« L'analyste ne s'autorise que de lui-même »
Sens de ce principe et ses répercussions institutionnelles
Pages 11 à 18
Citer cet article
- SAFOUAN, Moustapha,
- Safouan, Moustapha.
- Safouan, M.
https://doi.org/10.3917/fp.020.0011
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- Safouan, M.
- Safouan, Moustapha.
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https://doi.org/10.3917/fp.020.0011
1 Le sens que je donne à ce principe selon lequel l’analyste ne s’autorise que de lui-même dépend étroitement de l’expérience que j’ai eue de la différence entre les méthodes de Lacan et celles des autres didacticiens avec lesquels j’ai fait ma formation au sein de la Société Psychanalytique de Paris. Cette formation a commencé en avril 1946 avec le début de mon analyse personnelle et a pris fin en octobre/novembre 1953, moment où je devais présenter à la Société de Paris un mémoire clinique, selon une tradition qui était en vigueur à cette époque-là. Ce mémoire, je l’ai cependant présenté non pas à la Société de Paris mais à la Société Française qui a été créée par Daniel Lagache et quelques autres, au moment de la scission de 1953. En raison de ce lien entre le sens que je donne à ce principe, d’un côté, et cette expérience de formation – la mienne –, de l’autre côté, je dois dire quelque chose de cette formation.
2 Elle a commencé, comme c’était la règle, avec le début de mon analyse personnelle sous la direction du docteur Marc Schlumberger. Si je devais maintenant revenir sur ses méthodes, à plus de soixante ans de distance, je dirais d’abord qu’il faisait volontiers appel à ce que Strachey appellerait l’interprétation « à chaud », au sens de celle qui pointe la projection transférentielle au moment même où elle est transparente. Je me rappelle comment, à la fin d’une séance, au moment où je prenais la porte, je lui ai fait part d’une confidence embarrassante que je n’avais pas réussi à dire au cours de la séance même. Son seul commentaire fut : « Vous me le dites maintenant ? » Cette simple remarque a amplement suffi à me faire toucher du doigt qu’au fond ce n’était pas à lui que je m’adressais, mais à je ne sais quelle instance surmoïque que j’avais placée en lui. En outre, il était suffisamment averti pour se rendre compte que le fantasme joue, dans la fabrication de l’interprétation que l’analysant fait parfois de sa propre formation de l’inconscient – tel rêve ou tel lapsus –, un rôle comparable à celui qu’il joue dans la création de cette formation. La certitude qui connote souvent ces interprétations représente, en fait, un poste où le moi se campe, un arrêt où se fige le sujet. Nous avons nos méthodes pour rompre ce genre de certitude. La plus familière consiste en ce que l’analyste donne à tout le moins son silence. Mais Schlumberger avait plusieurs cordes à son arc. Un jour, je lui ai fait part de l’interprétation que je venais de trouver à un symbole onirique. Il a répondu en me demandant : « Et pourquoi pas telle autre interprétation ? », qui avait un sens opposé. C’était une façon de me signifier qu’à ce prix, les interprétations ne coûtaient pas cher. Une autre fois, il m’a carrément enjoint de me contenter de la description, comme je le faisais généralement, laissant de côté les interprétations. Ce qui va peut-être paraître étonnant, c’est l’attention qu’il prêtait au signifiant. À cette époque, on ne parlait pas de signifiant, mais il est certain que Schlumberger avait lu, comme tout le monde, la littérature relative à la technique psychanalytique, entre autres, un ouvrage de Loewenstein, dans lequel il insiste sur le fait que l’analyste doit commencer par les interprétations superficielles avant de procéder aux interprétations en profondeur. L’interprétation « superficielle », cela voulait dire une interprétation qui se formule dans les mots mêmes dont se sert le patient, ce qui préparait le passage vers l’interprétation « en profondeur ». Schlumberger, toutefois, se contentait de l’interprétation superficielle. Je me rappelle comment, à deux reprises, il m’arrêta sur le récit d’images oniriques qui étaient calquées sur deux locutions courantes en français (« avoir un poil dans la main » et « un fil à la patte ») dont j’ignorais le sens à cette époque. Je dirais qu’il se contentait de ce qu’on peut appeler l’autonomie significative du signifiant, d’attirer l’attention du sujet sur ce dernier, ce qui lui donnait l’occasion à son tour de saisir quelque chose de la surcharge significative dont lui, l’analyste, venait d’accuser réception. Mais, je ne l’ai jamais entendu passer aux interprétations en profondeur, au sens d’essayer de me dire les fantasmes qui habitaient mon inconscient – ce qui constitue, après tout, une démarche qui n’est pas sans risques, comparable aux risques que prend l’éléphant qui s’aventure à se balader dans le magasin de porcelaines. Cela peut paraître étonnant car, à cette époque, on ne parlait pas encore de la distinction entre vérité et savoir, mais on parlait beaucoup de « l’objectivation ». On insistait sur ceci que la psychologie est une science qui objective le sujet, en en faisant un objet de connaissance, démarche que l’analyste est censé ne pas effectuer. Cela veut dire qu’au fond, Schlumberger ne s’adressait pas à ce qu’on appelait le Tu, dans la mesure où on définissait la psychanalyse comme une psychologie à deux personnes (two bodies psychology), mais il s’adressait au sujet de l’inconscient lui-même, c’est-à-dire au sujet absolu qu’on ne saurait objectiver. C’était avant l’heure, la méthode de Lacan. Rappelons-nous le commentaire qu’il fait du Banquet. Les éloges, j’allais dire louches, d’Alcibiade à l’endroit de Socrate avaient une double fin : d’abord, empêcher Socrate de désirer l’objet que lui, Alcibiade, désirait – à savoir Agathon –, ensuite, être lui-même, Alcibiade, l’objet exclusif du désir de Socrate. Et Socrate, ma foi, ne s’est pas gêné pour lui dire tout ça rondement et même sur un ton ironique qui n’était pas sans avoir son mordant. Or, Lacan nous dit que ça n’est tout de même pas comme ça que, nous autres analystes, agissons. Effectivement, si j’imagine Lacan à la place de Socrate, je l’entendrais après cet éloge se tourner vers Agathon pour lui dire : « Eh bien mon cher Agathon, tu as compris à qui Alcibiade adresse son laïus. » Du coup, il aurait indiqué à ce dernier l’objet de son désir tout en récusant la place où il voulait l’enfermer comme contenant de l’agalma. Ni l’un ni l’autre de ces deux analystes, Schlumberger comme Lacan, ne prétendaient communiquer au « patient » un savoir relatif aux fantasmes qui peuplaient son inconscient. Ils s’adressaient directement au sujet de l’inconscient. Par exemple, en refusant de donner leur angoisse en réponse à un acting out qui viserait apparemment à provoquer cette angoisse – ce qui n’empêche pas qu’une certaine sollicitude peut être appropriée dans certains contextes. L’affinité entre les méthodes des deux didacticiens explique une remarque interrogative de Lacan, lors d’une séance de contrôle qui remonte à une époque antérieure au début de son séminaire à Sainte-Anne. Après que je lui ai fait part d’un fragment d’analyse, il s’exclama : « C’est étonnant, c’est exactement ce que j’aurais fait à votre place ! » Et comme ce rapprochement entre le style du maître et celui de l’élève risquait de trop flatter ce dernier, il ajouta : « Je vous le dis parce que cela me pose un problème à moi-même. Je ne vous dis pas grand-chose et pourtant… » La suite de la phrase était, à n’en pas douter : « et pourtant… quelque chose passe ». Et, de fait, quelque chose passait dont le germe avait été posé au cours de mon analyse avec Schlumberger.
3 Néanmoins, une différence de poids subsistait. Schlumberger était, si j’ose dire, lacanien à son insu. Ce qui veut dire qu’il n’avait pas, de l’expérience analytique dans son ensemble, une vision comme d’une expérience de discours, un discours ayant sa propre dynamique, ses propres lignes de force et, partant, sa propre direction. Au fond, cette idée de la psychanalyse comme un procès qui a sa propre direction n’a jamais été articulée d’une façon expresse avant Lacan, dans son article « La direction de la cure et les principes de son pouvoir », titre qu’on se trompe lourdement à prendre au sens de « comment diriger une cure », au lieu de retenir le sens subjectif du génitif. Le défaut d’une vision de l’analyse comme un procès ayant sa finalité interne faisait que, pour répondre à la question de la fin de l’analyse, on était obligé de faire appel à des références extérieures à l’analyse. Freud, certes, a donné des critères internes : on sait qu’on ne peut parler d’une fin de l’analyse si elle n’a pas réussi à établir la continuité de l’histoire du sujet ; un autre critère qui ressort de l’article « L’analyse avec fin et l’analyse sans fin » est qu’une analyse prend fin avec l’assomption, je ne dirais pas de la menace de la castration, mais de l’interprétation de cette menace – ce qui d’ailleurs n’est pas sans rapport avec ce que Lacan appelle la traversée du fantasme. De fait, Lacan a donné, au fil de son enseignement, plusieurs critères dont il serait d’ailleurs intéressant d’interroger ce qui les relie : assomption de l’être pour la mort, assomption de l’interprétation de la menace de castration ou encore de la division maximale, traversée du fantasme fondamental, destitution subjective, chute du sujet supposé savoir ce que je refoule, sans parler du deuil qui connote la distance que le sujet prend vis-à-vis des fantasmes dont il tirait ses certitudes. Ces critères n’avaient pas cours à cette époque, de sorte que pour juger de la fin de l’analyse, on faisait appel à des critères externes, comme le renforcement du moi, l’adaptation à la réalité, voire l’adaptation à la réalité via l’identification à l’analyste. On prenait aussi en considération la disparition des symptômes ou, du moins, leur atténuation, ce qui signifiait la réduction de la misère névrotique à la misère ordinaire. Que la misère soit notre condition ordinaire est un fait qui devait nous conduire à reprendre l’examen de la question du symptôme, mais personne, à cette époque, ne songeait à pareille reprise. Restait, en revanche, la question de savoir en quoi consistait le caractère didactique d’une analyse.
4 Je présume que le docteur Schlumberger aurait répondu qu’une analyse peut être considérée comme didactique si elle a donné à l’analysant l’occasion de toucher du doigt la réalité de l’inconscient. Ce critère était là depuis toujours ; c’est même la raison pour laquelle on a institué les analyses didactiques. Il était admis que pour que quelqu’un soit à même d’analyser les mécanismes de l’inconscient, il devait faire l’expérience, dans sa propre analyse, de ces mécanismes. Ce critère reste suffisant jusqu’à nos jours. Il serait loufoque de demander à un analyste qui se propose de commencer un contrôle, d’énoncer ce que son analyse lui a fait accomplir comme progrès sur le chemin socratique de la connaissance de soi, ou encore de lui demander s’il a traversé son fantasme. Tout ce que le « candidat » peut dire dans le cadre d’un tel entretien – surtout s’il s’agit d’un cadre hiérarchiquement institué – ne peut être que du savoir rabâché. Par contre, on peut lui demander de dire quelque chose de sa propre analyse ou de sa pratique d’analyste, s’il a déjà commencé à exercer l’analyse, qui a motivé sa croyance en l’existence de l’inconscient.
5 Il reste qu’une prémisse peut suffire à produire une certaine conséquence sans que cette conséquence en résulte nécessairement. Par exemple, je peux affirmer que pour réussir à l’examen du baccalauréat, il faut travailler sérieusement pendant l’année scolaire, mais il reste possible que je travaille sérieusement pendant toute l’année sans réussir à l’examen. C’est pourquoi, outre la raison suffisante, il y a lieu de chercher la raison nécessaire : celle qui, pour nous, relève de ce qu’on peut appeler le procès interne de l’analyse, considérée comme une expérience de discours. Cette recherche requiert une expérience où les énoncés tirent leur prix non pas de ce qui s’y atteste comme savoir, mais de ce qui s’y signifie à l’occasion comme sujet de l’énonciation. Il s’agit, on l’a compris, de l’expérience de la « passe ». Il y a deux sens à ce terme : le premier est celui d’une éclosion, au sens du moment où advient, enfin, la mutation de l’analysant en analyste, sinon la naissance de ce dernier. Ce sens est un fantasme. Le deuxième sens se dégage de l’analyse comme processus en devenir : à mesure qu’il approche de sa fin, un désir nouveau voit le jour, qui n’a rien à faire avec le désir initial de vouloir être analyste ; un désir qui mérite d’être nommé désir de l’analyste, au sens subjectif du génitif. Pour en donner non pas une définition mais une caractérisation minimale, je parlerais d’un désir qui ne partage pas les refoulements où se terrent communément les fantasmes originaires. Mais je dois, au préalable, parler de Lacan comme « superviseur » ou comme « analyste de contrôle ».
6 Tous les autres didacticiens avec lesquels j’ai fait des analyses de contrôle concevaient leur tâche comme une tâche qui consistait à vous apprendre comment conduire une analyse. Pour l’un, il fallait commencer par repérer le transfert, au sens de la projection sur votre personne d’une image empruntée au répertoire familial. Pour l’autre, il s’agissait d’abord de deviner les significations qui s’embusquent dans l’inconscient – on parlait à cette époque de tel ou tel analyste qui avait une « intuition du tonnerre », quelque chose qui l’apparente aux sibylles et aux devins, etc. Pour un troisième, il s’agissait de mesurer la distance que le patient ou la patiente prenait par rapport à l’objet partiel – le sein, par exemple, ou le pénis – et l’angoisse pouvant naître d’une trop grande proximité avec cet objet ou le désir de s’en emparer. Bref, il s’agissait toujours de vous apprendre comment appliquer à l’analyse la théorie propre à l’analyste de contrôle. On voit combien cette conception du contrôle s’accorde avec une conception de la formation comme transmission d’un savoir, en vue de l’acquisition d’une compétence. On voit aussi que cette conception appelle une organisation nécessairement hiérarchique : il y a, en bas de l’échelle, les apprentis ou les stagiaires, ceux que Lacan, dans son écrit satirique sur la situation de la psychanalyse en 1956, a appelés les « petits souliers » ; puis il y a ceux qui ont acquis la compétence, acquisition que consacre le titre de « membres associés », autrement dit les « suffisances » ; finalement, il y a ceux qui sont à même de transmettre la compétence, c’est-à-dire les didacticiens, baptisés par Lacan les « béatitudes ». Or, il suffit pour montrer le vice de cette conception du devenir analyste, de rappeler qu’il s’agit non pas de l’acquisition d’une aptitude ou d’un savoir, mais de l’assomption d’une vérité, opération pour laquelle il n’y a aucune méthode qui puisse servir de mesure. Aussi, s’appuyant en quelque sorte sur le principe selon lequel la fonction se fonde non pas sur la différence mais sur la ressemblance, Lacan a-t-il essayé de trouver, pour l’effectuation de l’expérience de la passe, des conditions qui mettent cette expérience à l’abri des considérations de prestige. On sait que cette expérience a été un échec. Lui-même a attribué le naufrage de son entreprise à l’invasion de la psychologie de groupe. Mais cette psychologie atteste le fait qu’en s’interrogeant sur son existence, chacun s’interroge sur sa « place », hiérarchiquement conçue. Avant de revenir sur ce point dans mes conclusions, j’aimerais souligner que Lacan n’a jamais exercé sa fonction de superviseur comme une fonction qui consiste à vous apprendre la technique. À part son séminaire sur les écrits techniques de Freud, où il s’agissait avant tout de montrer que ces écrits n’avaient rien d’une ego psychology, il n’a rien écrit sur ce chapitre. Cela ne veut pas dire que concepts et questions théoriques étaient interdits au cours du travail avec lui, mais ils n’étaient instructifs ou n’appelaient une réponse qu’en connexion avec le « matériel » que vous apportiez. Toutefois, au cours de mon contrôle, des circonstances particulières ont surgi à deux reprises, qui ont fait que c’est devenu franchement un contrôle théorique. La première fois a eu lieu au moment où je devais présenter mon mémoire de candidature pour le titre de membre associé. Ce mémoire portait sur la nausée. Ma thèse était que cet affect, qui avait pris chez mon patient de l’époque le caractère d’un symptôme, correspondait au retrait de l’investissement libidinal de l’objet dont la présence revêtait dès lors un caractère intrusif. À cette occasion, Lacan a énergiquement insisté sur l’importance de souligner la signification de cet affect comme « ponctuation » du désinvestissement en question. La deuxième fois a eu lieu à mon retour en France, après cinq ans en Égypte, sous le régime de Nasser (1954-1959). C’était les années au cours desquelles Lacan a construit son graphe, proposant pour la première fois une théorie cohérente du fantasme selon lequel cette structure consiste en une tentative d’« attraper le désir par la queue », lequel désir ne s’attrape pourtant pas, sauf au prix de son assimilation à la demande. J’avais le net sentiment que beaucoup d’eau avait passé sous le pont de l’enseignement de Lacan. Nous nous sommes, dès lors, mis d’accord pour adopter la formule inédite d’un « contrôle théorique » qui m’a permis d’étudier, comme on dit « crayon à la main », quelques écrits qu’il avait publiés entre temps dans la revue La psychanalyse, dont notamment « L’instance de la lettre » et « La lettre volée ». À tout prendre, je dirai que dans mon cas, la transmission de l’enseignement de Lacan a été, pour l’essentiel, une transmission orale. L’assertion reste cependant vraie dans sa généralité : pour Lacan, le fait de demander un contrôle, i.e. de passer à l’exercice de l’analyse, n’était pas la conséquence de ce que vous aviez été analysé, mais un acte dont la responsabilité vous incombe seul, et dont le bien-fondé ne se mesure qu’à ses conséquences. C’est là tout le sens du principe selon lequel « l’analyste ne s’autorise que de lui-même ». Il s’agit là d’un principe dont la rigueur n’admet aucune atténuation. Il est vrai que Lacan a ultérieurement ajouté : « … et de quelques autres ». Mais cette addition était d’abord et manifestement destinée à ménager l’angoisse et l’incompréhension qui ont accueilli l’énoncé de ce principe. Puis, ce qui est plus important, ce principe n’interdit pas, au contraire, la reconnaissance après coup de la pratique de tel analyste. Sous cet angle, cette addition a une valeur non pas constituante mais constatative.
7 Qu’est ce qui résulte de tout ceci sur ce qu’on peut dire d’une institution qui se veut psychanalytique ?
8 Tout d’abord, une telle institution doit sans équivoque prendre ses distances vis-à-vis de l’idée de la formation : elle ne forme pas des analystes. Mais elle organise des activités qui répondent au projet de quiconque veut devenir analyste : celles de l’analyse personnelle, de la supervision et de l’enseignement.
9 Elle peut aussi garantir la pratique effective de tel analyste, là où cette pratique s’inspire de sa conception de l’analyse comme expérience dont le champ est le langage et où les principes de son pouvoir sont ceux de la parole, ou pour m’exprimer dans les termes de la théorie du jeu, où l’analyste ne peut jouer qu’avec les cartes que lui donne l’analysant et sans lesquelles il ne peut rien faire.
10 Dans la mesure où nous ne réduisons pas l’interférence du désir d’analyste dans les cures à un simple accident du contre-transfert chez quelqu’un dont nous supposons par ailleurs qu’il est devenu analyste pour avoir déjà été analysé, et pour peu que nous prenions en considération le caractère foncièrement médiatisé du désir chez l’être parlant, une institution psychanalytique se doit de reprendre l’expérience de la passe. En effet, cette expérience est de nature à nous éclairer non seulement sur ce qui peut se signifier comme désir de l’analyste à la fin d’une analyse conduite jusqu’au terme de son procès interne (ce sont là les cas les plus instructifs), mais aussi sur le procès même de l’analyse ou sur le devenir analyste tel qu’il s’effectue à tout moment de l’analyse, pour autant qu’un transfert de travail s’y atteste. Après tout, que conclure de la critique ruineuse à laquelle Lacan a soumis l’idée des didacticiens constitués en une classe hiérarchique et dont les noms figurent sur une liste, si ce n’est que l’idée même qu’une analyse didactique qui se définirait par son opposition à la thérapeutique est une fiction forgée pour les besoins de l’institution.
Mots-clés éditeurs : contrôle, désir de l'analyste, institution, La fin de l'analyse, la Passe
Date de mise en ligne : 12/10/2010
https://doi.org/10.3917/fp.020.0011