Chapitre d’ouvrage

Spécificité de l’esthétique cartésienne

Pages 53 à 92

Citer ce chapitre


  • Gress, T.
(2013). Spécificité de l’esthétique cartésienne. Descartes. Admiration et sensibilité : Admiration et sensibilité (p. 53-92). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/descartes-admiration-et-sensibilite--9782130608080-page-53?lang=fr.

  • Gress, Thibaut.
« Spécificité de l’esthétique cartésienne ». Descartes. Admiration et sensibilité Admiration et sensibilité, Presses Universitaires de France, 2013. p.53-92. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/descartes-admiration-et-sensibilite--9782130608080-page-53?lang=fr.

  • GRESS, Thibaut,
2013. Spécificité de l’esthétique cartésienne. In : Descartes. Admiration et sensibilité Admiration et sensibilité. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Philosophies, p.53-92. URL : https://shs.cairn.info/descartes-admiration-et-sensibilite--9782130608080-page-53?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Descartes, Compendium Musicae, désormais noté CM, AT X, 105-106 ; Abrégé de musique, désormais noté. AM, traduction Frédéric de Buzon, Paris, Puf, « Épiméthée », 1987, p. 8.
  • [2]
    Descartes, Lettre à Beeckman, 24 février 1619 ; AT X, 153 ; FA I, 36.
  • [3]
    CM, AT X, 99 ; AM, 68.
  • [4]
    CM, AT X, 89 ; AM, 54.
  • [5]
    C’est ce que remarque un des chercheurs de L’atelier d’esthétique lorsqu’il écrit qu’il existe dans le Compendium une « ambiguïté dans la mesure où Descartes fait appel à deux registres distincts de critères dans sa détermination du beau – les uns, objectifs, conciliables avec une esthétique classique, les autres subjectifs et inconciliables avec celle-ci. », Esthétique et philosophie de l’art. Repères historiques et thématiques, Bruxelles, De Boeck, 2002, p. 83-84.
  • [6]
    CM, AT X, 91 ; AM, 54.
  • [7]
    Platon, La République, 598b-c, traduction Georges Leroux, Paris, GF, 2002, p. 486.
  • [8]
    Ibid., 599 b, p. 487.
  • [9]
    Henri Joly commente ainsi ce passage : « L’un pas plus que l’autre ne restitue la vérité de l’objet, par exemple le cordonnier véritable, mais propose un simple jeu de formes et de couleurs. », Henri Joly, Le Renversement platonicien, Paris, Vrin, 1974, p. 221.
  • [10]
    Voir Les Lois, 656-659.
  • [11]
    Aristote, Poétique, 1452a 1-2, traduction Michel Magnien, Paris, LGF, 1990, p. 100.
  • [12]
    Aristote, Les Politiques, VIII, 7, 1342 a, 9-12, traduction Pierre Pellegrin, Paris, GF, 1993, p. 543.
  • [13]
    Aristote, Poétique, 1449 b, 27-28, p. 92-93.
  • [14]
    Aristote, Les Politiques, VIII, 7, 1342 a, 15, p. 543.
  • [15]
    Aristote, Poétique, 1448 b 6-11, p. 88-89.
  • [16]
    Ibid., 1448 b 12-17, p. 89.
  • [17]
    L’importance de la reconnaissance est manifeste dans le chapitre XI de la Poétique, où Aristote la définit comme « un retournement de l’ignorance à la connaissance », 1452b 30.
  • [18]
    Ibid., 1453 b, 11-13, p. 105, traduction nettement modifiée.
  • [19]
    « La délectation qui accompagne l’activité intellectuelle non seulement ne l’entrave pas, mais la renforce, comme dit Aristote. En effet, ce que nous faisons avec plaisir, nous le faisons avec plus d’attention et de persévérance. C’est la délectation étrangère à l’opération qui l’entrave parfois parce qu’elle distrait notre attention, puisque, nous venons de le dire, nous nous intéressons davantage à ce qui nous délecte ; et tandis que nous nous intéressons passionnément à cela, notre attention se détourne fatalement du reste. Parfois, il y a aussi contrariété, et c’est ce qui arrive quand la délectation des sens est contraire à la raison. », Thomas d’Aquin, Somme théologique, II-I, Q. 4, art. 1, S. 3, Paris, Cerf, 1984, p. 42. Voir aussi ST II-I, Q. 33, a. 4 et ST II-II, Q. 168.
  • [20]
    Leonardo da Vinci, Trattato della pittura, § 18, in Scritti, Milan, Rusconi Libri, 2009, p. 31.
  • [21]
    Voir Trattato della pittura, op. cit., § 18, 19, 23, 26, 32, 56, 58, 65, 184.
  • [22]
    Ibid., § 58, p. 59.
  • [23]
    Ibid., § 56, p. 58.
  • [24]
    Hubert Damisch, « parlo come pittore », in Francesco Furlan (dir.), Léon Battista Alberti. Actes du congrès international de Paris, Nino Aragno Editore, Torino, Paris, Vrin, 2000, p. 567.
  • [25]
    Léon Battista Alberti, De pictura, II, § 40, traduction Jean-Louis Schefer, Paris, Macula, 1992, p. 169.
  • [26]
    Voir sur ce point Anne Dupuis-Raffarin, « Alberti ou le double discours d’un humaniste sur l’art », Camenae, no 6, juin 2009, p. 12 : « La prise en compte du plaisir que procure la peinture est tout à fait nouvelle dans la sphère de l’humanisme et elle légitime à elle seule l’entrée de la peinture dans le champ des arts libéraux puisque ce plaisir est un plaisir de l’esprit (ad delitias animi honestissimas) ».
  • [27]
    Ibid., p. 173.
  • [28]
    Ibid., p. 67.
  • [29]
    Bernard Dupuy du Grez, Traité sur la peinture, édition de Daniel Dauvois, Paris, Vrin, 2011.
  • [30]
    Ibid., p. 26.
  • [31]
    Ibid., p. 51. Nous soulignons.
  • [32]
    Ibid., p. 111. Nous soulignons.
  • [33]
    Ibid., p. 17.
  • [34]
    CM, AT X, 92 ; AM, 58.
  • [35]
    Denis Kambouchner, L’Homme des passions. Commentaires sur Descartes, Tome I, Paris, Albin Michel, 1995, p. 274, désormais noté HP I, 274.
  • [36]
    Nous sommes ici aux antipodes de l’esthétique kantienne dont le premier principe de l’analytique du Beau pose ceci : « Le goût est la faculté de juger un objet ou un mode de représentation par l’intermédiaire de la satisfaction ou du déplaisir, de manière désintéressée. On appelle beau l’objet d’une telle satisfaction. », Kant, Critique de la faculté de juger, traduction Renaut, Paris, GF, 2000, p. 189.
  • [37]
    Denis Kambouchner, HP I, 274.
  • [38]
    Descartes, Lettre au Père Mersenne, 18 mars 1630, AT I, 133 ; FA I, 25.
  • [39]
    Ibid., AT I, 133 ; FA I, 252.
  • [40]
    Kant, Critique de la faculté de juger, op. cit., p. 198.
  • [41]
    Ibid., p. 183.
  • [42]
    Ibid., p. 185.
  • [43]
    Ibid., p. 192. Nous soulignons.
  • [44]
    Descartes, PA II, art. 90, AT XI, 395 ; FA III, 1021.
  • [45]
    Nous faisons nôtre ici cette analyse d’Henri Souchon selon laquelle « Il y a donc possibilité d’un goût majoritaire mais non d’une universalité rationnellement déterminée du Beau. », voir Henri Souchon, « Descartes et Le Brun. Étude comparée de la notion cartésienne des « signes extérieurs » et de la théorie de l’Expression de Charles Le Brun », Les études philosophiques, xviie siècle, octobre-décembre 1980, p. 432. La relativité des goûts est indexée sur la mémoire, ajoute Souchon, ce qui lui permet d’en déduire que « l’individu reste l’unique mesure de la délectation qu’il contrôle par l’agrément de ses sens. », ibid., p. 433.
  • [46]
    Descartes, PA, II, art. 94, AT XI, 399 ; FA III, 1025-1026.
  • [47]
    Denis Kambouchner, HP II, 183.
  • [48]
    Ibid. p. 184.
  • [49]
    Kant, Critique de la faculté de juger, op. cit., p. 114. Nous soulignons.
  • [50]
    Descartes, Lettre au Père Mersenne, 18 mars 1630, AT I, 133-134 ; FA I, 252.
  • [51]
    Idem.
  • [52]
    Tel est du reste le sens de la célèbre analyse des chapeaux et des manteaux dans la seconde Méditation où Descartes « juge que ce sont de vrais hommes et ainsi je comprends, par la seule puissance de juger qui réside en mon esprit, ce que je croyais voir de mes yeux. », Descartes, MM II, AT IX, 25 ; FA II, 427.

Reprenons le problème tel qu’il nous est légué par le précédent chapitre. Pour pouvoir parler d’une esthétique au sens fort, il nous semble qu’il faut à la fois poser une science spécifique du sensible, et en même temps comprendre que cette science procède d’une partition de l’esprit qui pose une faculté exclusivement dévolue à l’appréhension du sensible ; or, chez Descartes, il paraît évident qu’il n’existe pas cette faculté, et que le sentir n’est qu’un mode de l’esprit, et non une faculté spécifique. Par conséquent, si nous nous en tenons à un procédé déductif à partir de l’esprit de la pensée cartésienne, il n’est pas possible de confirmer qu’il existe bien une esthétique cartésienne ; tout au plus pouvons-nous libérer une condition de possibilité, à savoir celle d’un rapport possible de l’esprit au sensible, mais ce rapport étant assuré par l’unité de l’esprit, et non par une faculté spécifique, nous ne pouvons en dire davantage.
Il nous faut donc reprendre la distinction introductive entre objet esthétique et jugement esthétique et nous demander si le rapport à l’objet sensible peut s’accompagner, puisqu’il n’existe pas chez Descartes de faculté dévolue à la seule appréhension du monde sensible, d’un jugement excédant la seule sensibilité, capable d’évaluer la beauté de l’objet. Nous disposons, pour ce faire, d’un court traité consacré à la musique, le Compendium Musicae, au sein duquel Descartes aborde par bribes la question de la beauté et du plaisir esthétique. Il est peu d’indications quant au jugement du sujet sur le son, Descartes analysant bien davantage le son que le rapport qu’entretient le sujet avec le son…


Date de mise en ligne : 03/05/2017

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