Chapitre d’ouvrage

2. La parole relative à l’origine

Pages 37 à 50

Citer ce chapitre


  • Delannoy, C.
(2008). 2. La parole relative à l’origine. Au risque de l’adoption : Une vie à construire ensemble (p. 37-50). La Découverte. https://shs.cairn.info/au-risque-de-l-adoption--9782707154309-page-37?lang=fr.

  • Delannoy, Cécile.
« 2. La parole relative à l’origine ». Au risque de l’adoption Une vie à construire ensemble, La Découverte, 2008. p.37-50. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/au-risque-de-l-adoption--9782707154309-page-37?lang=fr.

  • DELANNOY, Cécile,
2008. 2. La parole relative à l’origine. In : Au risque de l’adoption Une vie à construire ensemble. Paris : La Découverte. Poche / Essais, p.37-50. URL : https://shs.cairn.info/au-risque-de-l-adoption--9782707154309-page-37?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Un seul des enfants (à ma connaissance) le regrette et tente d’imposer à son entourage l’usage de son prénom de naissance.
  • [2]
    On constate cependant qu’il y a une mode de certains prénoms étrangers, que l’on identifie aisément comme des choix exotiques de parents français. Nos enfants adoptifs vietnamiens, coréens, indiens, éthiopiens, guatémaltèques, colombiens ou malgaches arrivent en France avec de vrais prénoms d’étrangers, devant lesquels les familles hésitent : les garder c’est afficher la différence. L’enfant de six ans préfère la cacher, l’adolescent de quinze la revendiquera peut-être.
  • [3]
    Il me semble aujourd’hui que la réponse pourrait être plutôt : « Ça te fait de la peine de penser à ta première maman ? » ou bien « Tu dis cela parce que ça te fait de la peine ? » qui permettrait à l’enfant d’en dire plus, et peut-être d’exprimer son chagrin. Mais je suis convaincue d’avoir moi aussi répondu à mes enfants : « Je pense qu’elle n’a pas pu faire autrement » avec la bonne conscience de ne pas porter d’accusation contre leur mère de naissance.
  • [4]
    De leur côté, certains instituteurs vivent mal de découvrir tardivement qu’un enfant de leur classe a été adopté et y voient un manque de confiance. Dans tous les cas, on le voit bien, si des mots sont mis avec l’enfant sur sa situation, on n’en a pas fini pour autant avec le sentiment que l’enfant n’est pas tout à fait conforme et que cela pose un problème dans l’environnement social.
  • [5]
    Je reviendrai ultérieurement sur les voyages de la post-adolescence.
  • [6]
    Les enfants adoptés grands en France peuvent être des enfants retirés à leurs parents par décision de justice à la suite de maltraitance grave, ayant par exemple entraîné la mort d’un petit frère ou d’une petite sœur. Les parents, condamnés alors à de longues peines, sont déchus de leur autorité parentale et les enfants confiés à une famille d’accueil et parfois ensuite à une famille adoptive. La maltraitance peut également avoir été exercée par les parents d’un enfant venu de l’étranger, et être ou non à l’origine de l’adoption de l’enfant.

Parler à son enfant de son adoption, lui dire qu’on ne l’a ni conçu ni porté dans son ventre, répondre à ses questions sur ses parents de naissance et sur son pays d’origine lorsqu’il vient de loin, redouter qu’il veuille un jour y vivre définitivement en rejetant le pays d’accueil... Quels parents adoptifs ne se sont pas surpris à se poser ces questions, en se demandant comment ils y feront face ?
La première décision qui implique une réponse au « comment traiter l’origine, comment l’intégrer ? » est le choix du prénom de l’enfant : faut-il le conserver ? L’adapter ? En donner un autre ? Tantôt le choix relève de l’évidence et les parents le font presque sans y penser, tantôt ils hésitent entre deux solutions qui ont chacune leurs avantages et leurs revers : donner son nom à un enfant, c’est la manière symbolique la plus ancienne et la plus répandue de reconnaître un enfant pour le sien. Respecter le prénom d’origine, serait-ce admettre qu’on ne se sent pas tout à fait parent ? Si le prénom d’origine de l’enfant est difficile à prononcer, n’est-ce pas un handicap imposé à l’enfant ? Lorsqu’il fréquentera un club, ou cherchera du travail en France, ne vaudrait-il pas mieux pour lui s’appeler Olivier que Noureddine ou Indirah ? Mais changer le prénom de l’enfant, n’est-ce pas se voiler la face devant la réalité, nier ce qu’a déjà vécu cet enfant, lui imposer à lui-même une étrange rupture d’identité s’il est habitué à répondre à son prénom ?
Peu d’enfants adoptifs, parmi ceux que j’ai rencontrés, portent un prénom nettement étranger, mais plusieurs portent cependant leur prénom d’origine : c’est le cas lorsque les enfants viennent de pays autrefois colonies françaises ou d’orphelinats tenus par des religieuses françaises…


Date de mise en ligne : 03/05/2017

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