La chanson, les goguettes ouvrières, les chansonniers
- Par Edmond Thomas
Pages 37 à 53
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- THOMAS, Edmond,
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- Thomas, E.
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Notes
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[1]
CAPELLE, préface à La Clef du Caveau, Paris, 1848, in-8°.
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[2]
J.-T. MERLE, préface aux Chansons et poésies de Désaugiers, Garnier, 1842, in-12.
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[3]
Le chansonnier Laujon signale une Union des arts et de l’amitié en goguette qui existait encore en 1811, était apparue après la disparition des Dîners du vaudeville (1802) et rivalisait avec le Rocher de Cancale (1805-1815). Il pourrait s’agir de la même société, car Arthur Dinaux a noté dans les Sociétés badines, bachiques, littéraires et chantantes (1867) que Laujon appartenait à la Société de la goguette. Cela tendrait à confirmer la date de 1805. Il faut ajouter enfin que le mot « goguette » était très répandu. « Aller en goguette » signifiait faire la fête, avec force rasades, dans le sens où nous l’entendons aujourd’hui. Et le mot est utilisé dans de nombreuses chansons et titres de recueils ou de vaudevilles dès la Révolution ; depuis Le Poète en goguettes de Nougaret (1790) jusqu’aux Goguettes du bon vieux temps paru anonymement en 1810, il y aurait une longue bibliographie à établir.
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[4]
Capelle avance que les Joyeux de 1812 se réunissaient encore à Belleville en 1847. Une troisième goguette de ce nom se tenait sous la Restauration chez la mère Saguet, au Moulin-de-Beurre, près de la barrière du Maine. L’été seulement, car l’hiver elle prenait ses quartiers rue de Sèvres ou près de l’ancienne barrière des Poissonniers et devenait les Frileux. Elle aurait disparu très tard, entre 1852 et 1859, et aurait été la dernière goguette parisienne. Chez la mère Saguet, par ailleurs rendez-vous célèbre des romantiques, se tenait également la goguette du Moulin-Vert ou du Moulin-de-Beurre, fondée en 1821 et que fréquenta Béranger.
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[5]
Louis-Agathe BERTHAUD, « Le Goguettier », dans Les Français peints par eux-mêmes, t. IV, p. 313 et s.
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[6]
Fondateur d’une secte dissidente de l’Eglise catholique qu’il appela Eglise catholique française, ancien prêtre, l’abbé Châtel était républicain, socialiste et disciple de Pierre Leroux. Il tenait un débit de tabac. Il ne fut jamais pris très au sérieux, bien qu’il eût plusieurs centaines d’adeptes à travers la France, notamment dans la Haute-Vienne.
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[7]
BERTHAUD, op. cit.
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[8]
Denis POULOT, Le Sublime, 2e éd., Paris, 1872. Poulot y dénonce à juste titre, à travers Charles Colmance, les chantres de la gaudriole et des pires vinasses. Mais c’est déjà sous le Second Empire, dans une période de grande misère morale des classes pauvres.
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[9]
L’Atelier, octobre 1844, p. 13.
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[10]
Ibid., août 1844, p. 173.
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[11]
Ibid., août 1844, p. 174.
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[12]
Flora TRISTAN, Union ouvrière, 3e éd., Paris et Lyon, 1844, p. 2.
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[13]
Eugène IMBERT, La Goguette, 3e éd., Paris, 1873, p. 107.
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[14]
Chansonnier républicain, Charavay, Paris, 1848, in-16.
Hors le rôle de Béranger, on peut également voir dans une certaine tradition de poésie lyrique, c’est-à-dire chantée, une autre source d’assimilation de genres sans doute différents à la poésie. Je pense notamment à l’opéra, à la chanson au théâtre, à l’opéra comique et à la prodigieuse vogue des vaudevilles mi-parlés mi-chantés qui ont colporté des centaines d’airs devenus populaires au point d’être repris à la scène avec d’autres paroles ou utilisés par les chansonniers plébéiens pour faire de nouvelles chansons.
Cela nous conduit à l’autre source de la poésie ouvrière, qui est la tradition des sociétés chantantes qui se sont succédé en France depuis le règne de Louis XV jusqu’à la Belle Epoque pour se transformer depuis en cabarets chantants, cafés-concerts
ou cafés-théâtres. Ces sociétés n’avaient à l’origine rien qui pût les prédestiner à jouer un rôle dans l’histoire ouvrière. Mais l’amour de la chanson n’a jamais été réservé aux seules classes aisées ; je serais tenté de dire, bien au contraire, que si la chanson a constitué de tout temps un moyen naturel de lutter contre l’ennui, elle en a constitué un bien plus grand de lutter contre l’adversité et les malheurs inhérents à la plus modeste condition sociale. Le folklore est aussi riche de chansons de travail et de métiers, de tableaux de la vie des humbles que de chansons de plaisir, de fêtes, à boire, à manger, à danser. Et il y a dans le chant une plus grande extériorisation, une plus grande participation physique, un plus grand don de soi, un sentiment de plus grande appartenance au monde et à la vie du groupe que dans la lecture, où les émotions sont filtrées par des mots qui restent dans leur construction la propriété de l’auteur…
Date de mise en ligne : 14/02/2020
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