Marchandises exotiques et mercantilisme
À quel prix le sucre est-il devenu l’opium du peuple ?
- Par Elizabeth Abbott,
- Traduit de l’anglais par Charlotte Matoussowsky
Pages 647 à 648
Citer ce chapitre
- ABBOTT, Elizabeth,
- Traduit de l’anglais par MATOUSSOWSKY, Charlotte,
- SINGARAVÉLOU, Pierre,
- ASSERAF, Arthur,
- BLANC, Guillaume,
- KISUKIDI, Nadia Yala
- et LAMOTTE, Mélanie,
- Abbott, Elizabeth.,
- et al.
- Abbott, E.,
- Traduit de l’anglais par Matoussowsky, C.
- P. Singaravélou,
- A. Asseraf,
- G. Blanc,
- N. Kisukidi
- et M. Lamotte
https://doi.org/10.3917/ls.singa.2023.01.0647
Citer ce chapitre
- Abbott, E.,
- Traduit de l’anglais par Matoussowsky, C.
- P. Singaravélou,
- A. Asseraf,
- G. Blanc,
- N. Kisukidi
- et M. Lamotte
- Abbott, Elizabeth.,
- et al.
- ABBOTT, Elizabeth,
- Traduit de l’anglais par MATOUSSOWSKY, Charlotte,
- SINGARAVÉLOU, Pierre,
- ASSERAF, Arthur,
- BLANC, Guillaume,
- KISUKIDI, Nadia Yala
- et LAMOTTE, Mélanie,
https://doi.org/10.3917/ls.singa.2023.01.0647
C’est au xie siècle que les croisés introduisent la canne à sucre en Europe, le plus doux des aliments, qui donnera plus tard naissance à l’un des systèmes de travail les plus cruels jamais inventés : l’esclavage africain. Cependant, à l’origine, le sucre n’est rien d’autre qu’une délicieuse marchandise, estimée comme cadeau de prix ou comme pot-de-vin. Les plus riches l’exhibent de manière ostentatoire sous forme de vaisselle comestible ou d’imposantes sculptures.
Deux reines Médicis – Catherine, femme d’Henri II, et Marie, épouse d’Henri IV – font advenir un nouvel âge du sucre avec les doux mets de leurs chefs italiens, qui deviennent de rigueur à la fin des repas. La prolifération des livres de cuisine en France – 230 entre 1541 et 1798 – enseigne aux classes moyennes émergentes les secrets de la réalisation de desserts sucrés.
Cependant, la véritable révolution dans la consommation du sucre – et dans les vies des millions d’Africaines et d’Africains forcés à sa production – survient lorsque les Européennes et Européens découvrent que cet aliment peut transformer trois âcres substances étrangères – le café, le thé et le chocolat – en breuvages divins. À la fin du xviie siècle prolifèrent des cafés servant les trois boissons, attirant par leur atmosphère et leur coût modique une clientèle variée, allant de négociants à des penseurs éclairés, au rang desquels Voltaire, Diderot, Rousseau et Condorcet. Cette clientèle, à mesure qu’elle avale des litres de café, thé et chocolat sucrés – ou, comme Voltaire au Café Procope, un doux mélange de café et chocolat –, acquiert une habitude riche en sucre…
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