4 - La réalité des friches italiennes (39-37)
Pages 131 à 153
Citer ce chapitre
- BRISSON, Jean-Paul,
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- Brisson, J.-P.
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Notes
-
[1]
— Géorg. I, 498-514, p. 131.
Di patrii, Indigetes et Romule Vestaque mater,
quae Tuscum Tiberim et Romana Palatia seruas,
hunc saltem euerso iuuenem succurrere saeclo
ne prohibete ! Satis iam pridem sanguine nostro
Laomedonteae luimus periuria Troiae.
Iam pridem nobis caeli te regia, Caesar,
inuidet atque hominum queritur curare triumphos,
quippe ubi fas uersum atque nefas : tot bella per orbem,
tam multae scelerum facies ; non ullus aratro
dignus honos ; squalent abductis arua colonis
et curuae rigidum falces conflantur in ensem.
Hinc mouet Euphrates, illinc Germania bellum ;
uicinae ruptis inter se legibus urbes
arma ferunt ; saeuit toto Mars impius orbe :
ut, cum carceribus sese effudere quadrigae,
addunt in spatia et frustra retinacula tendens
fertur equis auriga neque audit currus habenas. -
[2]
. Fils du fondateur de la ville, Laomédon avait, dit-on, fait construire l’enceinte de Troie. Apollon et Neptune l’avaient aidé dans cette entreprise (allusion peut-être à l’usage d’un mortier fait de terre mouillée Neptune est dieu de la mer — et séchant au soleil — Apollon étant dieu du soleil — pour joindre les pierres) ; mais Laomédon refusa de donner aux dieux le salaire qu’il leur avait promis. Ce parjure valut à Troie une série de catastrophes dont le fameux siège qui fait le sujet de l’Iliade. Songeant aux origines troyennes de Rome, Virgile assimile les guerres civiles à la suite des châtiments divins que le parjure de Laomédon avait mérités à sa descendance.
-
[3]
. C’est là un des arguments décisifs mis en valeur par J. Bayet, Les Premières Géorgiques de Virgile, revue de Philologie, 1930, p. 239. 247. Cf. infra n. 127.
-
[4]
. « Philippes a vu les armées romaines combattre pour la seconde fois entre elles à armes égales et les dieux n’ont pas eu honte d’engraisser deux fois de notre sang l’Emathie (= Macédoine) et les vastes plaines de l’Hémus » (mont de Thrace). (Géorg. I, 489-492).
-
[5]
D’après le discours-programme que Dion prête à Mécène (LII, 28).
-
[6]
Une fois dans la conclusion du poème et une fois dans un passage, Géorg. I, 24 sq., manifestement composé à une date tardive, sans doute peu de temps avant la publication du poème dans son entier.
-
[7]
Jean Bayet, Les Ire, Géorgiques de Virgile, (Revue de Philol., 1930, p. 239-247) a montré que malgré les artifices de la composition le chant I des Géorgiques, des vers 43 à 514, constituait un poème écrit en 38 et sans que Virgile ait prévu d’y donner alors une suite quelconque. Aussi convient-il d’entendre dans ce chapitre l’expression « le premier chant des Géorgiques » comme appliqué à cette section la plus ancienne du poème à l’exclusion des 42 premiers vers composés beaucoup plus tard pour servir de préambule à toute l’œuvre.
-
[8]
Cf. infra, p. 229 sq.
- [9]
-
[10]
— Georg. I, 291-296, p. 136.
Et quidam seros hiberni ad luminis ignis
peruigilat ferroque faces inspicat acuto.
Interea longum cantu solata laborem
arguto coniunx percurrit pectine telas
aut dulcis musti Volcano decoquit umorem
et foliis undam trepidi despumat aheni. -
[11]
— Géorg. I, 300-310, p. 136.
Frigoribus parto agricolae plerumque fruontur
mutuaque inter se laeti conuiuia curant.
Inuitat genialis hiems curasque resoluit,
ceu pressae cum iam portum tetigere carinae
puppibus et laeti nautae imposuere coronas.
Sed tamen et quernas glandes tum stringere tempus
et lauri bacas oleamque cruentaque myrta ;
tum gruibus pedicas et retia ponere ceruis
auritosque sequi lepores, tum figere dammas
stuppea torquentem Balearis uerbera fundae,
cum nix alta iacet, glaciem cum flumina trudunt. -
[12]
Cf. Lucrèce VI, 9-35.
-
[13]
On peut par exemple comparer le passage des Géorgiques cité ci-dessus avec Bue. II, 28-29 et 51-53.
-
[14]
Cf. chez Lucrèce en particulier l’emploi de fœdus, par ex. en V, 57.
-
[15]
Comparer l’emploi par Virgile de via avec Lucrèce IV, 650.
-
[16]
— Géorg. I, 415-423, p. 138.
Haud equidem credo, quia sit diuinitus illis
ingenium aut rerum fato prudentia maior ;
uerum, ubi tempestas et caeli mobilis umor
mutauere uias, et Iuppiter uuidus Austris
denset, erant quae rara modo, et, quae densa, relaxat,
uertuntur species animorum, et pectora motus
nunc alios, alios dum nubila uentus agebat,
concipiunt ; hinc ille auium concentus in agris
et laetae pecudes et ouantes gutture corui. -
[17]
. Cf. Lucrèce, III, 440-444.
-
[18]
— Géorg. I, 121-159, n. 139.
Pater ipse colendi
haud facilem esse uiam uoluit primusque per artem
mouit agros, curis acuens mortalia corda,
nec torpere graui passus sua regna ueterno.
Ante Iouem nulli subigebant arua coloni ;
ne signare quidem aut partiri limite campum
fas erat : in medium quaerebant ; ipsaque tellus
omnia liberius, nullo poscente, ferebat.
Ille malum uirus serpentibus addidit atris
praedarique lupos iussit pontumque moueri
mellaque decussit foliis ignemque remouit
et passim riuis currentia uina repressit,
ut uarias usus meditando extunderet artis
paulatim et sulcis frumenti quaereret herbam
et silicis uenis abstrusum excuderet ignem.
Tunc alnos primum fluuii sensere cauatas ;
nauita tum stellis numeros et nomina fecit,
Pleiadas, Hyadas, claramque Lycaonis Arcton ;
tum laqueis captare feras et fallere uisco
inuentum et magnos canibus circumdare saltus ;
atque alius latum funda iam uerberat amnem
alta petens, pelagoque alius trahit umida lina ;
tum ferri rigor, atque argutae lammina serrae
(nam primi cuneis scindebant fissile lignum)
tum uariae uenere artes : labor omnia uicit
improbus, et duris urgens in rebus egestas.
Prima Ceres ferro mortalis uertere terram
instituit, cum iam glandes atque arbuta sacrae
deficerent siluae et uictum Dodona negaret.
Mox et frumentis labor additus, ut mala culmos
esset robigo segnisque horreret in aruis
carduos : intereunt segetes, subit aspera silua,
lappaeque tribolique, interque nitentia culta
infelix lolium et steriles dominantur auenae.
Quod nisi et assiduis herbam insectabere rastris
et sonitu terrebis auis et ruris opaci
falce premes umbras uotisque uocaueris imbrem,
heu ! magnum alterius frustra spectabis aceruom
concussaque famem in siluis solabere quercu. -
[19]
. Hyades : littéralement « les pluvieuses », constellation dont le lever en mai et en novembre annonçait le retour des pluies et dont l’observation était par conséquent nécessaire aux navigateurs du point de vue météorologique. Callisto, fille de Lycaon, roi d’Arcadie, fut une des innombrables passions de Jupiter pour une mortelle ; par rancune conjugale, Junon la changea en ourse. Pour réparer sa faute, Jupiter transporta Callisto ainsi métamorphosée dans la constellation dite de la grande Ourse qui permettait aux navigateurs de repérer le nord avant l’invention de la boussole.
-
[20]
Cf. Géorg. I, 43-46.
-
[21]
Cf. G. I, 49-56.
-
[22]
Cf. G. I, 71-83.
-
[23]
Cf. G. I, 84-92 et 104-117.
-
[24]
Cf. G. I, 100-103 et 118-120.
-
[25]
Comparer Géorg. I, 127-128 et Buc. IV, 39.
G.I, 129-130 et B. IV, 22 et 24.
G. I, 131-132 et B. IV, 29-30.
et surtout G. I, 133-137 et B. IV, 31-33 où les « priscae vestigia fraudis » deviennent les artes de G.I. -
[26]
. Pour apprécier la portée de ce développement virgilien, il ne faut pas seulement référer le mythe de l’âge d’or chez Virgile au mythe des races chez Hésiode mais surtout la notion virgilienne de labor au ponos des Travaux et les jours. Chez l’un ou l’autre poète le ponos ou le labor apparaissent comme la solution morale à une crise économique et sociale. Cf. M. Détienne, Crise agraire et attitude religieuse chez Hésiode (collection Latomus, vol. LXVIII, p. 35) mais on verra plus loin la divergence de ces deux solutions apparemment analogues.
-
[27]
. C’est là que le labor virgilien se distingue radicalement du ponos hésiodique. Certes on perçoit encore une certaine valeur religieuse dans la notion de labor chez Virgile (Cf. J. Perret, Virgile, Seuil, 1959, p. 68) ; mais il ne s’agit plus comme chez Hésiode d’offrir à un paysan dans la gêne une justification en faisant de la peine qu’il prend un mode de rapport avec la divinité, mais de proposer collectivement une solution dynamique qui doit permettre à l’humanité de trouver son accomplissement.
-
[28]
Cf. Appien, Emphyllia, I.
-
[29]
Les lots assignés aux colons de Plaisance et de Crémone furent de 12 à 15 ha.
-
[30]
Cf. J. Ruelens, La répartition de la propriété foncière en Italie au dernier siècle de la République, Les Etudes classiques, janv. 1943, p. 28-32.
-
[31]
— Géorg. I, 201-203, p. 144.
Non aliter quam qui aduerso uix flumine lembum
remigiis subigit, si bracchia forte remisit
atque illum in praeceps prono rapit alueus amni. -
[32]
— Lucrèce V, 14 sq., p. 147.
Namque Ceres fertur fruges Liberque liquoris
uitigeni laticem mortalibus instituisse ;
cum tamen his posset sine rebus uita manere,
ut fama est aliquas etiam nunc uiuere gentis.
At bene non poterat sine puro pectore uiui. -
[33]
— Lucrèce V, 206 sq., p. 146.
Quod superest arui, tamen id natura sua ui
sentibus obducat, ni uis humana resistat
uitai causa ualido consueta bidenti
ingemere, et terram pressis proscindere aratris.
Si non fecundas uertentes uomere glebas
terraique solum subigentes cimus ad ortus,
sponte sua nequeant liquidas existere in auras. -
[34]
— Lucrèce V, 1448 sq., p. 146.
Nauigia atque agri culturas moenia leges
arma, uias, uestes et cetera de genere horum,
praemia, delicias quoque uitae funditus omnis,
carmina, picturas, et daedala signa polire,
usus et impigrae simul experientia mentis
paulatim docuit pedetemptim progredientis.
Sic unumquicquid paulatim protrahit aetas
in medium, ratioque in luminis erigit oras.
Namque alid ex alio clarescere corde uidebant
artibus, ad summum donec uenere cacumen. -
[35]
. Il faut souligner ici les emprunts de termes faits par Virgile à Lucrèce surtout artes et usus. Comparer Georg. I, 133 et 145 avec Lucrèce V, 1452 et 1457.
-
[36]
. Ce qui n’est pas une raison pour faire ici de Virgile un anti-Lucrèce, comme le voudrait A.M. Guillemin, Virgile poète, artiste et penseur (Albin Michel, 1952), qui pourrait bien avoir été guidée par des convictions plus religieuses que scientifiques.
-
[37]
. Cf. : Lucrèce V, 1118-19 nunquam est penuria parui.
-
[38]
Bien sûr, il y a dans le labor virgilien un aspect de personnification divine ; mais l’adjectif improbus, placé en rejet, insiste sur une notation sociale qui paraît avoir échappé aux critiques qu’a retenus ce passage des Géorgiques. Cf. en particulier H. Altevogt, Labor improbus. Eine Vergilstudie Orbis antiquus VIII, Münster, Aschendorf, 1952. (51 p.) et J. Perret, Virgile (Seuil), p. 68 sq.
-
[39]
Cf. Géorg. I, 160 sq. Tout comme Corydon d’ailleurs (Buc. II, 71-72).
-
[40]
Cf. J. Bayet : Un procédé virgilien. La description synthétique dans les Géorgiques, Studi Funaioli (Mélanges). Roma, 1955, p. 9-18.
-
[41]
— Géorg. I, 215-218, p. 150.
Vere fabis satio ; tum te quoque, medica, putres
accipiunt sulci, et milio uenit annua cura,
candidus auratis aperit cum cornibus annum
Taurus et auerso cedens Canis occidit astro. -
[42]
— Géorg. I, 277-283, p. 150.
Quintam fuge : pallidus Orcus
Eumenidesque satae ; tum partu Terra nefando
Coeumque Iapetumque creat saeuomque Typhoea
et coniuratos caelum rescindere fratres.
Ter sunt conati imponere Pelio Ossam
scilicet, atque Ossae frondosum inuoluere Olympum ;
ter Pater exstructos disiecit fulmine montis. -
[43]
Allusion à la guerre des Titans qui tentèrent de donner l’assaut à l’Olympe pour en chasser Jupiter.
-
[44]
— Géorg. I, 219-224, p. 151.
At si triticeam in messem robustaque farra
exercebis humum solisque instabis aristis,
ante tibi Eoae Atlantides abscondantur
Gnosiaque ardentis decedat stella Coronae,
debita quam sulcis committas semina quamque
inuitae properes anni spem credere terrae. -
[45]
Les Atlantides, c’est-à-dire la constellation des Pléiades, formée dans la légende par les sept filles d’Atlas. Son coucher avait lieu en novembre. A l’occasion du mariage avec Bacchus, d’Ariane, fille de Minos roi de Crète, Vulcain avait forgé une couronne qui fut placée dans le ciel où elle devint une étoile. Cnossos était la capitale de la Crète, d’où la valeur allusive de ce nom propre.
(Géorg. I, 498-514) : « Dieux de nos pères, tuteurs de nos activités quotidiennes, Romulus et toi Vesta souveraine, qui veilles sur le Tibre toscan et le Palatin romain, n’empêchez pas notre jeune héros de remédier aux ruines de ce temps ! Depuis longtemps, nous avons payé d’assez de notre sang les parjures de la Troie de Laomédon ; depuis longtemps, les demeures célestes nous envient ta présence, César, et se plaignent que tu attaches du prix aux triomphes humains. Ah ! certes, c’est ici confusion de la piété et de l’impiété, guerres sans nombre à travers le monde, faces multiples du crime ; pour la charrue, plus question du moindre honneur ; deuil des champs en friche d’où l’on a arraché les fermiers, et la lame arrondie de la faux, au souffle de la forge, se redresse en forme d’épée. D’un côté l’Euphrate, la Germanie de l’autre préparent la guerre ; les villes voisines dénoncent les conventions qui les lient et prennent les armes ; partout fait rage dans le monde la fureur inhumaine de Mars : ainsi, quand les quadriges se sont élancés hors de leurs loges, ils se ruent vers l’espace libre ; le cocher qui tire vainement sur la bride est emporté par ses chevaux sans que le char obéisse aux ordres des rênes. »
Nous savions déjà que Virgile n’était pas incapable de faire entendre les accents de la détresse humaine. Rappelons-nous les vers de la neuvième églogue où le poète clamait son indignation et son désarroi devant la spoliation dont il était victime. Les poèmes de l’été 40 ne laissaient pas soupçonner pourtant que Virgile pût atteindre à une ampleur aussi sobre dans l’évocation du malheur…
Date de mise en ligne : 14/02/2020
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