La caricature, un talent dangereux
L’affaire des caricatures de Mahomet a remis sur le devant de la scène un art que l’ère de la télévision puis d’Internet avait fait quelque peu oublier. Né vers la fin du XVIe siècle, le genre s’est affirmé dans l’Angleterre du XVIIIe avant d’essaimer en Europe. Un art codifié, qui repose aussi sur les codes d’interprétation d’une société et d’une époque.
L’affaire des caricatures de Mahomet a remis sur le devant de la scène un art que l’ère de la télévision puis d’Internet avait fait quelque peu oublier. Né vers la fin du XVIe siècle, le genre s’est affirmé dans l’Angleterre du XVIIIe avant d’essaimer en Europe. Le rire qu’il génère est un « outil de critique du pouvoir », mais aussi « un outil de propagande », rappelle l’historien Bertrand Tillier. Fondée sur un art de la déformation, la caricature a en partie bâti son succès sur les références scatologiques. Un art codifié, qui repose aussi sur les codes d’interprétation d’une société et d’une époque. Poussant le rire aux limites de l’admissible, elle peut exposer son auteur à un risque réel. Plusieurs caricaturistes ont connu la prison. L’exemple des caricaturistes antinazis à Prague montre que le genre a pu être exploité moins pour faire rire que pour dénoncer ; plusieurs d’entre eux l’ont payé de leur vie. La juriste Camille Viennot explique que la décision de la justice française de relaxer Charlie Hebdo, qui avait reproduit les caricatures de Mahomet, s’inscrit dans une tradition juridique solidement constituée, propre aux démocraties européennes.
Le spécialiste suisse Philippe Kaenel observe qu’Internet et la mondialisation ont transformé les modes de diffusion et donc de perception de la caricature.
« Qu’est-ce qui, dans une caricature, fait rire ou prête à rire ? » se demande l’historien Bertrand Tillier. Dans un article publié dans la Revue française de psychanalys…