Une révolution familiale au long cours
- Par Bernard Lempert
Pages 198 à 210
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- LEMPERT, Bernard,
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- Lempert, B.
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Le non-sacrifice d’Isaac par Abraham est un événement fondateur à double titre. Il marque d’abord une rupture radicale en se séparant une fois pour toutes des rites incluant des sacrifices d’enfants. L’ange dépêché en urgence par les autorités symboliques supérieures ne se contente pas de suspendre le geste du patriarche en lui saisissant le poignet in extremis – c’est-à-dire avant que le sacrificateur commette l’irréparable –, il annonce encore par la même occasion la fin à venir des temps sacrificiels, en délivrant toute l’enfance en la personne de cet enfant-là. Ce n’est pas un hasard si les trois monothéismes issus de la Bible, si prompts à s’entre-déchirer de mille manières, reconnaissent la scène du mont Moriah comme une racine commune, comme s’il y avait une relation consubstantielle entre la naissance du monothéisme et le refus radical de pratiquer le sacrifice sur le représentant de toute naissance ; comme si Dieu en quelque sorte naissait de la fin des meurtres rituels commis sur la descendance, ce qui donne aussitôt à la divinité, par-dessus le marché, une tournure fortement messianique, c’est-à-dire orientée vers la descendance. En se laissant convaincre de ne pas porter la main sur son fils, en acceptant cette révolution religieuse improvisée, en rangeant une partie de ses ustensiles au vestiaire de l’histoire des cultes et en poursuivant ainsi son émancipation idéologique, loin des coutumes qui avaient pu marquer sa propre enfance, Abraham fait un premier pas, décisif, en direction des droits de la personne humaine…
Date de mise en ligne : 23/08/2022
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