La négation du symbolique
- Par Bernard Lempert
Pages 96 à 105
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- LEMPERT, Bernard,
- Lempert, Bernard.
- Lempert, B.
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La messe répète cet événement fondateur que fut la Cène sans chercher à le faire progresser davantage, si l’on veut bien considérer comme annexe l’éventuel passage de l’étole au jean et du grégorien à la guitare folk. Mais le dogme est ainsi fait qu’il abhorre le devenir et qu’il s’empresse de chercher à établir du définitif en insistant avec plus ou moins de mélodie sur le fameux « pour les siècles des siècles », selon la bonne vieille habitude d’honorer ce qu’on exècre – en l’occurrence le temps. La Cène était un compromis, peut-être bien encore une confusion, mais de toutes les manières un essai, une tentative pour clore l’éternel retour sacrificiel et lui substituer les voies délicates de la symbolisation. Remplacer le corps et le sang par le pain et le vin constitue indiscutablement un coup de génie civilisateur en même temps qu’un sommet de la métaphore, une trouvaille poético-conviviale jaillie d’une pensée qui avait pris ses distances avec l’écriture et qui entendait remettre au goût du jour la liberté d’improvisation de la tradition orale. L’essentiel tient en peu de mots : que le corps humain ne soit plus ce haut lieu du sacrifice, mais qu’il s’en tienne au rôle de l’officiant chargé d’une gestuelle non violente. Le lent travail générationnel de la substitution symbolique a produit son fruit : l’homme n’est plus mis à mort, ni aucun animal à sa place. C’est le monde végétal qui est prié – hors sang – de bien vouloir monter sur la scène et d’accomplir cette nouvelle avancée substitutive en même temps que le travail humai…
Date de mise en ligne : 23/08/2022
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