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- Par Éric Fottorino
Pages 395 à 398
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- FOTTORINO, Éric,
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C’était l’époque des étapes de transition. Pas de transistor à se mettre sous les oreilles. Souvent il faisait chaud,
les coureurs couraient la cannette, la course s’étirait, lente
et indolente, avant qu’une échappée de sans–grades ne se
développe car tout le monde avait bien le droit de vivre. Et
les cadors rechignaient à mettre le nez dehors. C’est ainsi
qu’entre Perpignan et Nîmes, dans la Grande Boucle 1950,
le Nord–Africain Abdel–Kader Zaaf – qui rime avec soif, ou
boit–sans–soif – connut une mésaventure peu commune
qui le propulsa « à l’insu de son plein gré » dans la légende
du Tour. Ce jour–là, le modeste routier avait décidé de
frapper un grand coup. Il avait demandé à des collègues
belges quelques comprimés d’amphètes. « Vous savez,
avait–il précisé, vos petites pilules blanches. » Les gars
s’étaient laissé fléchir. « On n’a encore rien gagné dans
ce Tour », avait plaidé Zaaf avec succès. Mais le mélange
de la dope et de la canicule lui fut hélas fatal. Échappé
avec son équipier Marcel Molinès, il eut un malaise qui le
conduisit tout droit au pied d’un platane.
La légende raconte que, pour soigner fissa un « chaud et
soif », il avait descendu un bidon rempli de vin tendu par
les vignerons du coin. D’où l’odeur de vinasse qu’il dégageait. D’où aussi son complet égarement qui le conduisit
à prendre la route à l’envers, jusqu’à tomber nez à nez
avec… la voiture–balai ! Zaaf dut abandonner la mort
dans l’âme, alors que son copain Molinès, lui, triompha
à Nîmes. Mais, ô injustice pour le vainqueur, on ne retint
que le nom de Zaaf…
Date de mise en ligne : 25/04/2025
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