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Article de revue

Sociabilité et rapport au voisinage dans les familles homo et hétéroparentales

Pages 95 à 110

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  • Geay, B.
  • et Humeau, P.
(2017). Sociabilité et rapport au voisinage dans les familles homo et hétéroparentales. Dialogue, 215(1), 95-110. https://doi.org/10.3917/dia.215.0095.

  • Geay, Bertrand.
  • et al.
« Sociabilité et rapport au voisinage dans les familles homo et hétéroparentales ». Dialogue, 2017/1 n° 215, 2017. p.95-110. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-dialogue-2017-1-page-95?lang=fr.

  • GEAY, Bertrand
  • et HUMEAU, Pierig,
2017. Sociabilité et rapport au voisinage dans les familles homo et hétéroparentales. Dialogue, 2017/1 n° 215, p.95-110. DOI : 10.3917/dia.215.0095. URL : https://shs.cairn.info/revue-dialogue-2017-1-page-95?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/dia.215.0095


Notes

  • [1]
    Par ailleurs, ces questionnaires adaptés d’elfe sont complétés par des questionnaires permettant d’approfondir la connaissance des discriminations perçues et des relations familiales au sein des familles homo-parentales, ainsi que par des campagnes d’entretiens socio-anthropologiques et cliniques.
  • [2]
    Pour une présentation détaillée de cette étude qualitative longitudinale, voir B. Geay, « Produire et conserver le lien avec les enquêtés. Diversité et personnalisation de la relation d’enquête dans une étude longitudinale sur la socialisation enfantine », dans J. Cayouette-Remblière, B. Geay, P. Lehingue, Comprendre le social dans la durée, manuscrit soumis aux pur.
  • [3]
    Nous faisions l’hypothse que le Ç nombre d’enfants È et le Ç rang È de naissance n’Étaient pas sans effet ds lors que l’on s’intÉresse aux pratiques culturelles et aux sorties des parents. Or, toutes catÉgories sociales confondues, le constat est assez clair : ce n’est pas le fait d’avoir un ou deux enfants qui rÉduit les sorties ou les rencontres amicales, mais plut™t le fait d’avoir (ou non) un enfant.

1 La sociabilité et le rapport aux territoires urbains des homosexuels constituent, pour beaucoup d’entre eux, un aspect important de leurs trajectoires, des premiers moments de l’émancipation individuelle aux pratiques de « drague », jusqu’au développement d’une sociabilité familiale, plus ou moins éloignée des univers gays et lesbiens (Pollak, 1982 ; Adam, 1999 ; Jackson, 2009). Ces relations entre homosexualité et territoire ont varié historiquement. Le développement et la visibilisation des « quartiers gays », dans les années 1970 et 1980, ont en eux-mêmes joué un rôle important dans l’histoire de l’homosexualité dans les sociétés occidentales (Castells et Murphy, 1982 ; Busscher, 2000 ; Cattan et Leroy, 2010). Mais le rapport à ces territoires a toujours suivi des différenciations importantes, en fonction du sexe, de l’âge, des origines sociogéographiques et des appartenances sociales. En rupture avec les représentations les plus stéréotypées du « communautarisme » et des « ghettos gays », on ne peut saisir les manières d’habiter, de sortir ou d’entretenir des relations sociales des homosexuels qu’en prenant très précisément en compte les spécificités des lieux, des individus et des générations que rencontre l’enquête sociologique (Giraud, 2012).

2 C’est dans une perspective analogue que nous souhaitons nous intéresser ici à la sociabilité et au rapport au voisinage des familles homoparentales. Mais si la différenciation interne aux mondes homosexuels reste un aspect central de nos hypothèses, nous souhaitons nous intéresser moins à la question des territoires qu’à celle de la recomposition des pratiques et des identités au fil du parcours biographique (Galland, 1991 ; Geay et Humeau, 2016). Le moment de la constitution ou de l’extension de la famille de procréation est particulièrement opportun pour s’intéresser à l’évolution, d’une part, de la division du travail domestique au sein des couples, d’autre part, des relations entretenues avec les proches et avec le monde environnant. On sait que dans les familles hétéroparentales l’arrivée d’un enfant représente un moment critique, le plus souvent suivi d’une accentuation des inégalités entre hommes et femmes en même temps que d’un certain repli de la sociabilité amicale (Kaufmann, 1992 ; Rissoan, 2004). Qu’en est-il du côté des familles homoparentales, dans leur diversité ? Ce moment de l’installation ou de l’extension de la famille représente un enjeu particulier pour les familles homoparentales, dans la mesure où il peut s’accompagner aussi bien d’une visibilité plus grande donnée à l’orientation sexuelle que d’une forme de rapprochement du modèle standard de la vie de famille, d’une réactivation des relations de parenté et d’une redécouverte de soi à l’épreuve de la « parentalité ». Comment ces enjeux sont-ils appropriés par les parents et en quoi les homoparents se rapprochent-ils ou se distinguent-ils des hétéroparents, toutes choses égales par ailleurs ?

Au croisement de trois enquêtes

3 Pour apporter quelques premières réponses à ces questions de recherche, il était indispensable de disposer de matériaux et d’une méthode permettant de comparer le plus rigoureusement possible les pratiques des hétéro-parents et celles des homoparents. L’Étude longitudinale française depuis l’enfance (Equipex elfe), qui suit d’étape en étape un échantillon représentatif de plus de 18 000 enfants nés en France métropolitaine en 2011, permet d’étudier de multiples aspects de la vie de famille et de son environnement social. Par construction, le recrutement ayant été réalisé auprès d’une famille sur cinquante et en maternité, elfe n’a inclus qu’un nombre limité de familles homoparentales (16) et uniquement des couples de femmes. L’étude « Homoparentalité, fonctionnement familial, développement et socialisation des enfants » (Projet anr devhom) a, dans son volet quantitatif, été construite en complément et dans un souci de parallélisme avec l’étude elfe. Le recrutement s’est fait en recrutant le plus grand nombre possible de familles vivant en France métropolitaine, dont un enfant est né en France ou à l’étranger entre 2011 et 2013 et dont l’un des parents au moins se définit à la date du recrutement comme homosexuel. Le recrutement s’étant fait en 2015 et 2016, différentes formes d’accès à la parentalité ont pu être prises en compte (pma, gpa, adoptions précoces). Peu après le recrutement, lorsque l’enfant avait environ 3 ans et demi, les mêmes questionnaires et les mêmes tests psychologiques que ceux utilisés à cet âge dans elfe ont pu être administrés aux parents et aux enfants devhom. Par la suite, des questionnaires rétrospectifs portant sur les premières années de la vie de l’enfant ont été adressés aux familles [1].

4 Parmi les premières données disponibles pour ces deux études longitudinales, on dispose d’un module de questions sur les sorties des parents et leurs lieux privilégiés (dans le quartier ou non), d’une question sur la fréquence selon laquelle ils rencontrent des amis et d’un module de questions sur la perception du quartier ou du village. Dans les deux cas, cet ensemble de questions n’a été posé qu’à l’un des deux parents et pour lui-même, plus souvent aux hommes qu’aux femmes dans elfe et à l’un des deux parents des familles devhom – la population d’enquête étant comme la population de référence nettement plus féminine (Gross, 2003 ; Festy, 2006), avec 90 % de couples de femmes parents et 10 % de couples d’hommes parents. Pour toutes ces raisons, il n’est pas possible de réaliser des comparaisons entre parents au sein de chaque famille et la comparaison globale entre les moyennes obtenues pour les populations hétéroparentale et homoparentale doit être prise avec beaucoup de précautions. En revanche, il est possible de mesurer les écarts entre les deux populations de répondants, à sexe et à caractéristiques sociales égales. Enfin, pour ne pas biaiser l’appréciation des contraintes temporelles qui pèsent sur la sociabilité des parents de jeunes enfants, on a écarté le cas des enfants en garde alternée, au demeurant relativement peu fréquents lorsque les enfants sont jeunes.

5 On utilise enfin les entretiens conduits dans le cadre de l’étude Génération 2011, étude longitudinale par observations et par entretiens sur cinquante familles de différents milieux sociaux. Conduite par Bertrand Geay, cette étude a elle aussi démarré en 2011, parallèlement à elfe. Elle porte sur les conditions de vie, les relations familiales, les pratiques éducatives et la socialisation cognitive, affective et morale de l’enfant. Si la majorité des familles a été recrutée sur un mode aléatoire, en maternité et dans des antennes de la Protection maternelle et infantile, on a pris soin d’introduire dans la population d’enquête des familles disposant de propriétés intéressantes dans une perspective comparatiste, en particulier cinq familles homoparentales (deux couples de femmes, deux couples d’hommes et une famille de quatre parents en coparentalité [2]).

Temps pour soi, temps pour le couple et temps pour l’enfant

6 Sous leur aspect le plus général, les mêmes tendances s’observent dans les réponses des familles hétéro et homoparentales, s’agissant de la sociabilité. Chez ces parents de tout jeunes enfants, le quartier ou le village sont surtout le lieu des promenades, de la fréquentation des espaces verts et des équipements sportifs (40 % des répondants elfe, qui sont pour l’essentiel des hétéroparents, et 52 % des répondants devhom, tous homoparents), alors que les sorties au café ou au restaurant s’effectuent plutôt en dehors du quartier ou du village (52 % et 47 %), de même que les sorties au cinéma ou au concert (55 % et 56 %). Les amis se rencontrent quant à eux aussi bien à proximité qu’à distance du lieu d’habitation (55 % et 67 %). En grande majorité, les deux types de parents rencontrent leurs amis au moins une fois par mois (84 % et 80 %).

7 Les entretiens permettent d’affiner ces premiers constats. Si la promenade est dans la grande majorité des parents, hétéro ou homo, une pratique apparaissant avec l’arrivée d’un enfant, les sorties et la fréquentation des amis connaissent au contraire une forte diminution [3]. Nombre de parents, de mères surtout, se décrivent comme submergés par les multiples tâches générées par l’élevage du nourrisson, sans toutefois regretter leur « vie d’avant », le discours sur le métier de jeune parent semblant le plus souvent ressortir d’une forme de valorisation obligatoire du bonheur familial.

8 L’écart entre hétéro et homoparents s’observe d’abord dans la fréquence des comportements minoritaires en matière de sociabilité, c’est-à-dire ici, compte tenu des questions posées, dans la proportion de ceux qui ne sortent pas ou ne rencontrent pas d’amis. Les homoparents sont moins nombreux que les hétéroparents à déclarer qu’ils ne vont pas au café ou au restaurant, ni au spectacle.

Tableau 1. Les pratiques de sorties et de sociabilité dans les familles hétéro et homoparentales

Tableau comparant sorties et sociabilité entre familles hétéro et homoparentales.

Tableau 1. Les pratiques de sorties et de sociabilité dans les familles hétéro et homoparentales

*Lecture : 10,3% des enquêtés elfe répondent « Vous ne le faites pas » à la question « À quel endroit cela se passe-t-il le plus souvent : aller au café ou au restaurant ? » ; 0 % des enquêtés devhom répondent « Vous ne le faites pas » à la question « À quel endroit cela se passe-t-il le plus souvent : rencontrer des amis ? » ; 3,6 % des enquêtés elfe répondent « Seulement pour des occasions exceptionnelles » à la question « À quelle fréquence rencontrez-vous des amis ? ».

9 On l’a dit, cette comparaison brute des résultats entre populations doit être immédiatement contrôlée par le sexe et les caractéristiques sociales du répondant. On observe ainsi que les écarts observés entre hétéro et homoparents ne sont pas le produit de la distribution par sexe de chacune des populations enquêtées.

Tableau 2. Les pratiques de sorties et de sociabilité dans les familles hétéro et homoparentales et selon le sexe

Tableau de données sur les pratiques de sorties et de sociabilité.

Tableau 2. Les pratiques de sorties et de sociabilité dans les familles hétéro et homoparentales et selon le sexe

*Lecture : 35,9 % des femmes elfe répondent « Vous ne le faites pas » à la question « À quel endroit cela se passe-t-il le plus souvent : aller au spectacle » ; 9,0 % des hommes elfe répondent « Vous ne le faites pas » à la question « À quel endroit cela se passe-t-il le plus souvent : aller au café ou au restaurant » ; 0 % des femmes devhom répondent « Vous ne le faites pas » à la question « À quel endroit cela se passe-t-il le plus souvent : rencontrer des amis ? ».
**Effectifs devhom hommes non significatifs.

10 Au contraire, les écarts s’accentuent dès que l’on compare seulement les femmes des deux types de familles : les sorties au café, au restaurant ou au spectacle s’avèrent particulièrement discriminantes, puisque plus du tiers des femmes de familles hétéroparentales ne vont jamais à un concert et plus d’une sur cinq ne va pas au café ou au restaurant, alors que ce n’est le cas que pour respectivement 6 % et 4 % des femmes de familles homo-parentales. L’inégalité face aux sorties entre hommes et femmes des familles hétéroparentales est bien sûr un élément important pour comprendre cet écart, alors que le partage égalitaire des tâches est généralement plus affirmé dans les couples homosexuels (Chan, Brooks, Raboy et Patterson, 1998 ; Patterson, 2000 ; Vecho, Gross et Poteat, 2011). Mais il faut bien noter que les femmes de familles homoparentales sortent même davantage que les hommes de familles hétéroparentales.

11 Les entretiens permettent là aussi de comprendre que, pour conjuguer les contraintes liées à l’arrivée d’un enfant et le désir de maintenir une sociabilité amicale et des sorties, c’est en réalité une organisation différente du couple qui se met le plus souvent en place. En considérant l’ensemble des familles de l’étude Génération 2011, on constate une forte proximité entre les couples homosexuels et les couples hétérosexuels des classes moyennes et supérieures cultivées, en particulier dans la manière d’y mettre en débat le partage des tâches domestiques et l’organisation hebdomadaire de la vie de famille. Les couples homosexuels conduisent ces discussions de façon plus systématique encore, ce moment critique de la vie sociale étant largement anticipé pour ménager des « temps pour soi » – chacune ou chacun « son soir » dans la semaine – et des « temps de couple » – en recourant à la nounou, à une baby-sitter de confiance ou à un membre de la parenté. Ce couple de lesbiennes résidant à Paris, l’une et l’autre cadres médico-sociales, en donne une illustration :

12

« On a un abonnement, on est fans de danse depuis des années, on a un abonnement, on s’en fait dix par an, et ça on l’a maintenu. On s’est dit : on maintient même la première année, quand Izïa est née. Même l’année de sa naissance, enfin on a toujours maintenu chaque saison. Donc ça c’est cool, on a nos dix trucs programmés pour l’année. Et après, ben on va voir des trucs comme Sophia Aram, qui passe en spectacle, enfin on s’en fait deux-trois. Là, on va voir Pasiphaé, là, un pianiste que j’adore, on se fait trois-quatre trucs en plus, donc du coup ça nous fait notre petit agenda culturel. On va voir pas mal d’expos, on aime bien ça... Là on a été voir l’expo de Keith Haring au 104... Et voilà donc maintenant moi j’aimerais, j’ai hâte que Zoé grandisse et qu’elle voie. […]
Non, ce qu’on a envie de faire parce qu’on a testé à Montpellier, ils ont des Vélib’ avec des fauteuils pour bébé. […] Le samedi matin on sort toujours, le matin, toujours square... Voilà, soit le canal soit le Luco soit... Enfin tous les parcs, et on refait un truc l’après-midi. Et puis là elle commence à marcher. Donc des fois... Oui parce qu’il y a aussi Valérie qui prend toujours Izïa dans les bras. [Rires] […]
Nous on a des amis qui n’ont pas de gosses, ou hétéros, ma grande copine hétéro n’a pas de gamin, d’ailleurs c’est un drame pour elle. Et c’est vrai que... Voilà quoi. Nathalie, mon amie hétéro, quand on se voit, on se voit... en dîner de nana, voilà […] Et en fait quand on est comme samedi où on n’avait pas Izïa, ben... On s’est fait, après notre spectacle, un bon resto toutes les deux. C’est vrai qu’on est très... Ouais. On est très l’une avec l’autre. »

13 Dans d’autres cas, ce sont les activités associatives qui l’emportent, ou la sociabilité entre amis. Pour certains, la découverte de la relation avec le nourrisson, de ses contraintes et de sa possible intensité, parfois des problèmes de santé ont bouleversé les plans initialement prévus et même l’équilibre du couple. Mais cette conception « active » et « ouverte » de la vie de famille reste pour ces différents couples un idéal. Ce style de vie trouve son prolongement dans un style éducatif où il s’agit de sortir chaque fois que c’est faisable avec l’enfant tout en ménageant à chacun le temps indispensable à un possible épanouissement personnel. Dans la mesure où la plupart des homoparents appartiennent eux-mêmes aux classes moyennes et supérieures, il convient d’approfondir ces comparaisons, en revenant aux données elfe et devhom, à catégorie socioprofessionnelle égale (cf. tableau 5 en annexe).

14 Les croisements entre la catégorie socioprofessionnelle et les différentes variables utilisées et les triples croisements incluant le sexe et la catégorie socioprofessionnelle montrent que la sociabilité et surtout les sorties sont à la fois dépendantes du sexe et de la position sociale, en particulier pour les sorties au café ou au restaurant, ainsi que pour les sorties au spectacle, où les écarts les plus forts entre hétéro et homoparents ont été observés. Les écarts entre catégories socioprofessionnelles relèvent des différenciations classiques, indexées aux ressources économiques et culturelles, souvent observées en sociologie des pratiques culturelles (Donnat, 2010). Ces différenciations s’articulent aux différenciations sexuées qui se construisent de façon spécifique à ce moment du cycle de vie, autour des formes de division du travail de care.

15 Toutefois l’écart entre les populations homoparentale et hétéroparentale demeure, les cadres supérieurs de familles homoparentales n’étant par exemple que 3,7 % à ne pas aller au spectacle contre 14,6 % des cadres supérieurs de familles hétéroparentales ou, autre exemple, les employés de familles homoparentales n’allant pas au café ou au restaurant n’étant que 6,7 % contre 15,1 % des employés de familles hétéroparentales.

16 L’ensemble des analyses qui précèdent permet d’analyser les variations en termes d’absence de pratiques de sociabilité et de sorties, mais non les degrés dans ces pratiques, lorsqu’elles existent. La question sur la fréquence de la sociabilité permet une telle mesure.

Tableau 3. La fréquence de la sociabilité dans les familles hétéro et homoparentales

Tableau comparant la fréquence des sorties sociales entre familles hétéro et homoparentales.

Tableau 3. La fréquence de la sociabilité dans les familles hétéro et homoparentales

17Si l’on a déjà mentionné que la très faible sociabilité amicale est plus rare dans les familles homoparentales que dans les familles hétéroparentales, l’inverse n’est pas vrai. Rencontrer ses amis au moins une fois par semaine est plutôt le fait des familles hétéroparentales. C’est en réalité pour les fréquences intermédiaires que les familles homoparentales sont surreprésentées. Cette corrélation se maintient lorsqu’on la teste par le sexe et par la pcs (profession et catégorie socioprofessionnelle) des répondants (cf. tableau 6 en annexe). Dans la population hétéroparentale, les femmes se portent un peu plus souvent vers la sociabilité amicale la plus fréquente (au moins une fois par semaine) et les hommes un peu plus souvent vers le deuxième niveau de fréquence (une, deux ou trois fois par mois). Les professions intermédiaires sont la catégorie socioprofessionnelle qui indique le plus souvent la fréquence la plus élevée. Ces corrélations sont relativement stables et s’ajoutent les unes aux autres.

18 Ces variations peuvent être mises en relation avec celles observées s’agissant des sorties, fortement corrélées à la position sociale et où les familles homoparentales se distinguaient. D’une part, ceux qui conservent le plus de temps pour les sorties, sans sacrifier la sociabilité amicale, peuvent ne pas être parmi ceux qui déclarent la fréquence la plus intense. D’autre part, il faut sans doute tenir compte d’un effet d’âge, l’accès au statut de parent se faisant à un âge plus tardif pour les catégories socioprofessionnelles les plus élevées et de façon encore plus retardée pour les familles homoparentales, les pratiques culturelles et de sociabilité s’étant alors déjà beaucoup transformées.

De la sociabilité au désir d’intégration

19 La perception que les hétéro et homoparents ont de leur quartier de résidence est globalement nettement positive. Ainsi, les enquêtés déclarent massivement « satisfaisante » ou « très satisfaisante » la qualité de l’air, la sécurité, l’entretien des rues, les relations avec les habitants ou les services de loisirs ou culturels de leur quartier ou village. Ces appréciations largement positives peuvent se comprendre dans une logique de désirabilité sociale du répondant, ce moment de la vie, porteur de tous les espoirs de la famille, supposant en quelque sorte que les parents aient fait le nécessaire pour offrir au nouveau-né les conditions de vie les plus favorables possibles.

Tableau 4. La perception du quartier dans les familles hétéro et homoparentales

Tableau comparant la satisfaction des familles hétéro et homoparentales sur divers critères de leur quartier ou village.
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Tableau 4. La perception du quartier dans les familles hétéro et homoparentales

*Lecture : 82,4 % des enquêtés elfe répondent « satisfaisante » ou « très satisfaisante » à la question « Pour les critères suivants, dites-nous ce que vous pensez de la situation de votre quartier ou de votre village : la qualité de l’air » ; 90,1 % des enquêtés devhom répondent « satisfaisante » ou « très satisfaisante » à la question « Pour les critères suivants, dites-nous ce que vous pensez de la situation de votre quartier ou de votre village : la sécurité ».

20 Les deux types de parents se distinguent néanmoins. Les homoparents, nettement plus urbains que les hétéroparents, sont logiquement plus satisfaits des services de loisirs ou culturels et moins de la qualité de l’air. Mais leur degré de satisfaction à l’égard de leur environnement semble aussi plus général et apparaît particulièrement positif lorsqu’il s’agit de caractériser les relations avec les habitants de leur quartier ou de leur village. Cette tendance se confirme lorsqu’on procède à une analyse multivariée intégrant le sexe et la pcs du répondant (cf. tableau 7 en annexe).

21 Les corrélations entre, d’une part, le sexe et la catégorie socioprofessionnelle, d’autre part, ces variables de perception du quartier ne sont pas toujours très nettes ni faciles à interpréter. Chez les hétéroparents, les hommes semblent toutefois plus souvent satisfaits de leur environnement que les femmes, et les cadres et les professions intermédiaires plus souvent satisfaits que les employés. À catégorie socioprofessionnelle et sexe égaux, les homoparents se distinguent encore par des taux de satisfaction plus élevés. Quelle que soit leur catégorie socioprofessionnelle, ils sont plus de 95 % à se dire satisfaits des relations qu’ils peuvent développer avec les habitants au sein de leur quartier.

22 Ceci renvoie aux positions sociales qu’occupent majoritairement ces parents, à leur style de vie et à leur lieu d’habitation en tant que tel. Lorsque l’on regarde plus précisément où habitent ces familles, on apprend que la moitié d’entre elles résident dans les très grandes villes de France comme Paris (31 familles en région parisienne et 17 dans Paris intramuros), Lyon, Marseille, Lille, Strasbourg, etc. L’autre moitié habite dans des villes plus petites mais, quasiment toujours, à proximité de grands centres urbains. Très peu d’homoparents interrogés vivent en milieu rural. En outre, plus de trois personnes interrogées sur quatre sont propriétaires ou accédantes à la propriété, ce qui, dans les grands centres urbains ou à proximité, est souvent très coûteux. La satisfaction exprimée pourrait ainsi renvoyer aux conditions de vie moyennes et parfois aisées dont bénéficient ces individus, qui trouvent dans les grands centres urbains, avec leurs potentialités socioéconomiques et culturelles, la possibilité de mener plus facilement la vie de leur choix et notamment de fonder une famille homoparentale.

23 Pour autant, il ne s’agit en rien d’une sorte de satisfaction « communautaire », thème qui hante toujours plus ou moins les représentations relatives aux modes de vie gays ou lesbiens. Ainsi, seule une petite minorité des familles vit à proximité des quartiers gays. Comme l’expriment, là encore, plus les entretiens que les questionnaires, c’est en fait à l’aune de leurs longs parcours d’installation familiale ou à celle de leur vigilance à l’égard de leur propre intégration sociale et de celle de leur enfant qu’il faut appréhender cette disposition à décrire leurs relations à leur environnement sous un jour particulièrement favorable.

Conclusion

24 Le modèle de famille souvent qualifié d’individualiste (Singly, 2003), fondé sur les valeurs d’égalité et d’émancipation individuelle, qui articule épanouissement de l’enfant et épanouissement de chacun des membres du couple, semble être encore plus fortement investi par les familles homoparentales que par les familles hétéroparentales des classes moyennes et supérieures cultivées dont elles sont souvent issues (Geay et Humeau, 2016). Chez ces individus pour qui la reconnaissance de l’identité personnelle a souvent constitué un enjeu existentiel central au cours de l’enfance et parfois pendant toute une partie de la vie adulte, qui se sont aussi en un sens longuement préparés à la parentalité, l’anticipation des contraintes qui découlent du travail de soin des tout jeunes enfants permet, semble-t-il, de mettre ce modèle plus fortement en œuvre. Aux finalités du modèle familial se joignent les craintes en termes de possibles discriminations à l’égard de l’enfant lui-même. La volonté d’intégration et l’idée favorable que l’on se fait des relations que l’on peut nouer avec son environnement contribuent à la mise en cohérence de ce style de vie.


Annexe : tableaux comparatifs avec croisements triples

Tableau 5. Les pratiques de sorties et de sociabilité dans les familles hétéro et homoparentales et selon le sexe et la catégorie socioprofessionnelle

Tableau détaillant les pratiques de sorties et de sociabilité selon le sexe et la catégorie socioprofessionnelle.

Tableau 5. Les pratiques de sorties et de sociabilité dans les familles hétéro et homoparentales et selon le sexe et la catégorie socioprofessionnelle

*Lecture : 31,4 % des cadres et professions intellectuelles supérieures elfe-Femmes répondent « Vous ne le faites pas » à la question « À quel endroit cela se passe-t-il le plus souvent : aller au spectacle (cinéma ou concert) ? » ; 4,3 % des cadres et professions intellectuelles supérieures devhom-Femmes répondent « Vous ne le faites pas » à la question « À quel endroit cela se passe-t-il le plus souvent : aller au spectacle (cinéma ou concert) ? ».
**effectifs des autres CSP non significatifs pour devhom.
*** Pour l’avant dernière variable « À quelle fréquence rencontrez-vous des amis ? », dans la population elfe, les effectifs sont respectivement les suivants : 152 cadres, 360 professions intermédiaires et 562 employées pour les femmes elfe ; 3157 cadres, 2858 professions intermédiaires et 1275 employés pour les hommes. Les personnes ayant répondu « Vous le ne faites pas » à la question « Rencontre des amis » étaient exclues par filtre (7 cadres, 6 professions intermédiaires et 23 employées pour les femmes ; 23 cadres, 17 professions intermédiaires et 32 employés pour les hommes). La population devhom n’est pas concernée puisque personne n’a déclaré « ne pas rencontrer d’amis ».

Tableau 6. La fréquence de la sociabilité dans les familles hétéro et homoparentales et selon le sexe et la catégorie socioprofessionnelle

Tableau détaillant la fréquence des rencontres sociales dans différentes catégories socioprofessionnelles et types de familles.

Tableau 6. La fréquence de la sociabilité dans les familles hétéro et homoparentales et selon le sexe et la catégorie socioprofessionnelle

*Lecture : 49 % des femmes elfe répondent « Au moins une fois par semaine » à la question « À quelle fréquence rencontrez-vous des amis ? » ; et 42,8 % des cadres et professions intellectuelles supérieures, 48,6 % des professions intermédiaires et 49,5 % des employées. 44,4 % de la population totale elfe déclare « Au moins une fois par semaine » à la question « À quelle fréquence rencontrez-vous des amis ? » et 33 % de la population totale devhom.
**effectifs des autres csp non significatifs pour devhom.

Tableau 7. La perception du quartier dans les familles hétéro et homoparentales et selon le sexe et la catégorie socioprofessionnelle

Tableau comparatif des perceptions de quartier par des familles hétéro et homoparentales.

Tableau 7. La perception du quartier dans les familles hétéro et homoparentales et selon le sexe et la catégorie socioprofessionnelle

*Lecture : 68,6 % des cadres et professions intellectuelles supérieures elfe-Femmes répondent « très satisfaisante » ou « satisfaisante » à la question « Pour les critères suivants, dites-nous ce que vous pensez de la situation de votre quartier ou de votre village : la qualité de l’air » ; 65,2 % des cadres et professions intellectuelles supérieures devhom-Femmes répondent « très satisfaisante » ou « satisfaisante » à la question « Pour les critères suivants, dites-nous ce que vous pensez de la situation de votre quartier ou de votre village : la qualité de l’air ».
**effectifs des autres csp non significatifs pour devhom.

Bibliographie

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Mots-clés éditeurs : hétéroparentalité, Homoparentalité, sociabilité, voisinage

Date de mise en ligne : 10/04/2017

https://doi.org/10.3917/dia.215.0095