[230] L’Europe et la nation
- Par Jean Baechler
Pages 717 à 736
Citer ce chapitre
- BAECHLER, Jean,
- BAECHLER, Jean,
- Textes rassemblés, annotés et introduits par ESCUDIER, Alexandre,
- Baechler, Jean.
- Baechler, J.
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- BAECHLER, Jean,
- Textes rassemblés, annotés et introduits par ESCUDIER, Alexandre,
Notes
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[1]
Paru in Études d’histoire européenne. Mélanges offerts à René et Suzanne Pillorget, Angers, Presses de l’Université d’Angers, 1990, p. 19-35 (rédaction : janvier 1987) [NdÉ].
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[2]
Dans la sociologie historique comparée de J. Baechler, la catégorie d’« aristocratie » désigne des élites de naissance disposant d’une base économique et d’une capacité d’action indépendante du centre autocratique ou hiérocratique d’une politie. Ayant la capacité de se contre-coaliser et de faire défection, de telles « aristocraties » obligent l’autorité centrale à négocier, le cas échéant, et tempèrent par là même l’exercice de son pouvoir. À l’inverse, la « noblesse » correspond, pour J. Baechler, à une élite créée par le pouvoir central et fidélisée par des avantages (en pouvoir, richesse et prestige), de telle sorte que les intérêts d’une telle « noblesse » d’appareil se trouvent alignés sur les intérêts propres de l’autocrate ou du hiérarque. Définie en ce sens, la « noblesse » est un facteur d’absolutisation du pouvoir, contrairement au polycentrisme modérateur des « aristocraties » de naissance. En conséquence, les régimes politiques (autocraties et hiérocraties) disposant d’une forte « noblesse » d’appareil, et d’« aristocraties » décentrales faibles, sont plus difficilement démocratisables – et réciproquement (NdÉ).
J’entends par morphologie les principes de cohérence et de cohésion qui permettent aux hommes de vivre ensemble et de composer des sociétés, à la manière dont les abeilles se réunissent en ruches, les loups en hordes, les pingouins en colonies. L’originalité de l’espèce humaine est de ne s’être vu imposer par la nature aucune morphologie invariable. Elle a été laissée libre d’en inventer et d’en adopter différentes, selon les contraintes naturelles ou sociales. Jusqu’ici l’on peut en repérer moins d’une dizaine : la bande, la segmentarité – représentée par trois espèces très distinctes : la tribu, la féodalité, les castes –, la cité, le royaume, l’empire et la nation.
Le concept de morphologie ressort mieux, si on l’oppose à des concepts voisins. La politie est ce groupement spécifique, caractérisé par le fait que, vers l’intérieur, il existe des procédures devant permettre, en principe, de régler pacifiquement les conflits, alors que vers l’extérieur, ces procédures n’existant pas, la guerre est toujours possible. Un régime politique est une manière spécifique de régler les relations de pouvoir au sein d’une politie. Enfin, une civilisation ou une culture est l’ensemble des traits distinctifs repérables dans tous les ordres – politique, religieux, technique, économique, esthétique… – et s’appliquant à un espace soit partagé en plusieurs polities, soit unifié politiquement en un empire.
Selon cette terminologie et cette conceptualisation, Athènes est une politie ; sa morphologie est la cité ; elle a expérimenté une gamme de régimes politiques, depuis la monarchie aristocratique jusqu’à la tyrannie, avec une tendance très marquée aux régimes oligarchiques ; elle fait partie de la civilisation grecque…
Date de mise en ligne : 16/10/2025
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