A
- Par Éric Fottorino
Pages 9 à 31
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Qui donc a inventé les Alpes ? Charlemagne, encore
lui ? Que nenni ! Ce fut bien sûr Henri Desgrange qui en
1911, non content d’avoir glissé les Pyrénées sous les
roues des coureurs du Tour un an plus tôt, a craqué pour
le Galibier. Le vaillant Émile Georget, premier vainqueur
de ce sommet dantesque, eut beau passer devant lui « la
moustache pleine de morve, le maillot sali des pourritures du dernier ruisseau où, en nage, il s’était vautré », le
père du Tour eut une illumination qu’il traduisit avec son
lyrisme habituel dans les colonnes de L’Auto : « Oh ! col
Bayard ! Oh ! Tourmalet ! Je ne faillirai pas à mon devoir
en proclamant qu’à côté du Galibier vous êtes de la pâle
et vulgaire bibine : devant ce géant, il n’y a plus qu’à tirer
son bonnet et à saluer bien bas. » La messe était dite : les
Alpes après les Pyrénées seraient l’autre plat (mais tout
sauf plat) de résistance, copieux et parfois indigeste, pour
les prétendants au Maillot jaune (créé lui en 1919, aux
couleurs du papier journal de L’Auto).
Avec le recul, Desgrange avait vu juste. Que d’exploits
signés dans ce jeune massif aux arêtes pointues, au décor
déchiqueté et caillouteux ! L’histoire du Tour s’est plus
d’une fois écrite sur ces pentes arides. Il suffit d’écrire les
noms des sommets mythiques pour voir se détacher
les visages de grands champions. Que serait le Tour sans
L’Alpe d’Huez que Coppi conquit avant tout le monde
en 1952 ? Quant au Galibier chanté par le père du Tour,
comme il nous manqua en 2015, après que des éboulements de printemps en avaient interdit l’accès …
Date de mise en ligne : 25/04/2025
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