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Chapitre XV. Retour au nucléaire (août 1944 – août 1945)

Pages 405 à 451

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  • Pinault, M.
(2000). Chapitre XV. Retour au nucléaire (août 1944 – août 1945) Frédéric Joliot-Curie (p. 405-451). Odile Jacob. https://shs.cairn.info/frederic-joliot-curie--9782738108128-page-405?lang=fr.

  • Pinault, Michel.
« Chapitre XV. Retour au nucléaire (août 1944 – août 1945) ». Frédéric Joliot-Curie, Odile Jacob, 2000. p.405-451. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/frederic-joliot-curie--9782738108128-page-405?lang=fr.

  • PINAULT, Michel,
2000. Chapitre XV. Retour au nucléaire (août 1944 – août 1945) In : Frédéric Joliot-Curie. Paris : Odile Jacob. Hors collection, p.405-451. URL : https://shs.cairn.info/frederic-joliot-curie--9782738108128-page-405?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Groves-1962 et Goudsmit-1948. Ici les références viennent de Goudsmit-1983. Samuel A. Goudsmit (1902-1978) est un physicien hollandais qui travaillait à Leyde lorsque, en 1925, avec Uhlenbeck, il découvrit le spin de l’électron. La correspondance que Groves a entretenue avec les historiens illustre la fermeté de ses convictions intimes à l’encontre de Joliot. À M. Gowing, il écrit ceci : « Joliot aurait pu partir. J’ai toujours eu la conviction qu’il était parfaitement satisfait de rester dans Paris occupé par les Allemands. Il s’est avéré qu’il avait semblé aimer la vie sous domination allemande » (NAW, RG200, B2). Groves écrit à D. Irving : « Malgré toutes les proclamations de Joliot, après la guerre, sur sa non-collaboration, je n’ai personnellement aucun doute sur le fait qu’il a été un collaborateur total avec les Allemands, jusqu’à ce qu’il soit certain de leur défaite. » (Idem).
  • [2]
    Pash-1969, p. 54. Pash faisait partie, dans le début du projet Manhattan, des services de sécurité du général Groves. Ce trait apparaîtra plus tard lorsqu’il témoignera au « procès » d’Oppenheimer et révélera qu’il avait été hostile à son recrutement (Rival-1995, p. 234).
  • [3]
    Entretien de MP. avec Horace Calvert. Groves-1962, p. 212.
  • [4]
    V. Henri à l’auteur, déjà citée.
  • [5]
    Goudsmit-1983, p. 34, et Groves-1962, p. 214-216.
  • [6]
    Note de K. Cohen à P. Morrison, 11 juillet 1944, 3 p., NAW, RG77 E22 B171, F32.7003-2 Germany-U.S, Wartime Positive Intelligence. Karl Cohen est un chimiste travaillant avec Urey, responsable avec Philipp Morrison du service de renseignement scientifique créé sous l’autorité du major Furman, un des adjoints de Groves. Ève Curie a peut-être apporté son avis car elle est, depuis le début de la guerre, un membre actif de la France libre qui a gagné ses galons dans des missions de correspondant de guerre qui avaient peut-être aussi leur versant de missions de renseignement.
  • [7]
    P. Fine au major Furman, 28 août 1944, NAW, RG77 E22 B168 F202-2. J. von Neumann est un chercheur d’origine hongroise, réfugié aux États-Unis. Les rapports et les notes des services spéciaux comportent beaucoup d’approximations, d’erreurs manifestes alors que l’information est présentée comme certaine.
  • [8]
    J.A. King, 6 juin 1944, Chicago, NAW, RG77 E22 B162 F30.1205-1. Ces propos ont été tenus par Auger lors d’une conversation privée avec P. Morrison dont Auger ignorait sans doute qu’il était aussi chargé du renseignement scientifique.
  • [9]
    A.V. Peterson au général Groves, 19 août 1944, et J. Noetzlin, « Refugee report no230 », 24 août 1943, NAW, RG77 E22 B162 F30.1205-1. Noetzlin a mené des recherches au laboratoire de Joliot jusqu’à la mi-1943.
  • [10]
    « Interview with Dr Louis Rapkine, 9 : 30 AM, 20 june 1944 », avec Rapkine, Tolman, Compton, Waterman et Noyes, 12 p., NAW, RG77 E22, B…
  • [11]
    Voir au chap. XIV.
  • [12]
    S. Goudsmit, 31 août 1944, 2 rapports : « Interview with “F.J.”, Paris, mardi 28 août 1944 », 2 p., et « Second interview with “J”, Paris, 30 août 1944 », NAW, RG77 E22 B162 F30.1205-1.
  • [13]
    Joliot a été tranféré à Londres à la demande des Britanniques. (L.R. Groves, 26 décembre 1944, 10 p., copie, A. JG-DEP 3-26, Florence). M. W. Perrin, « Interviews with Professor F. Joliot, London, september 5th and 7th, 1944 », NAW, RG77 E22 B162 F30.1205-1. Si les enquêteurs américains considèrent Joliot comme la meilleure source de renseignements sur les Allemands en attendant d’entrer en Allemagne, ils restent convaincus que celui-ci peut malgré tout ignorer la vérité. Calvert dit : « Aux États-Unis aussi des scientifiques très importants ne savaient rien non plus de ce que nous faisions » (entretien cité). Le programme nucléaire britannique est issu du Comité Maud (voir au chap. X). En décembre 1940, à Cambridge, Halban et Kowarski ont réalisé l’expérience prévue avec Joliot. Au printemps 1941, l’industrie entre en scène, avec principalement la firme ICI (Imperial Chemical Industries), très liée à Du Pont de Nemours. Le programme britannique démarre vraiment en juillet 1941 avec deux axes, la production d’énergie et la mise au point d’un système explosif. Le premier résulte directement de l’apport français, les Britanniques ayant entrepris au départ d’explorer l’autre voie. Sur l’avis de son conseiller, Lord Cherwell, membre du Comité Maud, Churchill confie la direction de l’affaire au responsable du DSIR, Sir John Anderson, qui est aussi lord-président du Conseil privé, un des ministres les plus puissants du cabinet de guerre. Ce physico-chimiste a derrière lui une déjà longue carrière de fonctionnaire et de ministre. Il devient Chancelier de l’Échiquier en 1943. En octobre 1941 est créé, au sein du DSIR, le Directorate of Tubes Alloys (Directoire des alliages pour tubes), nom codé de l’organisme responsable de tout le programme nucléaire britannique. Wallace Akers et Michael Perrin, chercheurs d’ICI, sont nommés à sa tête. (Goldschmidt-1987, et Gowing-1965, 267 p.)
  • [14]
    Edgar Sengier, président de l’UMHK avant la guerre, avait des relations très amicales avec les Joliot. Dans un câble on trouve cette note : « (Joliot) a compris qu’un accord est en cours de discussion entre cette compagnie (l’UMHK) et notre gouvernement et il s’interroge sur ce que sera le statut de son propre accord. (…) On doit supposer que des informations sont parvenues à Joliot par l’intermédiaire de Rapkine ou d’Auger qui est arrivé récemment de New York où il a probablement vu Sengier. » (Câble top secret de Consodine à Groves, 8 octobre 1944, no 69333, NAW, RG77 E22 B169.)
  • [15]
    Major FJ Smith au général Groves, 6 novembre 1944, NAW, RG77 E22 B162, F30.1205-1.
  • [16]
    F. Joliot, « La science franco-britannique et la guerre », Dialogue, no 1, juillet 1946, p. 29-34. Voir au chap. XVI, l’étude de la mission Rapkine.
  • [17]
    Entretien de MP. avec P. Auger.
  • [18]
    K. Cohen et P. Morrison, « Evaluation of interviews with F.J. », 2 p., non datées, NAW, RG77 E22 B162 F30.1205-1.
  • [19]
    A. BG (TOO 171929Z, au ministère de la Défense, au Chancelier de l’Échiquier, à MM. Akers et Gorrell Barnes). Goldschmidt-1987, p. 271.
  • [20]
    Major Smith au général Groves, déjà cité.
  • [21]
    Câble de Chapin, de Paris, reproduit dans une correspondance de H.W. Dix (de l’OSS) au major Smith, 23 octobre 1944, NAW, RG 77 E22 B162 F30.1205-1. Il est question, à cinq reprises de « Ridault » que le contexte permet de lire « Bidault ».
  • [22]
    H.K. Calvert au major Furman, 2 janvier 1945, 1 p., idem.
  • [23]
    H.K. Calvert au major Smith, 27 février 1945, 2 p., idem.
  • [24]
    Groves-1962, p. 224. Dans un « Mémorandum au secrétaire à la Guerre », Groves précise que Joliot « a eu une discussion de deux heures et demie avec le général de Gaulle au cours de laquelle il lui a expliqué la nature des applications des brevets français déposés par le gouvernement français » (26 décembre 1944, 10 p., copie, A. JG-DEP3-26, Florence).
  • [25]
    H. Halban, « Report to Mr Ackers on a visit to France from friday, november 24th to tuesday, december 5th 1944 », 3 p., non daté, photocopie A. BG. Les archives de chef du GPRF ne nous ont pas été accessibles. Grâce à l’obligeance de Mme Chantal Tournier-Bonazzi, conservateur aux Archives de France et responsable de la section contemporaine, nous savons qu’aucun courrier adressé par F. Joliot au général de Gaulle n’a été répertorié pour cette période.
  • [26]
    J. Allier, « Conversation du vendredi 1er décembre 1944 avec M. Joliot-Curie », A. Graff-Allier.
  • [27]
    Goldschmidt-1987, p. 265-267. La formule figure dans les Mémoires de guerre.
  • [28]
    Câble no 53712, d’Alsos à Bissell (nom de code), 11 octobre 1944, NAW, RG77 E22 B162 F 30.1205-1.
  • [29]
    L. Rapkine à « LEGAFRANCE OTTAWA », 28 septembre 1944, A. IP-Fonds LR 5-5.
  • [30]
    Entretien de M. Finkelstein avec J. Guéron, 30 mai 1985, 20 p., texte confié par Mme Guéron et M. M. Guéron. Entretien de SW. avec J. Guéron, p. 9.
  • [31]
    H. Halban à F. Joliot, de Londres, 21 décembre 1944, AC.JC.
  • [32]
    Pour une présentation détaillée de l’histoire de la participation française aux travaux britanniques sur l’énergie nucléaire, voir Goldschmidt-1987 et Weart-1979.
  • [33]
    M. Gowing écrit : « Dans leurs négociations avec Halban et Kowarski, au sujet des brevets, les Anglais étaient pénétrés d’un sens aigu de loyauté envers les Français. Ils étaient conscients que l’existence d’un projet britannique sur les neutrons lents était presque complètement due à la venue de Halban et Kowarski en Angleterre, en 1940, avec leur eau lourde et leurs projets d’expériences pleines de promesses, qu’avait interrompus seulement l’avance nazie » (Gowing-1965, p. 201). Les Américains semblent ignorer la portée de cet accord et le fait que les Français de Montréal sont des Français libres autorisés à y travailler par le général de Gaulle qui paie même leur solde.
  • [34]
    H. Halban, « Memorandum to Mr Akers concerning the information given in Paris to Professor Joliot », 8 décembre 1944. L’aide-mémoire annexé est daté du 13 novembre. Copie, A. BG. « Report to Mr Akers on a visit to France… », déjà cité. Selon ce qu’écrit Halban, ce rapport a été soumis à Joliot, qui a admis que son attitude y était correctement décrite et y a ajouté certaines remarques.
  • [35]
    « Agreement » entre Hans Halban, Lew Kowarski et le DSIR (E. Appleton), 22 septembre 1942, A. CEA Brevets M3 / 09-47, Hc 79-1161. Voir Gilguy-1963, p. 9-17 ; Bounolleau et Levain-1993, 24 p. ; « Les brevets nucléaires de l’équipe Joliot, 1939-1976 », Clefs CEA, no 28, printemps 1994.
  • [36]
    Sir John Anderson au Premier ministre, 2 janvier 1945, 7 p., copie, A. BG. Selon M. Gowing, « l’inquiétude d’Anderson provenait d’une source plus profonde. Il était constamment et profondément anxieux du risque d’une compétition future dans le domaine de l’énergie atomique entre des blocs de grandes puissances » (ouvr. cité, p. 219).
  • [37]
    « W.S.C. 28.1.45. » Note de W. Churchill à J. Anderson, en réponse à son rapport du 26 janvier, photocopie, A. BG. L. Groves, « Memorandum », 30 décembre 1944. L’évocation du risque russe « transforme, selon B. Goldschmidt, l’hostilité initiale de Groves envers les Français dans le projet en une quasi-hystérie ». (Goldschmidt-1987, p. 298).
  • [38]
    J. Allier, « Conversation du vendredi 1er décembre 1944… », déjà citée.
  • [39]
    Peyrefitte-1976, 524 p. Selon Peyrefitte, auquel le général de Gaulle a rapporté ce dialogue avec Joliot dans les premiers mois de 1966, alors qu’il venait de le nommer ministre de la Recherche scientifique et des Questions atomiques et spatiales, cette rencontre se situerait « au moment où a été créé le CEA ». (Lettre de A. Peyrefitte à l’auteur, 4 décembre 1995).
  • [40]
    Sur l’arme atomique, voir au chap. XVII.
  • [41]
    Coutrot-1981, p. 350, et Biquard-1959, p. 95.
  • [42]
    J. Allier, « Mise à disposition du gouvernement français du stock d’eau lourde de la Société norvégienne de l’Azote (mars 1940), 4 décembre 1944 », 8 p., AC.JC-K 4, dossier « Eau lourde ». Allier rédige ce rapport à la demande de Joliot. Il y présente les atouts dont dispose la France : « Au terme d’un accord complémentaire, également en date du 9 mars 1940, (…) il était stipulé que la Norvégienne acceptait de “réserver exclusivement à la France pour une période à déterminer par celle-ci telle par exemple que la durée des hostilités, la totalité de sa production d’eau lourde (…)”. La formule choisie doit (la) mettre dans une excellente posture pour négocier, le moment venu, le maintien de ce privilège au-delà de la fin de la guerre – cet événement n’ayant été, au surplus, mentionné qu’à titre indicatif. » Les passages soulignés le sont sur l’original. Au sujet de Paribas et la Norsk Hydro, voir Lafargue-1995.
  • [43]
    Sir John Anderson à F. Joliot, 15 décembre 1944, AC.JC-K 4b. On relève deux séjours à Londres des Joliot, au début de 1945 : du 20 au 25 janvier et les 21 et 22 février. (Rapport de L. Rapkine, A. IP-LR-5). F. Joliot au Chancelier de l’Échiquier, 12 janvier 1945 (AC.JC-F 21), et Sir J. Anderson à F. Joliot, 19 janvier 1945, AC.JC-K 4b. Sir J. Andreson au Premier ministre britannique, « Tubes Alloys, politique à l’égard des Français », 26 janvier 1945, copie, A. BG.
  • [44]
    « Note » sur la conversation entre Sir John Anderson et F. Joliot, 23 février 1945 », copie, A. JG-DEP3-26, Florence.
  • [45]
    Malgré des demandes répétées il n’a pas été possible d’avoir accès aux correspondances de l’ambassade soviétique à Paris avec le ministère des Affaires étrangères à Moscou.
  • [46]
    Ce caractère « gaullien » se rapporte à la défense exigeante des intérêts nationaux et à la volonté de compter sur ses propres forces. Le voyage de De Gaulle à Moscou date de décembre 1944, alors que la politique des uns et des autres reste à préciser.
  • [47]
    A. Eden à W. Churchill, 20 mars 1945 et réponse, 25 mars 1945, copie, A. JG-DEP 3-26, Florence.
  • [48]
    L’action de Joliot a été menée dans un contexte de discrétion évident. La documentation à son sujet est modeste. Les archives conservées par Jacques Allier et celles que les services spéciaux américains ont réunies sont, dans ces conditions, les principales sources dont nous avons disposé.
  • [49]
    J. Allier à F. Joliot, 9 février 1945, AC.JC-F 21. Le fac-similé a été publié dans M. Pinault-1997.
  • [50]
    I. Joliot-Curie, 15 juin 1948. Allocutions prononcées à la « Cérémonie de la remise d’une épée d’honneur à M. Raoul Dautry… » (A. CEA) Irène Joliot remplace Frédéric, malade.
  • [51]
    J. Allier à F. Joliot, 14 mars 1945, AC.JC-F 21. Le rapport qu’Allier remet à Dautry (J. Allier, « Affaire de l’eau lourde », 22 p., non daté – mention manuscrite : « 1945 », A. Graff-Allier) est un récit chronologique de sa mission de février 1940. Ce rapport est différent du « Rapport sur la mise à disposition du gouvernement français du stock d’eau lourde de la Société norvégienne de l’Azote (mars 1940) » daté du 4 décembre 1944 et rédigé par Allier après sa première rencontre avec Joliot. (J. Allier, « Mise à disposition du gouvernement français du stock d’eau lourde de la Société norvégienne de l’Azote, 4 décembre 1944 », 8 p. AC.JC – K 4 Eau lourde) C’est sans doute la confusion entre ces documents qui fait écrire à une historienne que « dès décembre 1944 (Dautry) reçoit à ce sujet le rapport qu’il avait demandé à Jacques Allier » (Coutrot-1981, p. 349, et Pestre-1986). Il existe une seconde version du texte du 4 décembre, au titre légèrement différent : « Rapport sur la mise à disposition du gouvernement français du stock d’eau lourde de la Société norvégienne de l’Azote (mars 1940), décembre 1944 », 9 p., A. Graff-Allier). Elle contient des allusions au rôle de Dautry absentes dans la version du 4 décembre mais il manque tout l’état de la question présenté par Joliot le 1er décembre, en particulier les travaux réalisés en Amérique.
  • [52]
    R. Dautry au général de Gaulle, 13 mars 1945, 2 p., et « Note », même date, 4 p., A. Graff-Allier. La note est publiée dans « Rapport d’activité du Commissariat à l’Energie atomique… », Imprimerie nationale, Paris, 1952, p. 209.
  • [53]
    R. Dautry, « Aide-mémoire », 29 mars 1945, 3 p.
  • [54]
    Idem et J. Allier, « Conversation du jeudi 29 mars 1945 avec M. Joliot-Curie », A. Graff-Allier.
  • [55]
    Cette suggestion va à l’inverse du contenu d’un billet, conservé par Allier, non signé, daté de « mars 1945 » (soit de la « Note » de Dautry du 13 mars), qui reprenait explicitement les allusions de cette note concernant Joliot : « Membre du comité central du parti communiste, son action politique l’absorbe entièrement, et ne permet pas de bien augurer de ses possibilités comme homme de laboratoire. De même sa position politique n’est pas de nature à inciter les Anglo-Saxons à lui confier volontiers des informations sur les travaux faits chez eux depuis 1940 ; car ils peuvent mettre en doute sa discrétion, alors qu’ils tiennent certainement à rester hermétiques vis-à-vis de l’URSS. Aussi doit-on douter que M. Joliot-Curie, malgré les sympathies personnelles dont il dispose à Londres, soit persona grata comme négociateur. »
  • [56]
    Goldschmidt-1987, p. 319-320. Baudouï accepte le témoignage de Goldschmidt, l’opposant même à l’avis d’A. Coutrot qui admet que Joliot a connaissance des travaux américains. (Baudouï, thèse, p. 678). A. Coutrot connaît le compte rendu d’Allier du 29 mars 1945 que R. Baudouï semble ignorer. Quant au témoignage de Goldschmidt, il confirme que Joliot ne disait que ce qu’il voulait bien dire…
  • [57]
    J. Chadwick au général Groves, 15 mai 1945, NAW, RG77 M1108 F107 « French Situation ».
  • [58]
    Voir au chap. XVI l’étude de l’action de Joliot dans cette direction.
  • [59]
    Entretien de SW. avec J. Guéron, p. 85-86.
  • [60]
    Halban à Joliot, 10 juillet 1945, AC.JC-F 8, et Joliot à Halban, 27 avril 1946, H. Halban à F. Joliot, 18 mai 1946, et F. Joliot à H. Halban, 6 juin 1946, A. CEA. Goldschmidt souligne que la situation de Halban se rétablit grâce aux Britanniques (Goldschmidt-1987, p. 309).
  • [61]
    F. Joliot-Curie, « Rapport présenté au président du gouvernement provisoire », déjà cité.
  • [62]
    Entretien d’EP. et JFP. avec P. Auger.
  • [63]
    Pour Biquard, qui affirme le tenir de Joliot, de Gaulle, peu enthousiaste, aurait dit : « Vous voulez Dautry ? Je vous donne Dautry » (entretien de MP. avec P. Biquard). Denivelle va dans le même sens. Selon Auger, c’est de Gaulle qui aurait décidé : « Prenez Dautry avec vous. Il est compétent pour l’organisation industrielle » (entretien de MP. avec P. Auger.)
  • [64]
    R. Dautry, « Note » au général de Gaulle, 26 mai 1945, 5 p., A. Graff-Allier. Il est possible qu’une différence de point de vue ait existé entre les physiciens et Dautry au sujet du rythme des initiatives françaises : « Un des ministres français (…) a dit à Joliot qu’il avait entendu parler en détail des travaux menés aux États-Unis sur l’utilisation de l’uranium pour l’énergie nucléaire, et il a demandé à Joliot pourquoi on ne faisait rien en France. (…) Joliot s’est trouvé dans une situation difficile et il a consulté Auger pour décider des initiatives à prendre. Ils ont conclu qu’il fallait faire quelque chose pour calmer le ministre et éviter qu’il porte l’affaire devant d’autres instances. » (J. Chadwick au général Groves, 8 mai 1945, NAW, RG77 M1108 R2 F36 « French Situation »). Une mise au point précise ensuite que le ministre est bien Dautry. Peut-être pressait-il Auger et Joliot d’agir, alors qu’ils voulaient encore ménager les possibilités d’entente avec les Britanniques.
  • [65]
    Paucard-1992.
  • [66]
    PV CEA 5, 1er mars 1946, p. 3, A. CEA. J. Orcel à F. Joliot, 13 août et 15 septembre 1945, A. Ac Sc-J. Orcel.
  • [67]
    J. Allier, Rapport remis à Raoul Dautry, 4 mai 1945, 12 p., A. Graff-Allier.
  • [68]
    R. Dautry, « Note pour M. Allier », 13 août 1945, 2 p., A. Graff-Allier.
  • [69]
    Entretien de MP. avec J. Labeyrie. Chercheur au laboratoire Joliot et actif dans la Résistance, Labeyrie a été engagé par Joliot dans la T-Force française.
  • [70]
    Hahn, « Souvenirs personnels sur Frédéric Joliot », 4 mars 1959, AC.JC.
  • [71]
    « Mission du 16 mai au 29 juin 1945, effectuée dans la zone de la 1re Armée », 13 p., non signé, cote AA916, et rapport du capitaine de vaisseau Le Gall, « L’utilisation de l’énergie atomique dans la guerre », 3 p., 4 juin 1945, AC.JC-manuscrits. Entretien de MP. avec A. Ertaud. Walker-1989, p. 187, d’après un courrier de Bopp à la KWG, 3 juin 1945.
  • [72]
    Selon Walker (1989, p. 153-178), les Allemands étaient convaincus de l’intérêt de la centrifugation mais ne disposaient pas de moyens pour l’expérimenter en raison de la priorité absolue donnée, à partir de 1936, au réarmement.
  • [73]
    Voir le chap. XVI.
  • [74]
    F. Joliot à Rivière, 10 août 1945, copies à Auger, Magat et Teissier, AN. 800284, 1. 221 (CEA-1945-47). Michel Magat (1908-1978) est un chimiste, juif d’origine russe, venu en France après un doctorat à Berlin, engagé volontaire en 1939 puis émigré aux États-Unis. Engagé auprès de Rapkine dès 1942, il devient un de ses adjoints et participe auprès de Joliot à la relance du CNRS. Militant de l’ATS, du Mouvement de la Paix, puis du mouvement Pugwash.
  • [75]
    V. Henri à l’auteur, déjà citée.
  • [76]
    S. Goudsmit, « Talk with Jay », 29 octobre 1944, 2 p., NAW, RG77 E22 B162 F30.1205-1. Lors des rencontres de Londres, Joliot « a exprimé son opinion selon laquelle T.A. a une plus grande importance pour le développement en temps de paix que pour ses applications dans la guerre en cours ». (Idem).
  • [77]
    R. Debré à F. Joliot, 17 août 1945, AC.JC-F 8.
  • [78]
    « Note sur la bombe atomique », 1 p., au crayon : « Note rédigée le 7 août par MM. Auger et Magat, tirée à 14 exemplaires, distribuée par M. Teissier » et « texte à respecter ».
  • [79]
    Ces réactions sont unanimes, à l’exception notable de celle d’Albert Camus qui écrit, dans son éditorial dans Combat, le 8 août 1945 : « Nous nous résumerons en une phrase ; la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif, ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. »

Les problèmes de l’énergie atomique reprennent pour Frédéric Joliot une brûlante actualité dès les premières heures de la libération de Paris lorsque les premiers éléments de la mission Alsos chargée d’enquêter sur les travaux nucléaires allemands arrivent au Collège de France, le 25 août 1944, vers dix-sept heures. Les récits américains ont longtemps constitué la source essentielle pour connaître cet épisode de l’aventure atomique avant que, récemment, ne s’ouvrent les archives primaires de cette mission. Leslie R. Groves, le général responsable du projet Manhattan, avait raconté en 1962 sa vision de cette mission, à laquelle il n’avait pas participé directement. Auparavant Samuel Goudsmit, le responsable scientifique de la mission, avait écrit et publié son témoignage, à un moment où de nombreuses restrictions s’imposaient. La différence de tonalité entre les deux ouvrages est importante sur de nombreux plans, en particulier quant au traitement réservé à Joliot. Goudsmit, qui le connaît personnellement, le considère comme un collègue, prestigieux et respecté, auquel on peut faire confiance alors que Groves manifeste systématiquement une suspicion brutale. Son ouvrage est devenu une référence et son point de vue a été repris par une multitude d’auteurs, devenant ainsi une des principales sources de l’image controversée qui s’est répandue au sujet de l’attitude de Joliot. L’ouverture des archives américaines permet de reconstituer au moins en partie la véritable histoire de la mission Alsos…


Date de mise en ligne : 10/12/2021

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