Pourquoi récompenser ? Le Champs-Élysées Film Festival et les prix Sopadin, deux stratégies de (dé)placement au sein du champ cinématographique
- Par Chloé Delaporte
Pages 177 à 190
Citer ce chapitre
- DELAPORTE, Chloé,
- CHARLIER, Marie-Astrid,
- DELAPORTE, Chloé
- et THÉRENTY, Marie-Ève,
- Delaporte, Chloé.
- Delaporte, C.
- M. Charlier,
- C. Delaporte
- et M. Thérenty
https://doi.org/10.3917/puv.charl.2026.01.0177
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- Delaporte, C.
- M. Charlier,
- C. Delaporte
- et M. Thérenty
- Delaporte, Chloé.
- DELAPORTE, Chloé,
- CHARLIER, Marie-Astrid,
- DELAPORTE, Chloé
- et THÉRENTY, Marie-Ève,
https://doi.org/10.3917/puv.charl.2026.01.0177
Notes
-
[1]
Sylvie Ducas, La Littérature à quel(s) prix ? Histoire des prix littéraires, Paris, La Découverte, 2013.
-
[2]
James F. English, The Economy of Prestige. Prizes, Awards, and the Circulation of Cultural Value, Cambridge, Harvard University Press, 2005.
-
[3]
Chloé Delaporte, La Culture de la récompense. Compétitions, festivals et prix cinématographiques, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2022.
-
[4]
Ibid.
-
[5]
John Dewey, « Theory of Valuation », International Encyclopedia of Unified Science, 2(4), 1939, p. 1-67 ; John Dewey, La Formation des valeurs, Paris, La Découverte, 2011.
-
[6]
Chloé Delaporte, La Culture de la récompense, op. cit., p. 75 sqq.
-
[7]
Marcel Mauss, Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, Paris, Presses universitaires de France, [1925] 2012.
-
[8]
À l’été 2025, Sophie Dulac acte l’arrêt du Festival et annonce sa dernière édition ; le réseau Dulac est en effet en proie au scandale suite à la publication de deux enquêtes du Monde et de Libération sur les conditions de travail délétères au sein du groupe et au licenciement, jugé abusif par nombre de salarié·es et d’observateur·rices, d’un employé historique, directeur du Reflet Médicis.
-
[9]
Chloé Delaporte, « La compétitivité comme norme festivalière. Ou pourquoi les festivals de cinéma remettent-ils des prix ? », dans Julie Amiot-Guillouet, Pietsie Feenstra et Julie Savelli (dir.), Films, festivals et mondes contemporains : pour une anthropologie du visuel, Volume 12 de Film Cultures Series, Peter Lang, 2024, p. 97-109.
-
[10]
Ceci a changé́ en 2018 pour le Prix du jury du court métrage. Deux membres du jury 2018 (les cinéastes Katell Quillévéré et Hubert Charuel) ont en effet demandé expressément à ce que la dotation soit attribuée au réalisateur ou à la réalisatrice, ce qui a été accepté et depuis maintenu par Sophie Dulac et l’équipe, pour le court métrage uniquement.
-
[11]
Entretien avec Justine Lévêque, directrice artistique du Champs-Élysées Film Festival, réalisé le 19 juillet 2019.
-
[12]
Entretien avec Marion Delord, directrice générale du groupe Hildegarde, réalisé le 26 octobre 2019.
-
[13]
Société qui n’a toutefois produit aucun film.
-
[14]
Entretien avec Philippe Maynial, écrivain, ancien responsable des ventes internationales chez Gaumont et cofondateur des prix Sopadin, et avec Barbara Vassiliev, cofondatrice et organisatrice des prix Sopadin, réalisé le 12 novembre 2019.
-
[15]
« Pourquoi 28 ans ? Parce que c’était la limite d’âge pour s’inscrire à la Fémis et dans tous les concours d’école » (entretien avec Philippe Maynial, références déjà citées).
-
[16]
Des pitchs vidéo de tous les projets finalistes étaient tournés au Studio Harcourt ; un portrait était également remis à chaque lauréat·e. Des lecteur·rices étaient rémunéré·es pour lire les projets, mais le couple Maynial relisait tous les scénarios – environ 300 par an, avec un temps de lecture concentré sur quelques semaines – et assurait la supervision de la présélection, puis recevait individuellement tou·tes les nommé·es. L’organisation était gérée bénévolement par le couple : « Nous sommes un prix totalement indépendant, que nous finançons avec nos deniers propres » (entretien avec Philippe Maynial, références déjà citées).
-
[17]
Entretien avec une consultante scénario, lectrice régulière pour les prix Sopadin, réalisé le 26 septembre 2019.
-
[18]
Entretien avec Barbara Vassiliev, références déjà citées.
-
[19]
Idem.
-
[20]
La relation entre les lauréat·es et les organisateurs des prix s’arrêtait rarement à la cérémonie ; l’accompagnement du projet se poursuivait fréquemment au-delà, ce qui a participé de la constitution d’une sorte de « famille Sopadin ». Le clip vidéo réalisé en catimini par Sophie Dulac pour le départ des Maynial en est une bonne illustration, chaque ancien·ne lauréat·e témoignant de son attachement particulier au dispositif (visionnage dans les bureaux de Babylone Productions lors de l’entretien conjoint avec Philippe Maynial et Barbara Vassiliev le 12 novembre 2019).
-
[21]
Le couple Maynial donne l’exemple de Séraphine de Martin Provost, Grand Prix du meilleur scénariste en 2006, dont le projet avait initialement été retoqué par Canal+, avant que la chaîne ne reconsidère sa position suite à l’obtention du prix.
-
[22]
Ils ont néanmoins encouragé l’usage de l’expression « prix Sopadin » et l’ont même repris à leur compte, parce que le recours à un nom propre permettait une identification plus forte du dispositif.
-
[23]
Philippe Maynial évoque deux raisons : le fait d’avoir « accompli sa mission », plus de trente ans après la création du Prix, mais aussi la sortie en salles, en 2016, du film Les Innocentes d’Anne Fontaine, dont il est l’auteur (le film est une adaptation filmique de son livre Madeleine Pauliac, l’insoumise, qui raconte l’histoire de sa tante), qui marque une forme d’aboutissement de sa carrière (entretien avec Philippe Maynial, références déjà citées).
-
[24]
Avec Télérama, Le Film Français était le seul partenaire média du dispositif : les Maynial ont préféré se concentrer sur la presse spécialisée suite à une mauvaise expérience, aux débuts du prix, avec un média régional, un article inattendu ayant attiré des candidatures amateures et compliqué la tâche des organisateurs en les submergeant de projets trop faibles (entretien avec Philippe Maynial et Barbara Vassiliev, références déjà citées).
-
[25]
Entretien avec Marion Delord, références déjà citées.
-
[26]
Sur la modélisation des quatre logiques de capitalisation sociale et symbolique guidant l’entrepreneuriat récompensatoire (logique de marque, logique de champ, logique de classe et logique militante), voir Chloé Delaporte, La Culture de la récompense, op. cit., p. 93 sqq.
-
[27]
Bernard Miège, Les Industries du contenu face à l’ordre informationnel, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2000.
-
[28]
Le lexique de la « famille » a d’ailleurs été régulièrement mobilisé au cours de l’enquête par les différent·es entrepreneur·euses de prix, qui mettent ainsi en avant à la fois le sentiment d’appartenance des membres – et donc le climat sécurisant et chaleureux que l’instance opère par l’organisation d’un prix –, et le caractère immanent du groupe, lequel serait constitué en partie sur des critères « objectivés » (qui ne sont plus le partage de liens biologiques ou sociaux, mais de certaines valeurs cinéphiliques).
-
[29]
Chloé Delaporte, La Culture de la récompense, op. cit., p. 76.
Quel que soit le champ de production concerné (littérature, théâtre, musique, cinéma, danse, art contemporain, etc.), l’attention académique se focalise généralement plutôt sur les lauréat·es des prix culturels que sur les instances en maîtrise d’ouvrage des dispositifs qui les attribuent – à l’exception, notable, des travaux de Sylvie Ducaset de ceux de James English, qui portent une attention soutenue aux conditions de leur fabrication. La perspective que je développe ici se pose à rebours des approches traditionnelles, en s’intéressant surtout aux motivations de celui ou celle qui récompense, à partir du cas du cinéma. Considérant l’engagement dans ce que j’appelle « l’entrepreneuriat récompensatoire » (c’est-à-dire l’organisation de prix) comme une stratégie de placement et de déplacement au sein des champs, j’analyse deux cas d’étude pour argumenter la nécessité de mieux intégrer les variables organisationnelles à l’analyse des prix artistiques : le Champs-Élysées Film Festival et les prix Sopadin.
La réflexion s’appuie sur une enquête personnelle menée au tournant des années 2020 sur les prix cinématographiques français. Le cadre théorique mobilisé est celui de la socio-économie du cinéma et de l’audiovisuel, laquelle intègre les apports multiples des études cinématographiques, de la sociologie du cinéma, de l’économie de la culture et des sciences de l’information-communication, en particulier des travaux sur les industries culturelles. L’approche est critique, en cela que les phénomènes observés et analysés sont replacés dans un contexte capitaliste d’industrialisation de la culture, et l’ancrage est pragmatique, au sens où la valeur des biens et des objets, des œuvres, n’est pas considérée comme une donnée immanente mais comme la résultante d’un processus de valorisation (ou de « valuation », au sens de John Dewe…
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