Compte rendu

Guy Le Boterf, Construire les compétences collectives, Paris, Eyrolles, 2018, 209 p.

Page II

Citer cet article


  • Pineau, G.
(2019). Guy Le Boterf, Construire les compétences collectives, Paris, Eyrolles, 2018, 209 p. Éducation Permanente, 218(1), II-II. https://doi.org/10.3917/edpe.218.0207b.

  • Pineau, Gaston.
« Guy Le Boterf, Construire les compétences collectives, Paris, Eyrolles, 2018, 209 p. ». Éducation Permanente, 2019/1 N° 218, 2019. p.II-II. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-education-permanente-2019-1-page-II?lang=fr.

  • PINEAU, Gaston,
2019. Guy Le Boterf, Construire les compétences collectives, Paris, Eyrolles, 2018, 209 p. Éducation Permanente, 2019/1 N° 218, p.II-II. DOI : 10.3917/edpe.218.0207b. URL : https://shs.cairn.info/revue-education-permanente-2019-1-page-II?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/edpe.218.0207b


1 Construire les compétences collectives. Pourquoi ? La première partie du récent ouvrage de Guy Le Boterf en donne les raisons principales, étayées par de nombreux exemples : importance des interfaces ; complexité des situations professionnelles à gérer ; traitement des situations d’urgence, inédites et déconcertantes ; exigences pressantes de l’innovation ; évolution de l’organisation du travail ; développement de l’économie du savoir ; développement des approches territoriales ; progrès des technologies numériques d’information, de communication et de connexion… Autant de raisons et de situations qui échappent au travail individuel en silos, prédéterminé et supervisé par une hiérarchie surplombante où «le tout à l’égo » (p. 123) est moins émoussé que l’héritage d’une science passée des temps et des mouvements. Mais comment ?

2 Avec son économie habituelle de mots et sa règle d’or – mieux vaut une cohérence forte entre quelques décisions de mesures simples qu’une cohérence faible entre des décisions de mesures sophistiquées (p. 83) –, il développe dans les deux autres parties la réponse opératoire annoncée dans le sous-titre : coopérer efficacement dans les entreprises, les organisations et les réseaux de professionnels. La compétence collective est définie en termes de relations de coopération. Simple ! Mais exigeante dans la réalisation. Car pour les construire, encore faut-il que soient réunies les conditions du vouloir, du pouvoir et du savoir coopérer. La deuxième partieexplore, dans les entreprises et les organisations, les conditions à réunir pour rendre possible le pouvoir et le vouloir-coopérer et le faire progresser. Toujours avec économie de mesures, abondance d’exemples et tableaux synthétiques.

3 La troisième partie s’attaque à la construction des compétences collectives dans le travail en réseaux. C’est la plus longue et, à mon avis, la plus originale et la plus intéressante. Quatre types de réseaux sont identifiés avec leurs principales caractéristiques : les réseaux de support d’un acteur individuel ou collectif ; les réseaux d’action collective ; les réseaux d’apprentissage mutuel ; les réseaux de partage et de capitalisation des pratiques (chapitre 4). Mais le réseau n’est pas la réponse magique et automatique. Le chapitre 5 s’emploie à en débusquer les dérives possibles : routine, surplace, encombrement, prise de pouvoir, pillage. Le chapitre 6 développe les conditions de réussite dans un réseau de support et dans un réseau d’action collective. Pour les réseaux d’apprentissage, Le Boterf renvoie à la riche et longue expérience du Mouvement des réseaux d’échanges réciproques de savoirs (mrers), au projet Learn-Nett pour l’Europe, et à d’autres en Suisse et en Italie.

4 Le chapitre final est consacré à la nécessité d’une méthode pour les réseaux de partage et de capitalisation des pratiques professionnelles. Les six moments-clés d’une démarche en spirale sont longuement explicités, avec des boucles d’apprentissage et des axes de progression. Connaissant l’auteur de longue date, je ne peux m’empêcher de voir concentrée, dans le schéma (p. 150) et le déploiement de cette démarche, une capitalisation majeure de ses pratiques professionnelles depuis son premier ouvrage en 1970 : Enquête-participation et animation, culture et développement. C’est comme si une boucle intégratrice capitalisait près de cinquante ans de recherches et d’interventions aux quatre coins du monde.

5 Le réseau se confirme comme le moyen majeur de construire des liens de coopération et de compétences collectives entre acteurs sociaux, autrement enfermés dans des institutions et des positions différentes et clivantes. « Le réseau est une matrice d’exploration personnelle et d’action de groupe, d’autonomie et de relation. Paradoxalement, un réseau est à la fois intime et expansif. Contrairement aux organisations verticales, il peut maintenir, tout en s’étendant, sa qualité personnelle et locale. On n’a pas à choisir un rôle dans une communauté ou une échelle plus globale : on peut avoir les deux (M. Ferguson, Les enfants du verseau, Pour un nouveau paradigme, Paris, Calmann-Lévy, 1981, p. 161). Dès les années 1980, Education permanente avait pressenti les réseaux comme un moyen-clé pour une recherche-formation en éducation permanente (G. Pineau, « Pour une recherche-formation en éducation permanente en réseaux », Education permanente n° 80, 1985, p. 147-158). Guy Le Boterf vient de confirmer cette voie de recherche-formation-intervention.

6 La montée des crises identitaires et organisationnelles des collectivités humaines actuelles, depuis le genre jusqu’à la planète, en passant par la famille, le travail, la nation, la religion, la culture, la génération, la couleur de la peau, place ce récent ouvrage sur la construction de compétences collectives au cœur brûlant de l’actualité mondiale. Elle lui fait largement déborder les problèmes d’organisation du travail qu’il traite en priorité. C’est un livre outil rôdé dans les structures les plus dures et les plus exigeantes d’une « troisième révolution industrielle » (J. Rifkin, Les liens qui libèrent, 2012). Sa transférabilité est souhaitable et entrevue : « Transférer, c’est rendre appropriable. C’est savoir tirer parti d’une expérience nécessairement contextualisée pour en faire une source possible d’inspiration, pour concevoir et mettre en œuvre des nouvelles pratiques dans des contextes distincts » (p. 172). Avis donc à toutes celles et à tous ceux qui désirent construire des sociétés plus coopératives, et qui veulent passer aux actes. Avec ce livre de savoirs éprouvés, ils/elles augmenteront leur compétence.

7 Gaston Pineau.


Date de mise en ligne : 23/06/2022

https://doi.org/10.3917/edpe.218.0207b