Chapitre d’ouvrage

Mémoire de bouc

Pages 109 à 119

Citer ce chapitre


  • Lempert, B.
(2010). Mémoire de bouc. Critique de la pensée sacrificielle (p. 109-119). Le Seuil. https://shs.cairn.info/critique-de-la-pensee-sacrificielle--9782020410908-page-109?lang=fr.

  • Lempert, Bernard.
« Mémoire de bouc ». Critique de la pensée sacrificielle, Le Seuil, 2010. p.109-119. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/critique-de-la-pensee-sacrificielle--9782020410908-page-109?lang=fr.

  • LEMPERT, Bernard,
2010. Mémoire de bouc. In : Critique de la pensée sacrificielle. Paris : Le Seuil. La Couleur des idées, p.109-119. URL : https://shs.cairn.info/critique-de-la-pensee-sacrificielle--9782020410908-page-109?lang=fr.

Notes

  • [1]
    James Frazer, Le Rameau d’Or, vol. III : Le Bouc émissaire, « Transfert du mal », op. cit.
  • [2]
    Ibid.
  • [3]
    René Girard, Le Bouc émissaire, Grasset, 1982.
  • [4]
    Jean de la Fontaine, Fables : « Le Renard et le Corbeau ».

Il aura fallu pour ainsi dire trois temps au bouc émissaire afin qu’il prenne le visage douloureux que nous lui connaissons, et ces trois temps décrivent une succession historique pour le moins curieuse, puisqu’elle s’avère plus régressive que certaines apparences pourraient nous le faire croire. Au commencement était le transfert du mal, principalement entendu sous sa forme physique de maladie : il s’agissait par des procédés rituels à caractère magique de faire passer une pathologie quelconque qui empoisonnait l’atmosphère du groupe et ses corps constitutifs sur un corps étranger ou qu’on instituait tel, qu’on mettait à mort ou qu’on chassait – à l’image de ce poulet des Majhwars, en Inde, qui était chargé d’emporter au loin le choléra afin d’en débarrasser la région et toute la population locale. Puis vint le transfert de la faute, cette nouvelle et sans doute révolutionnaire version du mal qui en quelque sorte se substitue au déménagement de la maladie et donne des cérémonies hautement surréalistes, tel le bain conjugal annuel du rajah de Manipur qui se pratiquait en public, sur une estrade et dans une baignoire perforée conçue spécialement pour que l’eau chargée des fautes de la famille royale s’égouttât sur un pauvre hère, de préférence un prisonnier de droit commun, qui était par la suite chassé de la ville. Cette expulsion pouvait déjà représenter un progrès par rapport à une coutume plus antique qu’on imagine être celle d’une mise à mort – la pratique du bouc émissaire venant alors à point nommé pour servir de cadre à une exécution prévue de toute manière, de cadre et de surcharge idéologique, puisque là encore la signification sert de justification, et la justification sert à ne pas entendre les cris de la victime…


Date de mise en ligne : 23/08/2022

Ce chapitre est en accès conditionnel

Cairn Pro Gestion - Ouvrages + Revues

380 € par an

10 000 ouvrages et 300 revues au cœur de votre métier

Acheter cet ouvrage

20,20 €

238 pages, format électronique (HTML et feuilletage, par chapitre)
Déjà abonné(e) à Cairn Pro ? Membre d'une institution cliente ?