 238-242 », Po&sie, n° 81, 1997, p. 8-21. Voir également, dans un autre style, la traduction du § 267 par J. Greisch dans Rue Descartes, 1. Des Grecs, Paris, Albin Michel, 1991, p. 191-212. Une traduction anglo-américaine de cet ouvrage a été publiée en 1999 (Contributions to Philosophy, tr. P. Emad et K. Maly, Bloomington, Indiana University Press).
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[23]
Sur les problèmes divers liés à l’édition de la Gesamtausgabe, voir Theodore Kisiel, « Heidegger’s Gesamtausgabe : An International Scandal of Scholarship », in Philosophy today 39 (1995), p. 3-15 ; « Edition und Übersetzung. Unterwegs von Tatsachen zu Gedanken, von Werken zu Wegen », in D. Papenfuss et O. Pöggeler (éd.), Zur philosophischen Aktualität Heideggers, t. 3, Francfort/M., Klostermann, 1992, p. 89-107. Voir aussi R. Mehring, « Die Stiftung der Gesamtausgabe », in Heideggers Überlieferungsgeschick. Eine dionysische Inszenierung, Würzburg, Königshausen & Neumann, 1992, p. 136-164. Certains volumes de la Gesamtausgabe sont truffés d’erreurs ; en 1995, T. Kisiel (« Heidegger’s Gesamtausgabe », p. 12) a relevé plus de 100 erreurs dans GA 20, 80 dans GA 55, 50 dans GA 56/57, etc. Il est évidemment capital d’assurer une édition correcte du texte allemand afin de disposer d’une base fiable pour les traductions.
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[24]
Voir T. Kisiel, « Edition und Übersetzung », p. 105.
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[25]
Voir T. Sheehan, « A Paradigm Shift in Heidegger Research », Continental Philosophy Review, XXXII, 2 (2001), p. 2 : « …the ultra-orthodox interpretation which finds expression in the journal Heidegger Studies. This tendency is generally associated with the work of Friedrich-Wilhelm von Herrmann and the Heidegger Gesellschaft in Germany and with the Beaufret-Fédier-Vezin school of Heideggerians in France ».
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[26]
C’est la date à laquelle l’œuvre de Heidegger tombera dans le domaine public.
Traduire Heidegger en français paraît doublement difficile : d’abord parce que la langue heideggérienne, peut-être plus qu’aucune autre langue philosophique de souche germanique, résiste tout particulièrement à la transposition dans une langue latine, ensuite parce que Heidegger inscrit l’Übersetzung au cœur même de son geste philosophique : la lingua heideggeriana est déjà une traduction. Traduire Heidegger, c’est traduire une traduction. Il pourrait donc être utile de s’interroger sur la traduction selon Heidegger avant de formuler quelques remarques sur la situation de la traduction de Heidegger en France depuis 1985/86, c’est-à-dire depuis la publication des deux traductions françaises de Sein und Zeit.
L’idiolecte heideggérien est un véritable défi lancé à la capacité d’innovation du français contemporain. La langue philosophique française ne sort pas indemne de cette rencontre : l’histoire de la traduction et de la réception de Heidegger depuis les années 1930 en témoigne. Le philosophe, on le sait, exploite au maximum les possibilités de la langue allemande, d’où la nécessité de ne pas ignorer la langue vernaculaire. Le retour au sens étymologique ou populaire d’un mot et sa promotion au rang de concept technique est un procédé systématique chez notre philosophe. Sous un terme heideggérien, il faut ainsi, dans la majorité des cas, repérer le terme technique grec, décapé de son terme technique latin et transformé en terme allemand de la langue courante. De toute évidence, la formation de la terminologie heideggérienne est fortement « germanocentrique » et « anti-latine »…
Date de mise en ligne : 19/03/2026
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