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III - La bifurcation esthétique

Pages 75 à 102

Citer ce chapitre


  • Auroux, S.
(1990). III - La bifurcation esthétique. Barbarie et Philosophie (p. 75-102). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/barbarie-et-philosophie--9782130433811-page-75?lang=fr.

  • Auroux, Sylvain.
« III - La bifurcation esthétique ». Barbarie et Philosophie, Presses Universitaires de France, 1990. p.75-102. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/barbarie-et-philosophie--9782130433811-page-75?lang=fr.

  • AUROUX, Sylvain,
1990. III - La bifurcation esthétique. In : Barbarie et Philosophie. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Philosophie d'aujourd'hui, p.75-102. URL : https://shs.cairn.info/barbarie-et-philosophie--9782130433811-page-75?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Une première version de ce texte est parue dans Modern Language Notes, vol. 102. n° 4, 1987, pp. 811-831.
  • [2]
    Cf. R. Mandrou, Des humanistes aux hommes de science. Paris. Le Seuil, 1973
  • [3]
    Cf. C.P. Snow, Les deux cultures. Paris. J-J. Pauvert, 1968 (original anglais, 1959, 1963).
  • [4]
    Voir, par exemple, Eros and Civilization. A Philosophical Inquiry into Freud (1955), chap. IX.
  • [5]
    R. Mortier, L’originalité. Une nouvelle catégorie esthétique au siècle des Lumières, Genève, Droz, 1982.
  • [6]
    G. Charbonnier, Entretiens avec Lévi-Strauss, Paris, UGE, 1961, p. 84.
  • [7]
    Voir P. Aubenque, La prudence chez Aristote, Paris, PUF, 1963.
  • [8]
    D’où la répugnance à parler de production à propos de l’œuvre littéraire, sauf chez les marxistes pour qui le travail est le seul modèle d’activité qui cause l’émergence de quelque chose à l’être ; cf. P. Macherey, Pour une théorie de la production littéraire, Paris, Maspéro, 1966.
  • [9]
    C’est ce qu’avait bien vu Foucault à propos de la fonction d’auteur : « the author is not an indefinite source of significations which fill a work ; the author does not precede the works, he is a certain functional principle by which, in our culture, one limits, excludes and chooses ; in short, by which one impedes the free circulation, the free manipulation, the free composition, decomposition, and recomposition of fiction » (In : J. Harari (ed.) Textual Strategies. Perspectives in Post-Structuralism Criticism, Cornell University Press. 1979, p. 159).
  • [10]
    Cf. C. Lévi-Strauss, loc. cit., n. 5, p. 144 : « Devant un tableau abstrait, j’aurai toujours la même hésitation : est-ce que je vais l’accrocher à mon mur, ou ne trouverais-je pas une satisfaction aussi grande dans tel morceau de bois flotté, dans tel échantillon minéral ? (...), ce n’est pas tellement l’attrait de cette peinture que je mets en doute, bien qu’il soit du même ordre que celui des choses. C’est son caractère significatif (...) ».
  • [11]
    M. Blanchot, L’espace littéraire, 1955, Paris, Gallimard, pp. 297 et s.
  • [12]
    Cf. Paul Klee, Théorie de l’art moderne, Paris, Gonthier, 1964, p. 73.
  • [13]
    Cf. « Sur l’échec de la poésie contemporaine », postface à S. Auroux, Races, poème polysémique et didactique, Honfleur, P.J. Oswald, 1972.
  • [14]
    Cf. A. Viala, Naissance de l’écrivain, Paris, Ed. de Minuit, 1985. Viala place cette naissance à l’âge classique, avec la mise en forme d’instances spécifiques de légitimation, et l’apparition des droits des auteurs. On comprend mieux alors l’émergence brutal du champ esthétique au XIXe siècle : il a fallu que l’institution se mette en place avant. ce qui confirme notre thèse de la préminence de la critique dans la constitution de l’art moderne.
  • [15]
    M. Foucault dans un entretien avec R.-P. Droit, publié à titre posthume dans le journal Le Monde (« Le Monde sans visa », samedi 6 septembre 1986, p. 12). Cet entretien contient les dernières idées de l’auteur sur la littérature, qui radicalisent les positions bien connues exprimées dans la conférence « Qu’est-ce qu’un auteur ? » que nous citons note (8). Il énonce des tâches qui correspondent à peu près à ce que nous défendons ici : « Il faudra se demander, d’une part, quelle est au juste cette activité qui consiste à faire circuler de la fiction, des poèmes, des récits (...) dans une société. On devrait analyser aussi une seconde opération : parmi ces récits, qu’est-ce qui fait qu’un certain nombre sont sacralisés, se mettent à fonctionner comme « littérature » ? Ils sont ausitôt repris à l’intérieur d’une institution qui était à l’origine fort différente : l’institution universitaire. Maintenant, elle commence à s’identifier avec l’institution littéraire ». On remarque toutefois une autre direction qui s’amorce dans la production contemporaine en France. Un nombre croissant de romanciers sont des fonctionnaires engagés dans l’administration publique ou la vie politique. L’effet de la parution de leurs ouvrages se centre moins sur la littérature en elle-même que sur la position qu’ils occupent dans l’espace social. Autrement dit, au lieu d’avoir la séquence x est un roman, N. en est l’auteur, on a la séquence N. est ceci ou cela (conseiller de tel ministre, auditeur au conseil d’état, attaché d’ambassade, etc.), il a écrit le roman x. Si cette tendance se confirme, cela signifiera probablement que la littérature cesse d’avoir une fonction sociale autonome, pour devenir un phénomène secondaire.
  • [16]
    Cf. en ce qui concerne l’architecture, mais aussi la peinture, l’ouvrage passionnant de Pierre Francastel, Art et technique. La genèse des formes modernes, 1956, Paris, Ed. de Minuit (cité d’après l’édition Denoël/Gonthier, 1983).

ABANDONNONS le concept normatif et terroriste de culture décrit dans notre introduction, pour ne nous attacher qu’à la positivité. Une culture, c’est l’ensemble des médiations symboliques et techniques qu’un certain groupe humain a constituées entre lui-même et son environnement naturel pour satisfaire ses besoins. Autrement dit c’est ce qui rompt l’immédiateté par laquelle le Rousseau du Second Discours caractérise l’état de pure nature. On peut définir l’unité du groupe soit par la circulation des biens et des symboles, soit par l’intégration verticale des fonctions d’autorité. On a tendance à rattacher les groupes un peu importants, et disposant d’une certaine unité historique, à l’unicité d’une culture, ce qu’on appelle une civilisation. La culture sert en effet aussi de médiations entre les différents individus du groupe. Cela ne doit pourtant pas faire oublier le phénomène de la division culturelle. Dans la plupart des sociétés, la culture des femmes, par exemple, diffère de celle des hommes. La division des cultures reproduit celle du travail et des rôles sociaux. La civilisation occidentale est affectée aujourd’hui d’une division culturelle fondamentale qui sépare ce qu’on appelle les humanités et la culture scientifique et technique. Cette dernière par le biais de l’industrialisation fournit la base essentielle de la production des biens et de l’organisation sociale. Une telle division culturelle correspond à une bifurcation dans la formation des individus, qui oppose, depuis le milieu du XI…


Date de mise en ligne : 31/08/2016

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