Chapitre d’ouvrage

7. La désempathie

Pages 257 à 284

Citer ce chapitre


  • Sironi, F.
(2017). 7. La désempathie. Comment devient-on tortionnaire ? : Psychologie des criminels contre l’humanité (p. 257-284). La Découverte. https://shs.cairn.info/comment-devient-on-tortionnaire--9782707195074-page-257?lang=fr.

  • Sironi, Françoise.
« 7. La désempathie ». Comment devient-on tortionnaire ? Psychologie des criminels contre l’humanité, La Découverte, 2017. p.257-284. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/comment-devient-on-tortionnaire--9782707195074-page-257?lang=fr.

  • SIRONI, Françoise,
2017. 7. La désempathie. In : Comment devient-on tortionnaire ? Psychologie des criminels contre l’humanité. Paris : La Découverte. Sciences humaines, p.257-284. URL : https://shs.cairn.info/comment-devient-on-tortionnaire--9782707195074-page-257?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Voir Alain Berthoz, Gérard Jorland et al., L’Empathie, Paris, Odile Jacob, 2004.
  • [2]
    Sur les dimensions culturelles de l’empathie, en particulier dans la pensée bouddhiste, voir le chapitre de la philosophe Nathalie Depraz intitulé « Empathie et compassion. Analyse phénoménologique et enseignements bouddhistes, in Ibid.
  • [3]
    Sudhir Kakar, Fou et Divin, Paris, Seuil, 2010, p. 106.
  • [4]
    Robert Jay Lifton, Les Médecins nazis. Le meurtre médical et la psychologie du génocide, Paris, Laffont, 1989, p. 484.
  • [5]
    Serge Tisseron, L’Empathie. Au cœur du jeu social, Paris, Albin Michel, 2011.
  • [6]
    Ludovic Lamant, « Jeremy Rifkin. Dans les tuyaux, une nouvelle révolution industrielle », < mediapart.fr>, 31 juillet 2011. Voir aussi Jeremy Rifkin, Une Nouvelle Conscience pour un monde en crise. Vers une civilisation de l’empathie, Paris, Les liens qui libèrent, 2011.
  • [7]
    Voir Jean Decety, « L’empathie est-elle une simulation mentale de la subjectivité d’autrui ? », in Alain Berthoz, Gérard Jorland et al., L’Empathie, op. cit.
  • [8]
    Communication de Guillaume Vaïva, « Évaluation neurobiologique des interventions précoces », Journée de l’ALFEST (Association francophone d’étude sur le stress et le trauma), Bruxelles, septembre 2005.
  • [9]
    Voir son autobiographie (1959), Le Commandant d’Auschwitz parle, Paris, La Découverte, 2005.
  • [10]
    Exemple cité par Muriel Montagut dans sa thèse de doctorat en sociologie clinique, « Les possibilités d’être après la torture. Sociologie clinique du système torturant », 2009, p. 183.
  • [11]
    Voir Robert Jay Lifton, Les Médecins nazis, op. cit., p. 486.
  • [12]
    Maurice Corcos et Mario Speranza (dir.), Psychopathologie de l’alexithymie, Paris, Dunod, 2003 ; Michèle Montreuil, « Le fondement alexithymique : de l’observation clinique à l’évaluation quantitative », Pratiques psychologiques, 1, 1995 ; Jean-Louis Pédinielli, Psychosomatique et Alexithymie, Paris, PUF, 1992.
  • [13]
    Daniel Zagury, L’Énigme des tueurs en série, Paris, Plon, 2008.
  • [14]
    Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, op. cit. ; Joachim Fest, Les Maîtres du IIIe Reich, op. cit., p. 146.
  • [15]
    Voir notamment Hannah Arendt, Responsabilité et Jugement, Paris, Payot, 2005, tout particulièrement p. 75 à 78. Voir également Léon Goldensohn, Les Entretiens de Nuremberg, op. cit. ; Gustav Markus Gilbert, Le Journal de Nuremberg, op. cit. Daniel Gonin, « Portrait d’un criminel contre l’humanité », in Pierre Truche (dir.), Juger les crimes contre l’humanité, Lyon, ENS Éditions, 2009, et Harald Welzer, Les Exécuteurs, op. cit.
  • [16]
    Stanley Milgram, Soumission à l’autorité, Paris, Calmann-Lévy, 1974, p. 22.
  • [17]
    Alexander Laban Hinton, Why Did They Kill?, op. cit., p. 237. Il fait référence à la réunion du 18 février 1976. Cette source est conservée au Centre de documentation du génocide DC-Cam, Phnom Penh. Document Do6936.
  • [18]
    Ibid., p. 238.
  • [19]
    Voir Gitta Sereny, Au fond des ténèbres, op. cit.
  • [20]
    Cette citation est tirée de David Chandler, S-21 ou le crime impuni des Khmers rouges, op. cit., p. 176.
  • [21]
    Ibid., p. 176.
  • [22]
    Voir la version française du verbatim du procès numéro deux, journée d’audience n° 45, 2 avril 2012, p. 101.
  • [23]
    Duch avait expliqué précédemment que c’était pour éviter des gestes déplacés de leur part à l’égard des femmes. Tout viol était puni de mort.
  • [24]
    On remarquera que Duch utilise à nouveau la terminologie khmère rouge lorsqu’il est replongé dans le passé au cours du procès.
  • [25]
    Expression empruntée à Daniel Zagury. Voir « Tueurs en série et acteurs de génocide (pour que tuer devienne facile) », Topiques, 17, 2011.
  • [26]
    Alexander Laban Hinton, Why Did They Kill?, op. cit. Voir le chapitre 2, « A Head for an Eye. Disproportionate Revenge ».
  • [27]
    Voir le verbatim en français du témoignage de Duch, interrogé par le procureur Smith au cours du procès numéro deux. Journée d’audience n° 44, 29 mars 2012, p. 21.
  • [28]
    Voir « Pulsions et destins des pulsions », in Sigmund Freud (1943), Métapsychologie, Paris, Gallimard, 1981.
  • [29]
    Daniel Zagury, « Tueurs en série et acteurs de génocide (pour que tuer devienne facile) », loc. cit.
  • [30]
    Jean Hatzfeld, Une saison de machettes, Paris, Seuil, 2003.
  • [31]
    C’est ce qui transparaît dans ses œuvres, notamment dans Sophie de Mijolla-Mellor, La Mort donnée. Essai de psychanalyse sur le meurtre et la guerre, Paris, PUF, 2011.
  • [32]
    Voir Françoise Sironi, Bourreaux et victimes, op. cit.
  • [33]
    Harald Welzer, Les Exécuteurs, op. cit.
  • [34]
    Sur le rôle de la haine dans son rapport avec l’identité, voir Günther Anders, le premier mari de Hannah Arendt, dans Günther Anders 1985, La Haine, Paris, Rivages, 2009.
  • [35]
    Georges Devereux, Ethnopsychanalyse complémentariste, op. cit., p. 152.
  • [36]
    Jeremy Rifkin, Une nouvelle conscience pour un monde en crise, op. cit., p. 550.
  • [37]
    Hannah Arendt et Joachim Fest, « Eichmann était d’une bêtise révoltante », in Entretiens et lettres, Paris, Fayard, 2013, p. 166.
  • [38]
    Ibid., p. 172.
  • [39]
    Ibid., p. 173.

La désempathie est l’un des organisateurs psychiques majeurs de la psychologie de Duch. Mais qu’entend-on par empathie et par désempathie ? Comment se manifeste-t-elle, chez Duch, et quelle en est l’origine ?
L’empathie est généralement définie comme la capacité à penser les pensées des autres et à ressentir leurs affects et émotions, mais sans jamais perdre son propre centre de gravité. Elle fait accéder au point de vue des autres et ce faisant constitue une simulation mentale de la subjectivité d’autrui, mais tout en restant soi-même . Elle présuppose donc cette condition primordiale : être capable de faire la distinction entre soi et autrui . La désempathie est donc l’absence ou la perte de cette capacité.
Gandhi considérait l’empathie comme la plus haute vertu humaine car elle permet de voir tous les êtres en nous-mêmes, et de nous voir dans tous les êtres . À l’opposé, la psychanalyse a un point de vue très réducteur et critique sur ce qu’elle nomme « altruisme ». La notion d’empathie ne fait pas partie de son édifice théorico-clinique. Pour la psychanalyse, l’altruisme est considéré comme une variante du masochisme. Dans cette perspective neurasthénique, le comportement altruiste est pensé comme une défense contre des tendances prononcées à l’agressivité et à l’envie.
L’empathie présuppose d’avoir une identité à soi et d’être conscient de posséder une identité propre, distincte de celle d’autrui. Il ne s’agit pas de s’identifier à l’autre et de perdre, ce faisant, sa capacité d’analyse propre…


Date de mise en ligne : 15/02/2019

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