XV. Les mutations matricielles
- Par Jean Baechler
Pages 363 à 395
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Une thèse plausible et plaidable distribue l’histoire universelle de l’espèce en trois étapes successives [Baechler 2002], chacune appliquée à l’exploration d’une matrice culturelle distincte [Baechler 2008]. Chaque matrice est définie par un certain nombre de caractères distinctifs, dont chacun a connu une mutation radicale du fait du traitement imprimé par la nouvelle matrice. L’explication scientifique peut s’attacher, à son gré, à l’une ou l’autre matrices, primitive, traditionnelle ou moderne, pour en repérer et expliquer tous les aspects, comme elle peut s’occuper des mutations de l’une à l’autre. Convenons d’appeler « néolithisation » la mutation de la matrice primitive à la matrice traditionnelle et « modernisation » celle de la matrice traditionnelle à la matrice moderne. La question se pose de savoir pourquoi ces mutations successives se sont effectuées.
Pour espérer trouver une ou des réponses, il faut éviter de s’engager dans deux impasses. La plus tentante est un évolutionnisme à la Spencer. Il consiste à repérer une ligne évolutive, à lui assigner des étapes ou des degrés et à affirmer le franchissement automatique des étapes ou des degrés. Pour Spencer, la ligne évolutive est la différenciation et la complexification. La théorie des trois matrices successives a repéré cinq lignes évolutives plausibles et plus précises : de la naturalité à la continentalité à la globalité ; de la spontanéité à la corruptibilité à l’humanité ; de la localité à la médiateté à la flexibilité ; de la virtualité à l’effectivité à l’extensivité ; de la différencialité à l’hétérogénéité à la mosaïcité…
Date de mise en ligne : 31/01/2023
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