Chapitre d’ouvrage

Athéisme et idolâtrie

Pages 55 à 64

Citer ce chapitre


  • Lagandré, C.
(2024). Athéisme et idolâtrie. Dieu n'existe pas encore (p. 55-64). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/dieu-n-existe-pas-encore--9782130864837-page-55?lang=fr.

  • Lagandré, Cédric.
« Athéisme et idolâtrie ». Dieu n'existe pas encore, Presses Universitaires de France, 2024. p.55-64. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/dieu-n-existe-pas-encore--9782130864837-page-55?lang=fr.

  • LAGANDRÉ, Cédric,
2024. Athéisme et idolâtrie. In : Dieu n'existe pas encore. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Perspectives critiques, p.55-64. URL : https://shs.cairn.info/dieu-n-existe-pas-encore--9782130864837-page-55?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Maurice Merleau-Ponty, « Le métaphysique dans l’homme », in Sens et non-sens, Paris, Gallimard, 1996, p. 118.
  • [2]
    Marcel Gauchet, La Religion dans la démocratie, Paris, Gallimard, « Folio essais », 2011, p. 121.
  • [3]
    Ibid., p. 122-123.
  • [4]
    Ibid., p. 134.

L’athéisme se situe donc dans la nudité sans remède du moi désolé, dans le renoncement au salut, dans la vulnérabilité de l’être en devenir. Il est la religion réduite au « cri » dont parle Merleau-Ponty : « La religion fait partie de la culture, écrit-il, non comme dogme, ni même comme croyance, mais comme cri. » Toute religion se compose bien sûr de dogmes et de croyances, mais il semblerait que l’os auquel la modernité l’a réduite soit dans le cri – qui appelle ou qui salue, cri de joie ou de détresse, en tout cas l’exclamation de « la fragilité même ». Contre cette désolation, des consolations sont sans cesse proposées par l’imagination, parmi lesquelles l’idolâtrie du moi : au lieu du vertige de sa nudité, au lieu de son « infondement », l’homme moderne se voit proposer un moi déjà tout habillé de ses qualités (sa « personnalité »), de ses caractéristiques et appartenances premières. Nous sommes dans ce que Gauchet appelle « l’âge des identités », dans lequel la croyance elle-même devient une identité à revendiquer : « les croyances se muent en identités, ce qui signifie simultanément une autre manière de l’habiter intérieurement et une autre manière de les revendiquer extérieurement ». La croyance n’est plus vécue intérieurement comme brèche dans la complétude du savoir, comme ouverture de la totalité, mais au contraire comme le moyen d’être total, solidement assis dans sa contenance. La complétude imaginaire du moi se propose comme rédemption et consolation. « Serai-je jamais comme les autres …


Date de mise en ligne : 18/12/2024

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