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Chapitre XVI. Pour une politique de la recherche (août 1944 – février 1949)

Pages 453 à 498

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  • Pinault, M.
(2000). Chapitre XVI. Pour une politique de la recherche (août 1944 – février 1949) Frédéric Joliot-Curie (p. 453-498). Odile Jacob. https://shs.cairn.info/frederic-joliot-curie--9782738108128-page-453?lang=fr.

  • Pinault, Michel.
« Chapitre XVI. Pour une politique de la recherche (août 1944 – février 1949) ». Frédéric Joliot-Curie, Odile Jacob, 2000. p.453-498. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/frederic-joliot-curie--9782738108128-page-453?lang=fr.

  • PINAULT, Michel,
2000. Chapitre XVI. Pour une politique de la recherche (août 1944 – février 1949) In : Frédéric Joliot-Curie. Paris : Odile Jacob. Hors collection, p.453-498. URL : https://shs.cairn.info/frederic-joliot-curie--9782738108128-page-453?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Arrêté du 20 août 1944, du secrétaire général à l’Éducation nationale, Henri Wallon ; décret du 6 janvier 1945, avec effet rétroactif au 20 août 1944, signé par de Gaulle et Capitant, AC.JC.
  • [2]
    « Projet d’organisation de la recherche scientifique », CD du CNRS, 1er septembre 1944, 5 p., AN 800-284, P.55.
  • [3]
    CD du CNRS, 18 septembre 1944, p. 49. « Nous procédons un peu par cooptation, dit Joliot, (…) et par la suite on pourra envisager, après une année de fonctionnement, un système peut-être plus démocratique où il y aura une partie d’élection. » (AN 800-284, P.205.)
  • [4]
    Idem, p. 23. Langevin parlera lui d’un « parlement de la science ». (Picard-1990, p. 95)
  • [5]
    PV de la « première réunion des sciences humaines » du CNRS, 8 octobre 1944, AN 800-284, P.89. L’interdisciplinarité était présente dans le projet de Joliot pour le LSA, en 1935, et elle a présidé à la création, en 1938, de l’IBPC.
  • [6]
    CD du CNRS, 18 septembre 1944, déjà cité.
  • [7]
    Entretiens de JFP. et EP. avec J. Wyart, 1986 et 1987, et Wyart-1989, p. 28. Joliot s’adresse à Rouchon-Mazerat, président de section au Conseil d’État et du conseil d’administration du CNRS, pour l’informer de sa décision de maintenir provisoirement, malgré l’ordonnance sur le rétablissement de la légalité républicaine, l’ancien conseil, débarrassé de deux de ses membres « dont l’attitude a prêté à critique pendant l’Occupation » (Joliot, à Rouchon-Mazerat, 13 septembre 1944, AN 800 284, 1. 55). Une ordonnance lui donne satisfaction, puis un décret du 5 décembre fixe la nouvelle composition du CA ; Roques, Langevin, Perrin et de Vitry sont nommés.
  • [8]
    Mineur-1989, p. 39.
  • [9]
    F. Joliot au garde des Sceaux, 22 novembre 1945, AC.JC – F9.
  • [10]
    « Après la guerre, à Londres (…) Joliot est arrivé et quand il a vu Louis, ils se sont mis à pleurer comme des enfants » (entretien de MP. avec S. Rapkine). F. Joliot-Curie, « La science franco-britannique et la guerre », Dialogue, no 1, juillet 1946. Winter apporte le même témoignage : « La période de retrouvailles avec nos collègues et amis restés en France était passionnante, exaltante, et au début non exempte d’appréhension : ne trouverait-on pas entre ceux qui ont passé les années de guerre à l’étranger et ceux qui sont restés en France une certaine incompréhension, une attitude critique quant aux motifs des uns et des autres ? Il n’y a rien eu de tel : il y a eu beaucoup d’émotion, un enthousiasme et une volonté de renouveau qui nous ont tous animés pendant les années à venir. En particulier, personne de ceux qui l’ont vécu n’oubliera la venue à Londres, peu après la Libération, de Frédéric Joliot-Curie. » (S.R. Winter, dans Karp-1988).
  • [11]
    Les Joliot proposent d’ailleurs Tréfouël pour le Nobel de chimie, pour son travail sur l’aminophénylsulfamide, avec Nitti et Bovet (lettre du 14 janvier 1945, AC.JC-Antony). À Londres se trouve Yves Rocard qui travaille avec la marine anglaise. En se tenant à l’écart de ces retrouvailles, il reste une exception (entretien de MP. avec M. Surdin).
  • [12]
    F. Joliot-Curie, « La science franco-britannique et la guerre », art. cité.
  • [13]
    L. Rapkine, « Rapport sur l’activité de la mission scientifique française en Grande-Bretagne, fin août 1945 – fin décembre 1945 », 23 p., A. IP.-Fonds LR-5.
  • [14]
    F. Joliot-Curie, « La science franco-britannique et la guerre », art. cité.
  • [15]
    J.G. Crowther à L. Rapkine, 12 juillet 1943, AN 800 284,1.59.
  • [16]
    PV des 1er et 13 septembre, 6 et 20 octobre 1943, idem.
  • [17]
    PV de la réunion de l’Anglo-French Society of Science, 16 septembre 1944, AN 800 284, 1. 60. Un bureau comprenant Joliot, Irène Joliot-Curie, Rapkine, Perrin, Wyart et Auger (secrétaire), Dirac, Blackett, Bernai, et Crowther (secrétaire), est constitué. Il est décidé de limiter le nombre des membres à 100, 50 français et 50 britanniques, renouvelables par cooptation (21 janvier 1945, idem).
  • [18]
    L. Rapkine, « Rapport sur l’activité de la mission scientifique… », p. 17.
  • [19]
    F. Joliot-Curie, « L’organisation de la recherche en France : rôle du CNRS », septembre 1945, AC.JC.
  • [20]
    Idem, p. 29. Non seulement Joliot ne dissimule pas ses relations passées avec des industriels, mais dans le contexte de la reconstruction qui est, selon la formule qu’utilisera bientôt Thorez, le combat de la Résistance qui continue pour de nouveaux objectifs (discours de Vaziers, 21 juillet 1945), elles sont dans l’esprit de l’union nationale. Joliot n’est peut-être pas pour rien dans la rencontre qu’auront Thorez et de Vitry vers le début de 1946. Selon Tillon, le résultat sera décevant, mais en 1946 la situation ne sera déjà plus celle de la fin de 1944 (Robrieux-1981, t. 2, p. 178).
  • [21]
    CD du CNRS, 18 septembre 1944, p. 7. « Réunion de recherches physique appliquée, le 20 septembre 1944 », notes anonymes, AN 800 284, 1. 55. F. Joliot-Curie, « L’organisation de la recherche en France : rôle du CNRS » et « La recherche scientifique en France », 20 octobre 1945, Sciences, 4e tr. 1945, TC, p. 123-136.
  • [22]
    CD du CNRS, 18 septembre 1944, p. 44. Maurice Ponte est un normalien. Après une thèse chez M. de Broglie, il a travaillé sur les tubes électroniques et, pendant la guerre, sur le radar.
  • [23]
    Ce laboratoire de recherches était un des grands laboratoires industriels français avant la guerre, d’un budget équivalent à celui du CNRS. Lors de la mobilisation scientifique il était passé sous le contrôle du gouvernement. Son directeur général était alors Jean Saphores, un ancien de l’EPCI. Pendant la guerre, certaines recherches continuent à la barbe des Allemands jusqu’en 1942 et lors de l’invasion du Sud de la France, le matériel, dispersé dans les fermes de la région, leur échappe.
  • [24]
    Crowther-1949, p. 88. En 1947, Lehmann propose cinq conférences à l’ENSA et à l’ONERA, AC.JC-F 38.
  • [25]
    CD du CNRS, 18 septembre 1944, p. 22. CD du CNRS, sciences humaines, 8 octobre 1944. Irène Joliot-Curie développera la même idée dans un article d’avril 1946 : « De plus en plus, écrira-t-elle, le législateur doit prendre conseil des scientifiques. Nous en trouvons l’un des plus beaux et l’un des plus anciens exemples dans l’établissement du système métrique, rendu obligatoire pendant le Révolution française » (I. Joliot-Curie, « La recherche scientifique et l’économie française », Réalités, avril 1946, AC.JC).
  • [26]
    F. Joliot-Curie, « L’organisation de la recherche en France : rôle du CNRS ».
  • [27]
    Idem, CD du CNRS, 18 septembre 1944, p. 14.
  • [28]
    « Projet d’exposé de motifs pour la réorganisation du CNRS », pour M. Dupont : « Cet avant-projet est-il suffisant pour servir de base à une mise au point ? Il est trop long, comportant 200 lignes du JO. » (21 octobre 1944, AN 800 284, 1. 55).
  • [29]
    F. Joliot-Curie, « Organisation de la recherche », ATS, la Sorbonne, 16 janvier 1945, et La Pensée, no 5, 4e trim. 1945.
  • [30]
    F. Joliot à E. Faral, 12 juin 1945, AC.JC-F8. BO, no 58, 15 novembre 1945, p. 3723-3726.
  • [31]
    Entretien de JFP. et EP. avec P. Auger.
  • [32]
    F. Joliot, « La recherche scientifique en France », Sciences, revue de l’Association française pour l’avancement des sciences, TC, p. 123-136.
  • [33]
    Entretien de JFP. avec H. Langevin. Entretien de MP. avec H. Langevin, déjà cité. Voir aussi son intervention dans les débats au colloque pour le 50e anniversaire du CNRS (CH-CNRS, 6-1989, p. 88).
  • [34]
    L. Rapkine, « Rapport d’activité de la mission scientifique française… », p. 21.
  • [35]
    Joliot envoie à Terroine, juste libéré, une lettre émue dans laquelle il lui propose de faire partie des « hommes d’expérience et en pleine activité qui auront de grandes responsabilités dans cette direction (du CNRS) » (F. Joliot à E. Terroine, 5 octobre 1944, AN 800 284, 1. 55). Terroine se rend en Grande-Bretagne étudier le système britannique. Il réussit la coordination des efforts du ministère du Ravitaillement, de la Santé et le CNRS (Picard-1990, p. 100).
  • [36]
    D. Pestre souligne que Louis Néel, André Lallemand et Yves Rocard avaient de leur côté, en dehors du CNRS, des rapports étroits, établis de longue date, avec la Marine et insiste sur l’opposition politique entre ces physiciens ayant des rapports « volontaires » avec les militaires et la « communauté organisée (…) dirigée par les scientifiques communistes » qui ne les accepte qu’à cause de « l’urgence de la situation » en 1944. (Pestre-1998)
  • [37]
    F. Joliot, « Note pour Mme Ramart », 18 mars 1945, AN 800284,1. 115.
  • [38]
    CD du CNRS, 18 septembre 1944, p. 42. Ludmann-Obier-1989.
  • [39]
    Réunion de la mission aux Affaires allemandes, 8 février 1945 (idem). Entretien de MP. avec A. Bussard. J. Labeyrie raconte cet épisode ainsi : « On a fondé en Allemagne ce qu’on appelle les T. Forces, il y avait Berthelot, Bussard, Victor Henry et moi. On a annexé ensuite André Lwoff parce qu’il faisait mieux, il était plus vieux que nous. On le poussait en avant à chaque fois qu’on avait des trucs à demander à des généraux ou à des colonels. » (Entretien de MP. avec J. Labeyrie).
  • [40]
    « Compte rendu sur la mission du CNRS en Allemagne », 22 p., 25 novembre 1946, AN 800284, 1. 115.
  • [41]
    Ludmann-Obier-1986 et Ludmann-Obier-1989. F. Joliot-Curie, « La guerre scientifique », L’Armée française, no 2, décembre 1945. Ce bilan est détaillé dans le « Compte rendu d’activité du CNRS, de septembre 1944 à octobre 1945 ».
  • [42]
    André Gillois, entretien avec Joliot, non daté, AN 800 284,1. 55.
  • [43]
    « Compte rendu d’activité du CNRS, de septembre 1944 à octobre 1945 », p. 13.
  • [44]
    En 1942, dans une lettre au recteur, I. Joliot évoque « un grand terrain non bâti à vendre sur le plateau de Saclay (…) pas très loin de la gare de métro de Gif, qui serait très intéressant pour y construire toute une cité universitaire » (AC.JC).
  • [45]
    « Conférence de M. Joliot-Curie », 7 juin 1945, CD des Sciences humaines, notes manuscrites, AN 800 284,1. 55.
  • [46]
    CA du CNRS, 9 mars 1945.
  • [47]
    CA du CNRS, 16 novembre 1945, AC.JC-PC 2e t. (1).
  • [48]
    Olivier Bossard, Le CNRS (1944-1950), maîtrise Paris VII, 1987, p. 1.
  • [49]
    « Un de mes anciens assistants, M. Calvet, a élaboré un projet d’organisation au ministère de l’Air d’un laboratoire de contrôle et d’essais sur les métaux et alliages légers. (Il) se met actuellement au service du ministère de l’Air. (…) En bref, Calvet est candidat à la direction du laboratoire de contrôle et d’essais dont il a élaboré le projet d’organisation. J’appuie vivement son initiative » (F. Joliot à R. Jugeau, 22 novembre 1944, AC.JC-F21).
  • [50]
    Desmaroux au ministère de la Production industrielle, 12 décembre 1945, AN 8008284, copie par M. Charpentier.
  • [51]
    Entretien de PB. avec J. Wyart.
  • [52]
    Entretien de JFP. avec J. Teillac. Teillac répond à une question affirmant que « selon Pierre Auger, le Commissariat, c’était la vocation naturelle de Joliot ».
  • [53]
    F. Joliot, « La recherche scientifique en France », 20 octobre 1945.
  • [54]
    Robrieux-1981, t. 2, p. 171. Teissier s’occupe de « Recherche scientifique et Enseignement supérieur », tandis qu’à Pérès échoit la « Recherche appliquée et technique ». Terroine est aux « Recherches médicales » et le général Dassault, membre du CEA, aux « Recherches à la Défense nationale ». Enfin L. Febvre est à la « Communication » et aux « Sciences sociales ».
  • [55]
    JO, documents parlementaires, cité dans Prost-1988, p. 44-45.
  • [56]
    M. Hamon à F. Joliot, 11 février 1948 et réponse, 17 février, AC.JC-C 25. De cet échec, il parlera encore en février 1949 en ces termes : « Le Conseil supérieur de la Recherche scientifique et technique (…) ne peut voir le jour en raison des fortes oppositions émanant notamment du secteur privé et de la Défense nationale » (F. Joliot, « La recherche scientifique est-elle menacée ? », salle Pleyel, 17 février 1949, 21 p., AC.JC-manuscrits).
  • [57]
    CR de la première réunion de la commission « Recherche » du Plan, 14 mai 1947, AN 800 284,1. 101.
  • [58]
    Décret no 46-2 du 3 janvier 1946 (J.O. du 4 janvier) et arrêté du 8 mars 1946 (J.O. du 12 mars). F. Joliot-Curie, « L’organisation de la recherche en France : rôle du CNRS ». Note pour M. Joliot : « Conseil du Plan de modernisation et d’équipement » : résumé du décret du 3 janvier et du PV de la réunion du 16 mars 1946, 2 p., AC.JC-F 38. Notes de séances, manuscrites, de F. Joliot, commission du Plan, 16 mars 1946, idem. Un an plus tard, Joliot rappellera son intervention d’alors en disant qu’il avait demandé la création d’une « commission de modernisation chargée d’étudier un plan de développement de la recherche et d’estimer les dépenses que sa réalisation entraînerait ». (CR de la première réunion de la commission « Recherche », déjà cité). F. Joliot à J. Monnet, 10 avril 1946 et réponse, 12 avril, AC.JC-F38.
  • [59]
    « Instructions envoyées par M. le Président du gouvernement provisoire à M. le Commissaire général au Plan », 10 janvier 1946, 6 p., AC.JC-F 38.
  • [60]
    Conseil du Plan, 7 janvier 1947, et F. Joliot à J. Monnet, 18 janvier 1947, AC.JC-F38.
  • [61]
    Le texte de l’appel et la liste des signataires se trouvent dans les archives (AN 800 284, 1. 101). Le texte est postérieur à la réunion du 7 janvier car il reprend l’information donnée ce jour-là par Monnet au sujet de la réserve d’investissement de 80 milliards de francs. Par contre il est probable que la décision de lancer la campagne est antérieure étant donné les délais de mise en route d’une telle initiative qui est menée en moins d’un mois en pleine période de fêtes de fin d’année. L’intervention de Joliot au conseil du Plan du 7 janvier doit être considérée comme un élément de la campagne. Le « manifeste » est définitivement mis au point à cette date. La collecte des signatures se fait en trois semaines.
  • [62]
    J.-F. Picard pense le contraire : « En mai, le refus de la confiance conduit le président du Conseil, le socialiste Paul Ramadier, à “démissionner” ses ministres communistes. Tous les arguments deviennent bons à un parti rendu à une opposition virulente. Du fait de l’engagement de nombreux intellectuels sous sa bannière, la recherche est – et restera – un excellent cheval de bataille. Un manifeste signé Joliot (sic) est aussitôt lancé dans la communauté scientifique… Sur un oubli du Plan Monnet. Il s’agit bien entendu, de la recherche. » (Picard-1990, p. 145). Mais la chronologie ne coïncide pas : La campagne s’achève au début de février 1947. Quand les ministres communistes quitteront le gouvernement, le 5 mai, elle sera terminée depuis plusieurs mois et déjà un peu oubliée.
  • [63]
    J. Monnet à F. Joliot, 13 février 1947, AC.JC-F 38.
  • [64]
    J. Monnet à P. Le Brun, 13 février 1947, AC.JC-F38.
  • [65]
    Rioux-1980, p. 236.
  • [66]
    Bossard, ouvr. cité.
  • [67]
    CA de l’ONERA, 11 octobre 1946, 25 janvier 1947, 25 octobre 1947, AC.JC-F 7 ter.
  • [68]
    Idem, 9 mars 1948, idem.

Dès la Libération de Paris, Frédéric Joliot est installé à la tête de la recherche scientifique. Concevant sa mission sur la durée, dans le cadre de l’ensemble de l’œuvre réformatrice que va entreprendre le gouvernement provisoire, il organise d’abord une large consultation du milieu scientifique auquel il fait des propositions de réforme du CNRS. Tournant la page du régime de Vichy et de l’Occupation, il veut donner cohésion et capacité d’agir à une communauté dispersée et démobilisée depuis des années et s’attache ainsi la collaboration d’un grand nombre de ses collègues. Dans le même temps, les tâches immédiates, celles de la reconstruction et celles encore plus urgentes de la participation à l’effort de guerre, s’imposent à son esprit. Il trouve un appui considérable dans la mission scientifique de la France libre à Londres, dirigée par Louis Rapkine. À la tête de cette entreprise, Joliot est porté par un énorme optimisme qui correspond au souffle de rénovation qui transporte la France en voie de libération.
Le 1er septembre 1944, au siège du CNRS, on débat en « séance restreinte » d’un « projet d’organisation de la recherche scientifique ». Parmi la quinzaine de présents, une large majorité est membre du FNU, tous sont des proches de Joliot. Les scientifiques en exil et ceux de la zone Sud sont encore absents. Dans la mesure où des orientations essentielles et durables sont très vite définies, cette cooptation donne d’emblée une position largement dominante à une fraction du milieu scientifique, la plus résistante pendant les heures sombres, la plus progressiste de sensibilité et de tradition, la plus portée à agir à l’extérieur de ses laboratoires…


Date de mise en ligne : 10/12/2021

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