Vient le monde des corps
- Par Jean-Luc Nancy
Pages 36 à 39
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- NANCY, Jean-Luc,
- Nancy, Jean-Luc.
- Nancy, J.-L.
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Il y a eu cosmos, le monde des places distribuées, lieux donnés par les dieux et aux dieux. Il y a eu res extensa, cartographie naturelle des espaces infinis et de leur maître, l’ingénieur conquistador, lieu-tenant des dieux disparus. Vient à présent mundus corpus, le monde comme le peuplement proliférant des lieux (du) corps.
Ce qui vient n’est en rien ce que prétend le discours faible du semblant et du spectacle (un monde d’apparences, de simulacres, de fantasmes, sans chair et sans présence). Ce discours faible n’est pas autre chose que le discours chrétien de la transsubstantiation, simplement vidé de substance (et sans doute de christianisme…). Discours foutu : les corps ont commencé à lui passer dessus. Ce qui vient est une tout autre version, une tout autre articulation de hoc est enim…
Et tout d’abord, ce n’est peut-être rien d’autre, rien de plus que ceci : il vient ce que nous montrent les images. Nos milliards d’images nous montrent des milliards de corps – comme jamais corps ne furent montrés. Des foules, des amas, des mêlées, des paquets, des colonnes, des attroupements, des pullulements, des armées, des bandes, des débandades, des paniques, des gradins, des processions, des collisions, des massacres, des charniers, des communions, des dispersions, un trop-plein, un débordement de corps toujours à la fois en masses compactes et en divagations pulvérulentes, toujours collectés (dans des rues, des ensembles, des mégapoles, des banlieues, des lieux de transit, de surveillance, de commerce, de soins, d’oubli) et toujours abandonnés à un brouillage stochastique des mêmes lieux, à l’agitation, qui les structure, d’un incessan…
Date de mise en ligne : 04/09/2016