[224] Dépérissement de la nation ?
- Par Jean Baechler
Pages 567 à 584
Citer ce chapitre
- BAECHLER, Jean,
- BAECHLER, Jean,
- Textes rassemblés, annotés et introduits par ESCUDIER, Alexandre,
- Baechler, Jean.
- Baechler, J.
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- BAECHLER, Jean,
- Textes rassemblés, annotés et introduits par ESCUDIER, Alexandre,
Notes
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[1]
Paru in Commentaire, n° 41, printemps 1988, p. 104-113 (rédaction : janvier 1984) [NdÉ].
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[2]
J’entends par morphologie la manière dont les hommes vivent ensemble et composent des sociétés, à la manière dont les abeilles se réunissent en ruches, les loups en hordes, les pingouins en colonies. L’originalité de l’espèce humaine est de ne s’être vu imposer par la nature aucune morphologie invariable. Elle a été laissée libre d’en inventer et d’en adopter différentes, selon les contraintes naturelles ou sociales. Jusqu’ici l’on peut en repérer moins d’une dizaine : la bande, la segmentarité – représentée par trois espèces très distinctes : la tribu, la féodalité, les castes –, la cité, le royaume, l’empire, et la nation.
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[3]
J’entends par politie un groupement spécifique, caractérisé par le fait que, vers l’intérieur, il existe des procédures devant permettre, en principe, de régler pacifiquement les conflits. Alors que vers l’extérieur, ces procédures n’existant pas, la guerre est toujours possible.
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[4]
Dans la sociologie historique comparée de J. Baechler, la catégorie d’« aristocratie » désigne des élites de naissance disposant d’une base économique et d’une capacité d’action indépendante du centre autocratique ou hiérocratique d’une politie. Ayant la capacité de se contre-coaliser et de faire défection, de telles « aristocraties » obligent l’autorité centrale à négocier, le cas échéant, et tempèrent par là même l’exercice de son pouvoir. À l’inverse, la « noblesse » correspond, pour J. Baechler, à une élite créée par le pouvoir central et fidélisée par des avantages (en pouvoir, richesse et prestige), de telle sorte que les intérêts d’une telle « noblesse » d’appareil se trouvent alignés sur les intérêts propres de l’autocrate ou du hiérarque. Définie en ce sens, la « noblesse » est un facteur d’absolutisation du pouvoir, contrairement au polycentrisme modérateur des « aristocraties » de naissance. En conséquence, les régimes politiques (autocraties et hiérocraties) disposant d’une forte « noblesse » d’appareil, et d’« aristocraties » décentrales faibles, sont plus difficilement démocratisables – et réciproquement (NdÉ).
Qu’est-ce qu’une nation ? On peut paraphraser Ernest Renan et poser qu’une nation réunit en une collectivité réelle ou désirée des individus qui ont en partage un passé commun, un présent commun et un avenir commun.
Une nation est composée d’individus, c’est-à-dire que les unités d’actions qui fondent l’ensemble ne sont médiatisées par rien. Tout autre groupement tend à devenir secondaire et subordonné. Cette situation est originale. Si l’on excepte la bande, qui est encore plus individualiste que la nation, toutes les autres morphologies tendent à ne saisir l’individu que comme membre d’un groupement, qui est l’unité de base. Dans la tribu, l’élément de base est constitué par la famille élargie d’une profondeur de trois ou quatre générations. Dans la féodalité, c’est la seigneurie. Dans le régime des castes, c’est la famille élargie et la sous-caste. Dans la cité, c’est l’oikos, le ménage capable de subvenir à ses besoins. Dans l’empire, c’est la communauté villageoise. Dans la nation, tous les groupements intermédiaires entre l’élément et l’ensemble peuvent être très vivants, mais ils sont perçus comme non-pertinents du point de vue de la nation. Mais la nation est plus qu’une collection d’individus, elle est perçue comme collectivité. D’où la possibilité de pervertir la nation par le nationalisme, dès que l’on en vient à poser la collectivité comme indépendante des individus qui la constituent. Dès lors, la nation devient la Nation.
La nation rassemble des individus qui ont le sentiment d’avoir u…
Date de mise en ligne : 16/10/2025
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