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Chapitre VI. Rôle social de l’art et art social

Pages 237 à 261

Citer ce chapitre


  • Grange, J.
(2000). Chapitre VI. Rôle social de l’art et art social. Auguste Comte : La politique et la science (p. 237-261). Odile Jacob. https://shs.cairn.info/auguste-comte--9782738108654-page-237?lang=fr.

  • Grange, Juliette.
« Chapitre VI. Rôle social de l’art et art social ». Auguste Comte La politique et la science, Odile Jacob, 2000. p.237-261. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/auguste-comte--9782738108654-page-237?lang=fr.

  • GRANGE, Juliette,
2000. Chapitre VI. Rôle social de l’art et art social. In : Auguste Comte La politique et la science. Paris : Odile Jacob. Hors collection, p.237-261. URL : https://shs.cairn.info/auguste-comte--9782738108654-page-237?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Chapitre III.
  • [2]
    D’où l’éloge de l’utopie, Système de politique, I, 5e partie. Voir notre article, « L’utopie positive », in Raison présente, 1997, n° 1.
  • [3]
    Le théâtre, gratuit et ouvert à toutes les classes sociales (Système de politique, IV, p. 440) en est un exemple. On doit signaler, parmi les 65 fêtes annuelles, celles de « La Presse », puis de « La Poste » enfin de « La Police » (ibid., p. 477).
  • [4]
    Le programme d’éducation de Comte sera donné p. 253 sq.
  • [5]
    Chapitre V.
  • [6]
    « L’art se trouve mieux apte que la science à caractériser et développer la logique positive, où les images, que seul il peut assez élaborer, font converger les signes avec les sentiments pour faciliter la pensée », Système de politique, IV, p. 54.
  • [7]
    Chapitre III.
  • [8]
    Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société.
  • [9]
    Voir par exemple Bachelard, La Formation de l’esprit scientifique, Vrin, 1975, p. 14. « La science […] s’oppose absolument à l’opinion. […] l’opinion pense mal, elle ne pense pas, elle traduit des besoins en connaissances. »
  • [10]
    Cf. chapitre III sur le statut de la « septième des sciences ».
  • [11]
    Système de politique, I, p. 279-280.
  • [12]
    Comte se moque de ce qui lui apparaît comme de ridicules et pédantes spécialités médicales. Le médecin, même s’il est spécialiste, devrait d’après lui organiser son activité d’une manière que l’on peut dire « synthétique ». « Il faut que chaque médecin, dans la partie où il est cantonné, comprenne bien la connexion scientifique de toutes les sciences médicales, afin de donner à ses recherches une direction utile pour l’ensemble et d’éviter ainsi l’anarchie scientifique », Claude Bernard, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale. Le vocabulaire et l’inspiration positivistes sont patents ici, Claude Bernard n’étant pas par ailleurs sans critique à l’égard du comtisme dont il n’est qu’en partie l’héritier.
  • [13]
    La médecine hippocratique, l’École de Montpellier, ont la faveur de Comte.
  • [14]
    À propos de la « classe des médecins » : « Quoique je n’aie jamais ménagé son matérialisme et sa vénalité, j’y trouvais toujours de précieuses sympathies envers la doctrine qui révèle son importance sociale et son indépendance théorique en incorporant son office au sacerdoce de l’Humanité », Système de politique positive, IV, p. 427. Pour être « prêtres de l’Humanité » cependant les médecins devront faire une « renonciation solennelle à tout exercice privé, pour se consacrer dignement au service public, dès lors convenablement rétribué ». Tout chef-lieu ou centre régional doit avoir ses hôpitaux, des médecins publics dirigeront gratuitement dans les familles les soins prescrits.
  • [15]
    Il convient donc d’opérer la synthèse dans la figure du médecin-prêtre, psychiatre, moraliste et sociologue en même temps qu’efficace médecin généraliste. Il aura pour tâche de concilier « la connaissance positive de l’homme avec celle du corps », le moral avec le physique.
  • [16]
    52e lettre in Lettres à divers, 1er volume.
  • [17]
    « La vraie biologie n’a nullement pour objet la connaissance individuelle de l’homme mais seulement l’étude générale de la vie, envisagée surtout les êtres qui en jouissent », Système, II, p. 437. L’individu, physiquement et surtout moralement pour la psychiatrie, est connu à partir de considérations sociologiques qui éclairent les données biologiques, plutôt que l’inverse.
  • [18]
    Voir 42e Leçon du Cours, Système de politique, I, p. 567.
  • [19]
    Ibid, II, p. 436.
  • [20]
    Michaël Balint, Le Médecin, le Malade et la Maladie, Payot, 1980, 1re édition en anglais 1957.
  • [21]
    Cf. Système de politique, IV, p. 427 sq. pour le programme de réforme des études médicales.
  • [22]
    « […] des variations exceptionnelles, qualifiées de perturbations dans l’existence individuelle, de maladies envers les êtres vivants, et de révolutions dans la vie collective », ibid., II, p. 430.
  • [23]
    Les « écoles positives » (ibid., IV, p. 428) sont surtout destinées aux médecins. Les élèves (âgés de vingt ans environ) y subiront trois années de « noviciat encyclopédique » (d’études scientifiques) dans une « réclusion » (les étudiants sont amenés à étudier loin de leur famille où ils ne résident plus). Ensuite l’expérience directe de la clinique dans un hôpital, sous la direction d’un praticien, permettra l’apprentissage (« trois années cliniques ») ; après ces six ans de formation les futurs médecins feront un an d’étude des « maladies cérébrales » (voir ibid., p. 437). La dissection sera pratiquée aussi rarement que possible bien qu’elle ait été nécessaire pendant plusieurs siècles pour permettre de collecter un nombre appréciable de connaissances. Elle est hautement préjudiciable : « […] le positivisme fera partout respecter la dignité du pauvre que le catholicisme en décadence ne sut jamais protéger. Aux hôpitaux, comme ailleurs, nul ne subira l’outrage anatomique sans son libre assentiment antérieur confirmé par sa famille. Les médecins sont d’ailleurs peu convaincus de la nécessité de cette exploration, puisque ceux qui l’invoquent le plus souvent y vouent rarement leurs propres restes » (ibid.).
  • [24]
    « Examen du Traité de Broussais sur l’irritation », ibid., annexes, p. 227.
  • [25]
    « Source cérébrale de toute maladie », « Réaction du cerveau sur les viscères », 44e lettre in Lettres à divers. Sur l’origine « cérébrale » des stigmates de saint François d’Assise, voir lettre à M.A. Sabatier, 23 juin 1857.
  • [26]
    « L’irrationalité de l’art médical résulte de ce que les conceptions y restent toujours collectives, tandis que les applications y deviennent toujours plus individuelles. » Lettre à H. D. Hutton in Lettres à divers, I, p. 654.
  • [27]
    « Considérations sur le pouvoir spirituel », in Philosophie, France, xixe siècle, anthologie de textes philosophiques français du xixe siècle éditée par Douailler, Droit, Vermeren, Le Livre de poche, 1993.
  • [28]
    La Vie d’Auguste Comte, rééd. Vrin, 1996.
  • [29]
    Sur l’éducation, voir Arbousse-Bastide, La Doctrine de l’éducation universelle dans la philosophie d’Auguste Comte, PUF, 1957.
  • [30]
    Considérations sur le pouvoir spirituel. Annexe au Système de politique, t. IV, p. 193.
  • [31]
    Après une éducation essentiellement familiale (du moins lorsque les familles seront suffisamment éduquées elles-mêmes pour l’assumer), Comte prévoit un enseignement obligatoire de sept ans (enseignement public des sciences) qui correspond à l’actuel cycle des études secondaires.
  • [32]
    Il convient en effet d’« instituer, à la judicieuse imitation du catholicisme, un système d’habitudes à la fois publiques et privées, propre à ranimer énergiquement le sentiment soutenu de la solidarité sociale » (57e Leçon).
  • [33]
    Discours sur l’ensemble du positivisme.
  • [34]
    Littré dans un article sur Comte (27 août 1849, Le National) déplore : « L’éducation appartient à la corporation ecclésiastique, et l’instruction à la corporation universitaire » ; il convient de suivre le conseil de Comte et de lier les deux.
  • [35]
    Cf. la Bibliothèque du prolétaire.
  • [36]
    Nicolet (1994), p. 189.
  • [37]
    Jusqu’à « la fin de la seconde dentition », à sept ou huit ans environ, les enfants reçoivent donc une éducation sensorielle et affective : leçons de choses et culte du cœur. Ils sont fétichistes au sens religieux du terme (Système, tome II, p. 84). De ce moment jusqu’à la puberté (où commence l’instruction scientifique), c’est la culture de l’imagination, essentielle, qui trouve sa place (culture esthétique, apprentissage des langues essentiel à la construction de l’Europe et de l’État cosmopolitique), c’est l’âge polythéiste. Il est donc inutile aux yeux de Comte de proposer trop tôt une culture encyclopédique ou scientifique. Pour le détail du programme éducatif voir Discours sur l’ensemble du positivisme (3e partie), Rapport à la société positiviste sur la nature et le plan d’une école positiviste (1849), publié dans La Revue occidentale en 1885.
  • [38]
    Sur la « loi encyclopédique servant de base à l’éducation scientifique » voir la 2e Leçon du Cours de philosophie positive, in fine.
  • [39]
    57e Leçon du Cours.
  • [40]
    Cf. supra, p. 244.
  • [41]
    58e Leçon, Cours, t. II, p. 741.
  • [42]
    Il existe beaucoup de contradictions dans le détail des programmes éducatifs de Comte : « libérer » l’enseignant des pouvoirs temporels (de l’État) mais ôter l’éducation des mains de l’Église, faire des femmes des éducatrices (mais il convient de les éduquer d’abord). D’où l’idée d’une instruction publique obligatoire pour les prolétaires (hommes ou femmes) pendant une « phase transitoire ». L’Université étant par ailleurs un « corps rétrograde » diffusant un dogme (morale conventionnelle), il y a nécessité à la fois de séparer l’État de l’Église et de le séparer de l’enseignement. Cf. Nicolet, op. cit., p. 190 et Discours sur l’ensemble du positivisme (3e partie).
  • [43]
    Voir Discours sur l’ensemble du positivisme, 3e partie.
  • [44]
    « Ces sages déplacements, où se développera la fraternité occidentale, compléteront d’ailleurs les études scientifiques, soit en familiarisant davantage avec les idiomes appris, soit surtout en faisant mieux goûter les productions musicales, pittoresques, ou monumentales qui ne sauraient s’apprécier qu’à leur source locale. » Ibid.

La politique positive institue assez peu de culte public, le peuple ne se rassemble pas, il n’y a pas de lieu central et symbolique de l’unité sociale. Comme mode d’organisation d’une société des individus, elle exclut tout rituel véritable, toute personnalité charismatique. C’est l’« art », qui n’est pas un art au sens de l’esthétique, qui permet de donner une identité imaginaire au collectif. Cette identité est exposée aux yeux de tous d’une manière indirecte et dans la relativité d’un grand nombre d’expressions particulières : statues et monuments, noms de rues et œuvres d’art. Ce sont les divers rassemblements d’individus dans des lieux publics, musées, théâtres, salles de conférence ou d’opéra, bibliothèques autant que l’activité strictement privée (la pratique d’un art, la lecture) qui constituent cette forme séculière de culte.
C’est donc une définition assez particulière de la dimension imaginaire de la vie civique qui amène Comte à préciser ce qu’il entend par art. Il s’agit de figurer la communauté historique passée et aussi d’exposer l’espérance collective future. Pas de grandes cérémonies collectives, de foule assemblée, de violence potentielle. Mais en divers lieux et diversement, la culture savante et le divertissement confondus dans des cérémonies publiques. Dans la modernité, qui ne peut plus produire de mythes, ce qui unit l’immense société des individus que sera l’État international, c’est la « fiction » d’un espace immatériel : la culture qui rassemble tous les hommes indépendants et différents, parce que indirectement elle forme leur goût, leurs idées, leurs mœurs…


Date de mise en ligne : 08/11/2021

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