6. Cheikh Ebrahim, comédien et martyr
- Par Alain Ricard
Pages 107 à 131
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- Ricard, A.
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« Kwani suala sio kusema au kutokusema…, suala ni kufumba ».
« La question n’est pas de dire ou de ne pas dire, la question est de déguiser… »(kufumba, defumbo : « mystère, énigme, langage voilé, paroles obscures, conversation en langue étrangère à quelqu’un ; parler énigmatiquement, allégoriquement, voiler son langage… Sacleux, Dictionnaire swahili-français).
Dans son essai sur Jean Genet, Jean-Paul Sartre cite ces remarques de Thomas Edward Lawrence : « La folie est proche de tout homme qui peut voir simultanément l’univers à travers le voile de deux coutumes, deux éducations, deux milieux. Tel est le cas du traître : au sein du groupe il est l’autre et celui par qui le groupe se connaîtra comme autre ; mais c’est parce que d’abord en lui-même, il est autre que soi. Ce traître est un fou, c’est lui-même qu’il trahit » (Sartre, 1952 : 198).
L’analyse que fait Jean-Paul Sartre, sa méthode de psychosociologie critique, très informée du cadre politique et social dans lequel le projet littéraire se déploie, peut nous suggérer quelques pistes utiles pour celui qui, en Tanzanie et dans le monde swahili, est un peu devenu le cas Ebrahim. Auteur et professeur respecté, il est aujourd’hui, comme nous le savons, sans emploi depuis dix ans et vit seul dans la maison de son père à Dar. Pour beaucoup, il a disparu de la scène littéraire. Ce n’est heureusement pas le cas, mais il y a dans son attitude actuelle, dans cette sorte de réclusion qu’il s’impose une forme de défi. Ebrahim est un comédien qui se fait martyr…
Date de mise en ligne : 26/09/2018
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